dimanche, juin 23

« La réputation du cyberdragon tient à l’ampleur des moyens employés »

Dans une interview accordée à Atlantico, François-Bernard Huyghe a expliqué comment la Chine est parvenue à devenir un des acteurs incontournables du piratage des données et de la cyber-guerre.

Directeur de recherche à l’Institut de Recherches Internationales et Stratégiques (IRIS), François-Bernard Huyghe est spécialisé dans la communication, la cyberstratégie et l’intelligence économique.

67275_clavier-chinois-unePour François Bernard Huyghe, « les États-Unis accusent systématiquement la Chine, à chaque nouvelle attaque informatique les visant. C’est devenu un leitmotiv des sociétés de sécurité US, des think tanks, du Cybercommand ».

« Ces accusations reposent sur un triple raisonnement : 1/ les adresses IP d’ordinateurs à l’origine de très nombreuses attaques sont situées sur le territoire chinois, 2/ dans un pays aussi contrôlé, cela ne pourrait pas se faire sans l’ordre ou au moins l’accord du gouvernement, 3/ Pékin a le motif et les moyens de mener des intrusions systématiques, donc il est coupable, » précise le chercheur.

Pour qui « la Chine est devenue synonyme de pillage de propriété industrielle et de « Advanced Persistent Threat » (un piratage informatique sophistiqué pour pénétrer une entreprise ou une organisation cible durablement) ».

Ce dernier précise tout de même que la Chine n’a commis aucun acte de guerre, car « on ne voit guère de cas où ce pays utilise le sabotage des systèmes d’information », comme lorsque les États-Unis ont retardé la nucléarisation de l’Iran avec le virus Stuxnet. De ce fait, « si vous considérez que l’espionnage n’est pas la guerre, les Chinois n’ont jamais fait d’actes de cyberguerre. »

La doctrine chinoise en matière de cyberguerre et de hacking « est plutôt discrète. » Bien que François-Bernard Hyughe met en avant le livre de deux colonels chinois Q. Liang et W. Xiangsui, intitulé « La guerre hors limites » publié en 1999, qui théorise la place des attaques informatiques dans les futurs conflits.

Le rapport de Northrop et Gruman (2009) a évoqué la modification des capacités militaires chinoises, devenue une « stratégie de guerre de l’information dénommée Integrated Network Electronic Warfare (INEW) avec attaques par des réseaux d’ordinateurs et guerre électronique. »

« La réputation du cyberdragon tient surtout à l’ampleur des moyens employés, au nombre des attaques d’espionnage et au caractère systématique des intrusions dans les systèmes d’entreprises, d’institutions, de centres de recherche, d’administrations, etc; du monde entier, » explique le chercheur.

A contrario, la Chine est parvenue à boucler son réseau net, avec une Grande Muraille Numérique, permettant au pays d’avoir « des frontières sûres dans le cyberespace ». D’autant plus que Beijing est parvenu à lancer des sites aussi performants que Google, Facebook, Twitter, « pour ne pas dépendre de l’Occident. » Ce qui prouve pour François-Bernard Huyghe, que la Chine « a une stratégie à long terme de souveraineté et de sûreté numériques ».

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