HE Yujia est son nom à l’état civil. Par contre, au Sénégal, il se fait appeler Ismael UJ. Le sénégalais d’ethnie chinoise est venu poser ses balluchons à plus de dix mille kilomètres de son pays natal. Après un périple qui l’aura mené en France et aux Etats-Unis, il décide d’investir un créneau jusque-là inexistant dans l’axe Chine-Afrique à savoir la production de musique et de cinéma.

Ismael Uj sénégalé d'origine chinoise

Ismaël UJ dans son studio à Shanghai

N’est-ce donc pas un jalon de plus dans cette relation pluriséculaire où se mêlent attirance mutuelle et compassionnelle créditée d’un même héritage colonial et au-delà, dictée par une réalité économique dans un contexte de fin de l’hyper-puissance occidentale à prétention hégémonique d’essence esclavagiste, colonialiste et raciste d’une part, et de multi polarisation du globe avec la gestation certes laborieuse d’un nouveau monde quoique porteur d’un avenir meilleur parce que manifestement plus solidaire et égalitaire, d’autre part.

L’amour, cette chose indescriptible a été son trait d’union avec le Sénégal. Entamé sur les bords du lac Taï, il se vit entre Dakar et Shanghai dans une pure candeur, débarrassé de tout cliché de race et de croyance. Il est dorénavant exalté dans un opus dénommé « Ramata« , déclic d’un nouvel élan de carrière de ses interprètes en l’occurrence le Dara J Family, qui se voit ouvrir les portes d’un marché d’un milliard trois cent cinquante millions de consommateurs potentiels. Il fallait le faire!

Pourquoi avoir choisi de vous appeler Ismaël au Sénégal?

Parce que je me suis marié avec une sénégalaise qui s’appelle Ramata. Ainsi, par respect de la tradition, je me suis converti à l’Islam. Lorsqu’il s’est agit de choisir un nom, j’ai pris Ismaël qui me colle bien car il sonne bien à l’oreille et est facile à prononcer pour les chinois (rires).

Comment se porte l’industrie de l’Entertainment en Chine?

Il faut dire que c’est un secteur en pleine expansion. Je peux même dire qu’il est à son âge d’or. Il y a tellement de choses à faire. A titre d’exemple, nous sommes en train de travailler sur un projet commun avec Disney. Je ne peux pas entrer dans les détails mais vous verrez ce que ça donne le 07 juin prochain. De même, nous travaillons avec d’autres grandes marques comme Nestlé ou encore le gouvernement. Nous venons de terminer un show 3D à Yanzhou (Ndlr: ville située au sud-ouest de la Chine).

Images du show 3D à Yanzhou d'Ismaël Uj

Images du show 3D à Yanzhou d’Ismaël Uj

Les chinois se sont beaucoup enrichis. Il y a une classe moyenne très importante, qui a d’autres besoins en termes d’art, de loisirs, de musiques, de films… C’est d’ailleurs pour cette raison que depuis 5 ans, le pays est devenu le numéro deux du marché du film dans le monde! Et nous allons dépasser les États-Unis en 2020.

Est-ce que le métier de producteur nourrit son homme en Chine?

(Affirmatif!) Oh que si! Il y a énormément d’argent! C’est pour cette raison que je peux me permettre d’avoir un si vaste studio au Cœur de Shanghai et de commencer à défricher d’autres terres jusque là inconnues. Nous faisons partie des leaders ici à Shanghai, mais nous commençons petit à petit à explorer d’autres villes comme Pékin ou encore Yanzhou.

Images du show 3D à Yanzhou

Images du show 3D à Yanzhou

Qu’est-ce qui vous a motivé à aller en Afrique?

Il faut bien comprendre que j’ai toujours été attiré par l’Afrique directement ou indirectement à travers le hip hop ou encore la musique de Michael Jackson. Ces musique sont du rythme et je m’y retrouve bien même si je ne sais pas danser (éclat de rire)! Il y a de surcroît ce hasard de la vie qui m’a fait rencontrer ma femme l’année dernière à Shanghai et depuis lors je suis marié à l’Afrique.

Pourquoi avoir décidé de travailler avec Dara J Family?

J’ai découvert ce groupe grâce à mon épouse qui écoute leur musique tout le temps à la maison. J’ai donc par la suite aimé ce qu’ils font. Je trouve que c’est musicalement très riche. Lorsque nous sommes allés au Sénégal, on nous a présenté Ndongo D et Fada Freddy dans un restaurant de Dakar et nous avons sympathisé et nous sommes mutuellement intéressés à ce que chacun faisait. On s’est dit qu’on avait du chemin à faire ensemble et c’est comme cela que l’idée d’une collaboration nous est venue. J’ai immédiatement écris les paroles. Ils les ont mixées avec du walafet en trente minutes, ils ont pu chanter sans accent. Vous verrez à la sortie de « Ramata » qu’on a fait du bon boulot.

enregistrement de la chanson Ramata au studio bois sacré du Dara J Family Ismael Uj

Enregistrement de la chanson Ramata au studio bois sacré du Dara J Family

Y a t-il d’autres artistes en vu ?

Nous sommes aussi entrés en contact avec Pape Diouf que j’aime bien aussi. Cependant, je suis encore un étudiant de la musique africaine à fortiori le mbalax qui est encore hyper étrange pour moi, culturellement parlant. Il va sans dire que j’ai besoin de temps pour ingurgiter tout cela. C’est comme l’apprentissage d’une nouvelle langue, les débuts ne sont jamais faciles.

Quelle est votre stratégie pour faire aimer au public chinois le mbalax, notre musique référence qui, faut-il le rappeler, s’exporte difficilement?

Je n’ai vraiment pas de stratégie prédéfinie. Comme je vous l’ai expliqué plus haut, la culture musicale sénégalaise est encore nouvelle pour moi. En revanche, ce que je suis en train de faire, c’est d’essayer d’intéresser le maximum de personnes de mon entourage sur le Sénégal. J’essaie à ma manière de vendre cette destination en faisant allusion aux aspects positifs de sa culture, de la beauté de la femme sénégalaise, de vos recettes culinaires…

Je puis affirmer que beaucoup de personnes de mon entourage ont pu grâce à cela entendre parler du Sénégal en dehors du football. Je partage beaucoup d’informations du pays sur les réseaux sociaux chinois et il y a pas moins de 200’000 vues sur un média comme Tencent, par exemple. Il faut comprendre par ailleurs qu’à titre individuel, je ne peux pas tout faire. Il faudrait plus de personnes comme moi pour qu’au final des dizaines de millions de chinois aient un focus sur ce pays. Malheureusement, des personnes comme moi, il n’y en a pas beaucoup.

Quels sont les chiffres clés de Soulway Entertainment?

(Il se redresse) Dans le studio où vous êtes, nous sommes 8 personnes à y travailler en permanence! Lorsque nous avons des projets avec des structures comme Disney, nous avons 280 personnes qui travaillent pour nous. A cela, il faut ajouter nos collaborateurs en France et aux États-Unis. En général, c’est de la sorte que ça marche. Nous avons réalisé un chiffre d’affaire d’un peu plus d’un million d’euros l’année dernière.

Quels souvenirs gardez-vous de votre séjour au Sénégal?

C’était à la fois excitant et fatiguant car il fallait allier travail et vie privée car nous étions partis aussi pour notre mariage.

Votre mot de la fin?

Je dirais à vos lecteurs de nous attendre très prochainement. J’arrive pour vous offrir la première chanson entre la Chine et le Sénégal, chantée par Dara J family et produite par Ismail UJ. J’espère que vous allez aimer écouter Fada et Ndongo D chanter en chinois! Et la chanson s’appelle Ramata!

Entretien réalisé par Alhassane DIOP

diopalhassane@gmail.com