La cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, a appelé les manifestants à venir dialoguer, après le retrait du projet de loi controversé sur les extradition.

Ce texte devant permettre d’envoyer des suspects en Chine a été le déclencheur en juin de la mobilisation sans précédent. Mais le refus pendant de plusieurs semaines du gouvernement hongkongais de transiger a eu pour conséquence de durcir le mouvement dans ses modes d’actions, parfois violents, et d’élargir les revendications.

Le 4 septembre au soir, Carrie Lam a diffusé un message vidéo dans lequel elle annonçait le retrait à la rentrée parlementaire, en octobre, du projet de loi, ce qui était une des cinq demandes clés des manifestants.

Après des mois de fermeté à l’égard de la mobilisation populaire, la dirigeante a de nouveau adopté un ton conciliant, ce 5 septembre lors d’une conférence de presse, en expliquant que le retrait du texte était une tentative « d’aider à empêcher les violences et de mettre un terme au chaos au plus vite, de rétablir l’ordre social et d’aider notre économie à avancer. »

« Il est évident pour beaucoup d’entre nous que le mécontentement au sein de la société va bien au-delà du projet de loi », a-t-elle ajouté. Cette dernière a reconnu la colère à l’égard des inégalités et du gouvernement, attestant qu’elle avait enflé et qu’il fallait y répondre.

Elle a de nouveau appelé les manifestants à participer à un dialogue avec son administration, et a exhorté les modérés à se désolidariser avec la frange radicale impliquée dans des affrontements violents avec les forces de l’ordre.

Mais il n’est pas certain que cette concession tardive apaise une contestation. D’autant plus que celle-ci se caractérise par son absence de leaders, et qu’elle rassemble des pans très divers de la société hongkongaise.

L’annonce surprise de Carrie Lam a été reçue de manière assez mitigée : « si Carrie Lam avait retiré le projet de loi il y a deux mois, cela aurait peut-être été une solution rapide« , a déclaré une manifestante masquée sous couvert de l’anonymat mercredi soir, lors d’une « conférence de presse citoyenne ».

« Mais mettre un pansement des mois plus tard sur la chair en putréfaction ne la soignera pas », a cité l’Agence France Presse. De nombreux appels à l’action ont été postés sur des forums utilisés par les manifestants, et certains préconisent notamment de perturber les moyens de transport desservant l’aéroport de Hong Kong.

Des députés pro-démocratie ont rejeté la concession de Carrie Lam, et même des personnalités du propre camp de la cheffe de l’exécutif, qui ont considéré que ce retrait ne suffirait pas à apaiser la colère populaire.

En plus de l’abandon officiel du projet de loi, les manifestants ont d’autres demandes telles qu’une enquête sur le comportement de la police, une amnistie pour les protestataires arrêtés, la fin de l’emploi du mot « émeutiers » pour qualifier les manifestants et l’instauration du suffrage universel direct.

La dernière revendication est une ligne rouge infranchissable pour le gouvernement chinois, qui ne manque pas d’une occasion pour rappeler le statut d’Un Pays, Deux systèmes d’Hong Kong. D’ailleurs, Carrie Lam a jusqu’à présent refusé d’accéder à ces quatre demandes.