Le gouvernement israélien a accepté ce 20 septembre 2015 la venue de 20 000 travailleurs chinois du bâtiment, afin de diminuer les coûts et de répondre à la demande croissante de logement en Cisjordanie occupée. Cependant, en juin 2015, les autorités chinoises avaient refusé de signer un accord permettant à ses ressortissants de venir travailler en Israël.

Le gouvernement chinois ne souhaitait pas voir ses concitoyens être employé dans les colonies de Cisjordanie occupée, qui représentent pourtant 3% de l’ensemble des mises en chantier de l’Etat hébreu. De son côté, bien que les ministres aient accepté la proposition du Premier ministre, Benjamin Netanyahou, aucun accord n’a été signé entre les deux pays.

Des ouvriers étrangers pour coloniser la Cisjordanie occupée

Li Keqing et Benjamin Netanyahou

Pour Benjamin Netanyahu, « l’arrivée de quelque 20.000 travailleurs chinois dans le secteur du bâtiment pour accélérer la construction de logements est une mesure nécessaire et importante pour faire baisser le prix de l’immobilier ».

Ce dernier a expliqué devant le Conseil des ministres, que « comme dans toute décision, il y a des problèmes annexes mais la construction de nombreux logements va augmenter l’offre et nous permettre de modifier la tendance des prix ». Sa proposition n’a pas été bien accueillit par Yéhuda Weinstein, conseiller juridique du gouvernement (procureur général), qui s’est opposé à la venue de travailleurs chinois.

Le Premier ministre insraêlien a averti le gouvernement qu’il ne soutiendrait pas la décision du gouvernement en cas de procès ou d’appels à la Cour suprême, a-t-il expliqué aux médias. Le secteur du bâtiment emploie actuellement 216.000 travailleurs, dont 37.000 Palestiniens et 6.000 travailleurs étrangers, parmi lesquels 3.700 chinois.

Yéhuda Weinstein s’appuie sur la position de 2010 de Benjamin Netanyahou. A l’époque, le Premier ministre israélien s’était engagé à ne pas faire venir de main d’œuvre étrangère avant la conclusion d’accords bilatéraux avec les pays d’origine des travailleurs immigrés. D’autant que sans ces accords, les travailleurs chinois doivent payer des intermédiaires pour obtenir un permis de travail.

D’autres travailleurs chinois parviennent à travailler en Israël dans le cadre de contrats privés conclus entre des entreprises israéliennes et chinoises. Pour faciliter les démarches des travailleurs, les deux pays se sont engagés dans des négociations sur un accord fixant des contrats de travail, mais elles n’ont pas encore abouti.

Toutefois l’insistance de Benjamin Netanyahu et de son ministre des Finances Moshé Kahlon s’explique par l’engagement politique fait pour faire baisser le prix des logements dont la hausse vertigineuse avait été à l’origine du mouvement de contestation sociale le plus important de l’histoire du pays en 2011.

Beijing refuse d’envoyer ses concitoyens

En juin 2015, les autorités chinoises avaient averti qu’elles enverraient des travailleurs du bâtiment si l’État hébreu s’engage à ne pas les employer dans des colonies de Cisjordanie occupée. Pour un responsable israélien interrogé par l’Agence France Presse, « nous sommes en cours de négociation avec la Chine pour un accord portant sur la venue de milliers de travailleurs supplémentaires ».

Mais « pour le moment, ces discussions butent sur plusieurs problèmes dont l’emploi de ces immigrés dans les implantations de Judée-Samarie », (Cisjordanie). Ce dernier a assuré à l’AFP que « Pékin demande que nous nous engagions à qu’ils ne soient pas employés dans cette région, ce qui pose un problème ».

Depuis 2014, les deux pays ont engagé des négociations sur un partenariat fixant les limites des contrats de travail pour les immigrés chinois. Cependant, la tension autour de la colonisation de la Cisjordanie occupée reste vive. En effet, le gouvernement très à droite de Benjamin Netanyahu ne veut pas accepter la condition posée par Beijing.

Mais pour tenter de rassurer, la source anonyme de l’AFP a assuré que la demande de la Chine « n’a aucun rapport avec la campagne mondiale lancée par BDS » (Boycott, désinvestissements, sanctions). Ce groupe d’ONG appellent à boycotter Israël pour dénoncer entre autre, l’occupation des territoires palestiniens.

Selon ce responsable israélien, la demande chinoise « semble plutôt liée à la position diplomatique de Pékin qui soutient la création d’un État palestinien et s’oppose à la présence d’Israël » en Cisjordanie. D’autant que les constructions dans les colonies, où vivent près de 400 000 israéliens, représentent 3% de l’ensemble des mises en chantier en Israël, selon le Bureau central des statistiques.

Israël souhaite accélérer la construction de logements et provoquer une baisse des prix, afin de s’assurer du soutien d’une branche radicale des israéliens vivant ou souhaitant vivre en Cisjordanie occupée. Mais sans un accord avec la Chine, les objectifs fixés semblent pratiquement impossible à réaliser. Raison pour laquelle, Israël a conclu des accords bilatéraux permettant l’emploi d’immigrés avec la Bulgarie, la Moldavie et la Roumanie pour les ouvriers du bâtiment.