Près de 61 millions d’enfants vivent à la campagne sans leurs parents, partis travailler en ville ou décédés. Beaucoup sont élevés par leurs grands-parents où les membres de leurs familles, qu’ils aident au champ.

En juin 2015, une affaire avait émue le web chinois. Quatre enfants, de 5 à 14 ans, se sont suicidés, relançant le débat sur les « Liushu Ertong », ces enfants abandonnés. Les autorités ont rapidement réagit en sanctionner plusieurs responsables de la province du Guizhou, où à eu lieu le drame.

Près de 270 millions de Mingongs, ouvriers migrants, ont quitté leurs campagnes, pour trouver un emploi. Leur trop grand nombre a conduit le gouvernement à ne pas leur donner de Hukou local (permis de résidence).

Cette situation les privent d’assurance maladie, chômage, et les droits d’inscriptions de leurs enfants à l’école restent rattachés à leurs villages d’origine. De nombreuses associations déplorent que le gouvernement n’organise pas de système de pensionnat, pour prendre en charge leurs enfants.

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Suicide aux pesticides

Un garçon et trois filles ont été retrouvés morts dans leur maison, dans un petit village de la région de Bijie, dans la province du Guizhou, l’une des plus pauvres de Chine. Le suicide a été confirmé après la publication de la lettre retrouvée à côté du corps de l’aîné : « Merci pour votre gentillesse. Je sais que vous vouliez bien faire pour nous. Mais il est temps pour nous de partir maintenant », a relevé Xinhua.

Cette lettre indiqué également : « J’ai fait le vœux de ne pas vivre au-delà de quinze ans, y écrit l’aîné des enfants. J’ai maintenant quatorze ans. Je rêve de la mort, mais ce rêve ne se réalise jamais. Aujourd’hui, il doit enfin devenir réalité ».

Selon les premiers résultats de l’enquête, les enfants vivaient seuls dans la maison familiale, depuis début 2014. Le père était allé chercher du travail et envoyait 700 yuans par mois (100 euros) afin de subvenir aux besoins de la famille.

La mère, également partie dans la province du Guangdong pour chercher un emploi, avait décidé de partie après une dispute conjugale. Depuis, les enfants se nourrissaient grâce à un champ de maïs planté par leur père et avaient quitté l’école.

Une situation de plus en plus décriée

Les réactions ont été vives sur les réseaux sociaux chinois, ou le pouvoir tente de répondre aux critiques. « C’est le système du Hukou qui a provoqué ce drame. Quels parents n’aiment pas leurs enfants? Qui veut se séparer de ses enfants pour partir travailler ailleurs? », s’interroge Yuan Yuan Er, cité par l’Agence France Presse.

Une autre personne, Feng Dou Zhong De, affirme que « les enfants abandonnés sont les sacrifiés de l’urbanisation. L’État investit trop d’argent dans les écoles publiques importantes qui ne servent qu’aux enfants des privilégiés et trop peu dans les zones rurales. C’est une exploitation extrême et une injustice pour les paysans. »

La mère des quatre empoisonnés de Bijie, Ren Xifen, 32 ans, est rentrée, trois jours après le drame, du Guangdong, où elle travaillait dans une usine de jouets. « Je n’ai pas assumé mes responsabilités envers eux », a-t-elle reconnue dans un entretien à l’agence Chine Nouvelle.

Cette dernière a confié à Xinhua, qu’elle les avait quittés après une dispute conjugale, expliquant ne « plus avoir le courage de revenir à la maison. Je les ai réellement abandonnés. Je suis illettrée et je ne sais même pas écrire mon nom. Je voulais, qu’ils obtiennent de bons résultats à l’école, contrairement à moi, pour leur éviter cette vie si dure. Je voudrais tellement les rejoindre. »

Un des maux de la société chinoise

La Chine compte quelque 61 millions de Liushu Ertong, selon les statistiques de la All China Women’s Association. Face au manque de développement économique et social dans les provinces reculées u pays, des milliers de parents décident de migrer vers les grandes villes pour trouver un emploi. Dans la majorité des cas, les enfants sont confiés à des parents ou des proches, mais près de 5 % d’entre eux vivraient totalement seuls.

Le 23 novembre 2012, cinq jeunes fugueurs âgés de 9 à 13 ans, portés disparus depuis dix jours, ont été retrouvés morts dans une benne à ordures également à Bijie, où ils avaient trouvé refuge. Les garçons avaient échappé à la surveillance de leur grand-mère aveugle et avaient fugué.

Retrouvés morts asphyxiés au monoxyde de carbone dans une benne à ordures, situés à 25 kilomètres de chez eux, ils avaient semble-t-il allumé un feu pour se réchauffer. Leur mort a secoué le pays, réveillant les inquiétudes concernant les Liushu Ertong, qui sont souvent livrés à eux-même lorsque leurs parents partent travailler.

Dans un éditorial, l’agence Xinhua a expliqué que cette tragédie est « un signe du temps et demande une introspection sur la famille, la société et le gouvernement. » La polémique a grondé en apprenant que les enfants étaient portés disparus le 5 novembre et retrouvés dix jours plus tard. Un délai jugé très long dans la prise en charge de l’affaire par les autorités.