Le président chinois Xi Jinping a défendu le 25 mai le bilan de la Chine en matière de droits de l’Homme, après de nouvelles révélations de presse sur la répression contre la minorité musulmane des Ouïghours au Xinjiang.

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Le Xinjiang (nord-ouest de la Chine), touché par des attentats attribués à des séparatistes et des islamistes ouïghours, fait l’objet depuis quelques années d’une politique sécuritaire stricte menée pour lutter contre le terrorisme.

Des ONG occidentales accusent la Chine d’y avoir interné au moins un million de Ouïghours et de membres d’autres minorités musulmanes dans des camps de rééducation, voire d’imposer du « travail forcé » et des « stérilisations forcées ». Pékin nie ces accusations, dénonçant une campagne de désinformation à son encontre.

Le 23 mai, un consortium de 14 médias étrangers dont le journal Le Monde a publié des données censés provenir du piratage d’ordinateurs de la police du Xinjiang, où Pékin est accusé de mener une répression féroce contre les Ouïghours et d’autres minorités musulmanes.

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Michelle Bachelet

Ces révélations surviennent au moment où la Haute-commissaire des Nations Unies chargée des droits de l’Homme, Michelle Bachelet, a entamé le 22 mai une visite extrêmement scrutée au Xinjiang.

Ce déplacement s’annonce complexe pour la haute-commissaire, qui va évoluer dans une bulle sanitaire, en raison du pic épidémique dans le pays. Certaines associations craignent qu’elle ne soit pas libre de ses mouvements, et d’être utilisée par les autorités chinoises pour se dédouaner.

« Les questions liées aux droits de l’Homme ne doivent pas être politisées, instrumentalisées ou avoir deux poids deux mesures », a averti le président chinois Xi Jinping, lors d’un entretien en visioconférence avec Michelle Bachelet.

« Chaque pays a une situation différente » qui dépend de son histoire, de sa culture et de son développement économique, a indiqué ce dernier. Par conséquent, chaque pays doit suivre « sa propre voie en matière de droits de l’Homme, en fonction de ses conditions et des besoins de son peuple », a estimé Xi Jinping, selon des propos rapportés par la télévision nationale CCTV.

« En ce qui concerne la protection de droits de l’homme, personne ne peut prétendre à la perfection et il y a toujours moyen d’y apporter des améliorations », a ajouté le président chinois. De son côté, Michelle Bachelet a indiqué que Twitter que « les réunions avec le Président Xi et de hauts responsables (chinois) ont été précieuses pour discuter directement […] des préoccupations relatives aux droits de l’Homme en Chine et dans le monde ».

Le déplacement de la responsable de l’ONU pour les droits de l’Homme au Xinjiang se fait discrètement, car les médias n’ont pas été autorisé à la suivre. De plus, aucun détail sur les lieux précis où ira Michelle Bachelet n’a été rendu public.

Selon l’agence de presse Xinhua, Xi Jinping a indiqué que « le plus important est de travailler sur les quatre priorités » :

  • Premièrement, il faut se concentrer sur le peuple. Il est important de considérer les intérêts du peuple comme les buts et objectifs fondamentaux, de déployer des efforts continus pour résoudre les questions les plus pressantes et les plus immédiates préoccupant le peuple, et de s’efforcer de livrer une meilleure vie au peuple. Ceci est le plus grand droit de l’homme.
  • Deuxièmement, il faut respecter les voies de développement des droits de l’homme de différents pays. Les droits de l’homme ont des contextes historiques, spécifiques et concrets. Avec des conditions nationales, histoires, cultures, systèmes sociaux et niveaux de développement économique et social différents, les pays doivent et ne peuvent qu’explorer des voies de droits de l’homme adaptées à leur réalité nationale et aux besoins de leur peuple. Un système ou un modèle copié aveuglément auprès d’un autre pays sans prendre en compte la situation sur le terrain ne fonctionnera pas et finira par engendrer des conséquences désastreuses. Si cela se produisait, ce serait le peuple qui en ferait les frais. Les exemples de ce genre ne sont pas rares, il faut en tirer des leçons.
  • Troisièmement, il faut adopter une approche holistique dans toutes les catégories des droits de l’homme. Les droits de l’homme sont un concept riche et global qui doit être avancé avec des mesures intégrées et systématiques.
  • Quatrièmement, il faut renforcer la gouvernance mondiale des droits de l’homme. (…) Les pays n’ont pas besoin de donneurs de leçons condescendants, les questions relatives aux droits de l’homme doivent encore moins être politisées et utilisées comme un outil pour appliquer deux poids, deux mesures, ou comme un prétexte pour s’ingérer dans les affaires intérieures d’autres pays.

D’après Xinhua, Michelle Bachelet a dit attacher « une grande importance à cette visite, et aura des engagements extensifs et une communication directe avec le gouvernement chinois et le peuple chinois dans différents secteurs ».

« La Haute-Commissaire est convaincue que cette visite lui permettra de mieux comprendre la Chine. Elle a exprimé son admiration pour les efforts et les réalisations de la Chine concernant l’élimination de la pauvreté, la protection des droits de l’homme et la réalisation du développement économique et social, et a salué le rôle important de la Chine dans le maintien du multilatéralisme, le traitement des défis mondiaux tels que le changement climatique et la promotion du développement durable dans le monde ».