Trois universités chinoises ont déclaré le 9 mai dernier leur intention de «se retirer des classements internationaux».

L’annonce concerne l’université du Peuple (Renmin) à Pékin ainsi que les universités de Nanjing et de Lanzhou, situées respectivement dans les provinces du Jiangsu, à l’est du pays, et du Gansu, dans le nord-ouest, à la jonction du plateau tibétain et de la Mongolie.

Si ces trois universités sont reconnues en Chine par leur taille et leur histoire, leur nom est peu connu des frontières nationales, car elles ne font pas partie des «world-class universities», ces établissements de rang mondial annuellement évalués par les divers organismes de classement internationaux.

La décision de ces universités sont une réponse immédiate à l’allocution du président de la République populaire de Chine lors d’une visite à l’université du Peuple. Le 25 avril, ce dernier s’était exprimé avec véhémence sur la nécessité pour la Chine de continuer à renforcer la place de ses universités pour en faire des références mondiales mais «aux caractéristiques chinoises».

Le président Xi Jinping a expliqué que « les universités chinoises devaient être profondément enracinées en Chine et éviter de simplement copier les standards et les modèles étrangers », lors de sa visite à l’Université Renmin de Chine à Beijing, le 27 avril 2022.

Pour l’heure, l’abandon du système de classement international n’a pas encore eu de conséquences directes sur les politiques des autres établissements mais il interroge quant à la vision du Parti communiste chinois en matière d’enseignement supérieur et de recherche dans la compétition internationale.

L’annonce de ces trois université a avant tout une portée plus politique et symbolique, car elles ne choisissent pas d’être inscrites ou non. L’université peut au mieux cesser de fournir des données aux organismes de classement qui continueront dans ce cas de l’évaluer à partir d’autres sources de données, telles que les bases bibliographiques, les bases de brevets, les registres des prix Nobel, les moteurs de recherche, les enquêtes publiques .

Historiquement absente du paysage de l’enseignement supérieur mondial, la Chine compte en 2022 dix universités dans le top 200 du classement Times Higher Education, avec l’Université Tsinghua et l’Université de Pékin à la seizième place ex aequo. Sept universités de Chine continentale figurent dans le top 150 du classement QS.

L’ascension rapide de ces universités s’explique par le soutien accru du gouvernement chinois pour et  les talents et les investissements nécessaires à la recherche scientifique. Ces performances ont été obtenues via des réformes de la gouvernance et au mode de financement des universités.

Au début des années 2000, s’appuyant sur les recherches d’une équipe de l’université Jiaotong de Shanghai, la Chine met au point sa méthode et ses indicateurs d’excellence, aujourd’hui confiés à un opérateur privé, l’Academic Ranking of World Universities (AWRU). C’est donc ce classement, dit «de Shanghai», qui depuis 2003 bouleverse les équilibres traditionnels dans le grand marché mondial de la réputation des universités.