La Chine a inauguré le 15 novembre 2021 la Bourse de Pékin, destinée aux PME innovantes, dans un contexte de rivalité avec Washington qui a poussé le géant asiatique à lever des fonds à domicile plutôt qu’aux Etats-Unis.

L’ouverture de cette nouvelle place financière s’est faite dans une relative discrétion. Les médias officiels ont fait l’impasse sur le direct et la presse étrangère n’a pas été conviée.

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La Chine comptait déjà trois grandes places boursières: à Shanghai (est) sa capitale économique, dans la métropole technologique de Shenzhen (sud) et dans son territoire semi-autonome de Hong Kong.

Les firmes chinoises ont longtemps courtisé les investisseurs internationaux à Wall Street pour financer leur développement. D’ailleurs, en 2014, le géant du e-commerce Alibaba y avait réalisé la plus grosse introduction en Bourse, en levant 25 milliards de dollars.

Cependant lorsque la la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis s’est intensifiée sous la présidence de Donald Trump (2017-2021), Pékin a incité ses grandes entreprises d’État à se coter sur des places financières en Chine.

Les entreprises technologiques chinoises ont alors décidé de se tourner vers Hong Kong, qui est ainsi devenue une place attrayante, au point pour certaines (dont Alibaba) d’y établir une seconde cotation.

Mais les PME peinent à lever des fonds auprès des banques, en particulier dans le contexte actuel de ralentissement économique. La Bourse de Pékin se présente comme une solution pour le financement d’entreprises innovantes, mais dont la petite taille pouvait être jusqu’à présent un frein pour attirer des capitaux.

Le 15 novembre 2021, au premier jour de cotation, les actions de plus de 80 entreprises ont commencé à s’échanger sur cette place.

« La Bourse de Pékin doit permettre aux entreprises technologiques chinoises de lever des fonds plus facilement, au moment où elles font face à davantage de contraintes réglementaires aux Etats-Unis », a indiqué l’analyste Rajiv Biswas, du cabinet IHS Markit, à l’Agence France Presse.

En 2020, l’ancienne administration Trump avait interdit aux américains d’investir dans des entreprises chinoises considérées comme fournissant ou soutenant l’armée chinoise. Depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier 2021, Joe Biden n’a pas levé ces mesures.

La Bourse de Pékin vise également à « réduire la dépendance » des PME vis-à-vis des banques pour leurs prêts, au moment où Pékin cherche à réduire le surendettement de son système financier, souligne Rajiv Biswas.

« Une entreprise sans apport en capitaux restera toujours une PME », a indiqué un entrepreneur, Liang Yuankai. Ce dernier a souligné que « pour grossir, elle a besoin d’un soutien » financier comme celui de la Bourse de Pékin, qui est « une excellente opportunité pour décoller ».

Les cours à la Bourse de Pékin fluctuent au quotidien de plus ou moins 30%. De fait, les cotations de dix sociétés, dont les actions avaient bondi le 15 novembre de 60% dans les premiers échanges, ont été suspendues.

D’ailleurs, la plupart des compagnies cotées à la nouvelle Bourse le sont déjà sur le NEEQ, une plateforme boursière d’échanges de gré à gré et destinée aux PME. Lancée en 2012, la bourse NEEQ permet à ces entreprises de lever des fonds avant d’être cotées sur une grande Bourse.

La Chine a déjà lancé ces dernières années de nouvelles places boursières locales, afin d’améliorer le financement des PME, notamment en 2019 avec le « STAR Market« , un « Nasdaq chinois » consacré aux valeurs technologiques.

La Bourse de Pékin permet en théorie de traiter plus rapidement les demandes d’introduction. Cependant, le succès de la place boursière sur le long terme « reste à voir », a estimé à l’AFP, Hong Hao, analyste au sein du cabinet Bocom International. « Il faut que les entreprises cotées soient crédibles pour susciter suffisamment d’intérêt », selon lui.