Le président français François Hollande s’est rendu en Chine, les 2 et 3 novembre, afin d’échanger avec son homologue chinois, Xi Jinping, sur la prochaine Conférence internationale sur le Climat de Paris, en décembre. L’objectif a été atteint pour la France, qui est parvenue à convaincre la Chine de signer un accord contraignant, assorti d’une clause de révision tous les cinq ans des engagements pris par les États.

Interrogé par Le Figaro, le sinologue Jean-Luc Domenach, directeur de recherche émérite à Sciences Po depuis 1973, a expliqué que  » es relations franco-chinoises n’ont jamais été aussi efficaces qu’aujourd’hui. Elles sont beaucoup plus pragmatiques qu’il y a quelques années. L’avantage est que la COP21 se déroule chez nous. Si le président français obtient des concessions des Chinois, ce sera bon pour le monde entier, mais aussi et surtout pour la Chine car la pollution y est effroyable, j’en témoigne« .

Raison pour laquelle, l’accord obtenu permet à la France de marquer des points sur la scène internationale, à moins d’un mois de la COP21, mais également à la Chine de se positionner en tant qu’acteur fondamental dans la lutte contre le réchauffement climatique. D’ailleurs, la déclaration commune des présidents français et chinois confirme un tournant important de la politique chinoise en matière de climat.

Paris attend beaucoup de Beijing

Le président François Hollande a indiqué attendre de la Chine « qu’elle puisse, à partir de la déclaration publiée (lundi 2 novembre, ndlr), faire comme nous un travail de dialogue, de conviction auprès d’un certain nombre de pays dont on sait qu’ils vont être déterminants pour que l’accord puisse être trouvé« . Ce dernier souhaite un réel lobbying de la Chine auprès des pays hésitants à s’engager pour un accord à la conférence, afin de parvenir à un accord constructif en décembre.

Les présidents Xi Jinping (Chine) et François Hollande (France)

Les présidents Xi Jinping (Chine) et François Hollande (France)

« Quand la Chine s’engage, elle engage bien sûr elle-même mais elle est un exemple, une référence (…) La Chine a une très grande influence sur les pays émergents et les pays en développement. (…) Le fait qu’elle puisse prendre ses responsabilités, c’est une façon de convaincre des pays qui sont aujourd’hui, et je peux les comprendre, hésitants à venir s’impliquer à la conférence de Paris« , a ajouté le président français.

D’autant plus que la Chine est à la tête du « groupe des 77 », qui réunit les pays en développement, elle pourrait faire pression sur ses partenaires, dont l’Inde, 4ème émetteur mondial de gaz à effet de serre. De son côté, le Premier ministre chinois, Li Keqiang, a assuré qu’il était indispensable d’instaurer un développement économique durable et soucieux de préserver l’environnement. Ce dernier a assuré qu’il s’agissait là d’un « devoir de la Chine » à l’égard de l’humanité. D’ailleurs « le développement vert est un passage obligé pour la Chine si elle veut promouvoir une restructuration de son économie ».

Depuis quelques années, la Chine développe son économie verte, à la fois pour anticiper la baisse des matières premières telles que le pétrole et le charbon, réduire son niveau de pollution qui devient un soucieux majeur pour les chinois et pour réorienter son modèle de croissance traditionnellement basée sur l’industrie lourde, l’immobilier et les infrastructures.

La Chine verdie

La Chine émet 24,32% des émissions mondiales de CO², faisant d’elle le plus gros pollueur de la planète. Alors qu’en 2009, le pays avait enterré les négociations de Copenhague, cette année, l’Empire est au milieu de la Conférence la plus importante du siècle.

A l’époque, les chinois estimaient ne pas devoir payer pour les émissions des pays les plus industrialisés, désormais, elle accepte de payer sa part et d’aider les pays en développement à aller vers une transition énergétique, à travers le « Fonds vert pour le climat », de l’ONU (2,8 milliards d’euros). Un vrai tournant dans un pays où près de 4.000 personnes meurent chaque jour à cause de la pollution, selon France2.

En 2013, le gouvernement met en place un plan anti-pollution, soutenu par des mesures plus strictes, telles que la loi sur l’écologie avec la fermeture d’usine polluantes, des amendes élevées pour les entreprises émettrices de gaz à effet de serre, changement de norme, etc. En novembre 2014, Xi Jinping signe un accord considéré historique avec Barack Obama, fixant l’objectif de ne pas dépasser un pic de ses émissions de gaz à effet de serre.

Le 25 septembre 2015, le président chinois Xi Jinping annonce, lors de son premier voyage aux Etats-Unis, son intention d’ouvrir en 2017 un marché de crédits carbone. Il s’agit d’un marché de quotas. Il annonce également la baisse l’intensité carbonique de son pays, à hauteur de 60 à 65% par rapport à 2005, d’ici 2030, la part des énergies renouvelables atteindra environ 20% et le stock forestier sera augmenter d’environ 4,5 milliards de mètres cube par rapport à 2005.

En novembre 2015, la Chine et la France se sont engagés entre autre à « inclure dans l’accord de Paris un système de transparence amélioré », à inscrire des « dispositions permettant aux Parties de formuler, communiquer, mettre en œuvre et actualiser régulièrement leurs contributions déterminées au niveau national », via « une revue complète tous les cinq ans sur les progrès accomplis en vue de l’atteinte des objectifs à long terme agréés ». (Déclaration commune)

Cette rencontre au Palais du Peuple de Beijing aura été un franc succès pour François Hollande, qui a assuré qu' »avec cette déclaration, nous avons posé les conditions qui nous permettent d’entrevoir un succès« . D’autant qu’un « accord est désormais possible à Paris. Cette visite est historique ».