La ministre des Affaires étrangères, Ang San Suu Kyi a rencontré ce jeudi 18 août le Premier ministre, Li Keqiang, afin d’échanger sur le projet très controversé de barrage de Myistone, dans le nord de la Birmanie, et le conflit militaire à la frontière sino-birmane.

La visite de 5 jours de cette dernière est le 1er véritable déplacement officiel à l’étranger de la nouvelle ministre, dont le parti a gagné les premières élections de novembre 2015 en Birmanie. Pour Li Keqiang, « cette visite démontre que le gouvernement birman et vous-même prêtez une grande attention aux liens entre la Chine et la Birmanie. La Chine approuve cela« .

La Chine, premier partenaire commercial de la Birmanie

Le commerce bilatéral entre le Myanmar  (autre nom de la Birmanie) et la Chine a atteint plus de 9,4 milliards de dollars (8,2 milliards d’euros) au cours des dix premiers mois de l’année fiscale 2015-2016 (avril à janvier), d’après le ministère birman du Commerce. Sur cette période, le Myanmar a principalement exporté du pétrole, du gaz et des produits agricoles vers la Chine. De son côté, les importations concernaient des produits industriels.

D’après les statistiques officielles, le commerce bilatéral entre les deux pays s’est élevé à plus de 10 milliards de dollars (8,7 milliards d’euros) pendant l’année fiscale 2014/2015. Sur cette année, les exportations birmanes vers la Chine ont atteint 4,6 milliards de dollars (+4 milliards d’euros) et ses importations venant de Chine 5,6 milliards de dollars (4,8 milliards d’euros).

De son côté, le ministère chinois du commerce a indiqué que les investissements chinois au Myanmar s’élevaient en décembre 2015 à 15,418 milliards de dollars (13,4 milliards d’euros) dans 115 projets, soit 26,07% du total des investissements de pays étrangers au Myanmar.

Le barrage de trop

Vue de la rivière Ayeyarwady à Myitkyina (Myanmar).

Vue de la rivière Ayeyarwady à Myitkyina (Myanmar).

Malgré une coopération économique et commerciale conséquente, la Chine est un allié préoccupant en matière de politique étrangère. Soutien de l’ancienne junte au pouvoir, Beijing est parvenue à s’imposer dans le pays, « grâce à des investissements massifs dans les infrastructures, l’énergie, le commerce transfrontalier, à des prêts à taux préférentiels, et au soutien militaire de la Tatmadaw, l’armée birmane« , explique l’Association Info Birmanie.

Cependant cette dépendance à la Chine devient contraignante, la junte décide d’ouvrir économiquement le pays, mais ce sera le projet chinois de barrage de Myitsone, qui va faire céder le pouvoir en place.

Ce barrage géant financé par la Chine à hauteur de 3,6 milliards de dollars est situé à 30 km au nord de Myitkyina, sur un confluent du fleuve Irrawaddy dans l’État Kachin. Il prévoyait que l’électricité produite soit destinée à 90% à la Chine, alors que près de 70% de la population alentour n’a pas accès à l’électricité.

Face à ce projet plusieurs manifestations populaires se mettent en place, « le barrage de Myistone a été ciblé en 2010 par une campagne lancée par des organisations de la société civile, des journalistes, artistes, écrivains et hommes politiques kachins et birmans pour sauver l’Irrawaddy », explique Info Birmanie.

Priorité pour la Chine, le barrage a été abordée par les deux dirigeants ce jeudi, a déclaré le vice-ministre chinois des affaires étrangères Liu Zhenmin. Cependant, « aucune avancée n’a cependant été enregistrée« , a-t-il indiqué. Toutefois, Ang San Suu Kyi a indiqué la mise en place prochaine d’une commission d’enquête pour résoudre de façon adéquate le problème.

Négocier un traité de paix à la frontière

Aung San Suu Kyi, ministre des Affaires étrangères du Myanmar

Aung San Suu Kyi, ministre des Affaires étrangères du Myanmar

Malgré les mains tendues vers Washington, Naypyidaw a besoin de la Chine pour apaiser les tensions à la frontière et négocier la paix avec des groupes armés. En effet, les états  Shan et Kachin, frontaliers de la province chinoise du Yunnan, font face à des conflits entre les groupes armés ethniques et le gouvernement central depuis l’indépendance en 2015.

Liu Zhenmin a indiqué que des « pourparlers de paix ont été évoqués » ce jeudi entre Li Keqiang et la ministre des affaires étrangères. D’autant plus que le conflits ont obligé des dizaines de milliers de civils à fuir, passant pour beaucoup la frontière pour se réfugier dans le Yunnan, inquiétant Pékin qui y voit une menace pour la stabilité de cette région. D’autant plus que la province n’est pas épargnée par les obus.

Mars 2015, le Premier ministre chinois avait assuré que son pays était déterminé à protéger ses citoyens vivant à proximité de sa frontière avec la Birmanie, suite à la mort de quatre chinois dans l’explosion d’une bombe larguée par un avion birman. « Nous avons la responsabilité et la capacité de défendre avec détermination la sécurité et la stabilité de la frontière sino-birmane, et nous protégerons avec détermination la vie et les biens de notre population« , a précisé ce dernier lors d’une conférence de presse.