Les cinq Hongkongais ont été reconnus coupables de «conspiration en vue d’imprimer, de publier, de vendre, d’offrir à la vente, de distribuer, d’exposer ou de reproduire une publication séditieuse»

Amnesty International, qui a récemment quitté Hong Kong en raison de la loi sur la sécurité nationale, a décrit ces condamnations comme «un exemple absurde de répression implacable»

Le tribunal de Hong Kong a reconnu le 7 septembre coupables de sédition cinq personnes pour avoir publié des livres pour enfants qui expliquaient et décrivaient les partisans de la démocratie comme des moutons défendant leur village contre des loups.

Les poursuites judiciaires visaient des membres d’un syndicat d’orthophonistes qui avaient produit quatre livres électroniques illustrés destinés à expliquer aux enfants le mouvement démocratique de Hong Kong.

Dans un livre intitulé « Les défenseurs du village des moutons », un groupe de loups tente d’occuper un village de moutons, qui se défendent, tandis que dans un autre, les loups sont dépeints comme étant sales et apportant des maladies dans le village des moutons.

Lai Man-ling, Melody Yeung, Sidney Ng, Samuel Chan et Fong Tsz-ho, tous membres fondateurs du syndicat des orthophonistes, ont été maintenus en prison pendant plus d’un an avant leur verdict.

Après deux mois, Kwok Wai-kin, un juge du tribunal de district désigné par le gouvernement pour juger les affaires de sécurité nationale, les a déclarés coupables de conspiration en vue de diffuser des contenus séditieux.

« L’intention séditieuse ne vient pas simplement des mots, mais des mots avec des effets proscrits destinés à se répercuter sur l’esprit des enfants », a indiqué Kwok Wai-kin dans son jugement.

Selon lui, « les enfants seront amenés à croire que le gouvernement de la RPC (République populaire de Chine) vient à Hong Kong avec l’intention malveillante de leur prendre leur maison et de ruiner leur vie heureuse sans avoir le moindre droit de le faire ».

Amnesty International, qui a récemment quitté Hong Kong en raison de la loi sur la sécurité nationale, a décrit ces condamnations comme « un exemple absurde de répression implacable ».

« Écrire des livres pour enfants n’est pas un crime, et tenter d’éduquer des enfants sur les événements récents de l’histoire de Hong Kong ne constitue pas une tentative d’incitation à la rébellion », a déclaré Gwen Lee, chargée de campagne d’Amnesty International pour la Chine.

Au cours du procès, les procureurs ont fait valoir que les livres contenaient un « sentiment anti-chinois » et visaient à « inciter les lecteurs à la haine contre les autorités du continent ». Ils ont également assuré que les livres étaient destinés à encourager les Hongkongais à discriminer les « Chinois du continent vivant à Hong Kong ».

La condamnation s’appuie sur un délit de sédition datant de l’époque où Hong Kong était sous domination britannique, que les autorités ont déployé en parallèle de la loi sur la sécurité nationale.

La défense a fait valoir que l’infraction de sédition était définie de manière vague et que chaque lecteur devrait pouvoir se faire sa propre opinion sur ce que représentaient les personnages des livres. Elle a également prévenu qu’un tel verdict criminaliserait davantage la critique politique et aurait un effet dissuasif sur la société.