La dirigeante du Kuomintang (KMT), Cheng Li-wun, se rend ce 1er juin aux Etats-Unis pour un voyage de deux semaines où elle espère « gagner davantage la confiance » de Washington, après s’être rendue en Chine en avril.
Cette dernière avait d’ailleurs rencontré le président chinois, Xi Jinping, qui a exprimé sa volonté de travailler avec tous les partis politiques à Taiwan, tout en rappelant que l' »indépendance de Taiwan était le principal coupable compromettant la paix à travers le détroit de Taiwan ». « Nous ne devons ni l’approuver ni la tolérer », a assuré ce dernier.
Tenter de convaincre
Lors d’une conférence de presse avant son départ, la cheffe de file de l’opposition taïwanaise a dit souhaiter que le KMT joue un rôle clé pour garantir la paix dans la région, et « gagner davantage la confiance des Etats-Unis ».
Cheng Li-wun va se rendre à San Francisco, Boston, New York, Washington et Los Angeles, où elle prévoit de rencontrer des parlementaires américains, des responsables gouvernementaux, des groupes de réflexion et des sympathisants. Elle devrait aussi se rendre à l’Institut américain à Taïwan (AIT), situé à Arlington, dans l’État de Virginie.
Première présidente du KMT à s’être rendue en Chine continentale en 10 ans, la visite Cheng Li-wun a été perçu comme « un élément important des échanges et du dialogue entre le KMT et le Parti communiste chinois dans le nouveau contexte », selon l’agence de presse chinoise, Xinhua. Pour de nombreux observateurs, la venue de la dirigeante du KMT est un signe de la volonté de Pékin de reprendre le dialogue avec les taiwanais.
D’ailleurs, le KMT s’est opposé à l’indépendance de l’île, et défend des liens économiques et culturels plus étroits avec Pékin, tout en voulant maintenir le statu quo. Depuis 2016, la présidence de Taïwan est détenue par un parti rival du KMT, le Parti démocrate progressiste (DPP), aux tendances indépendantistes, qui également maintenir le statu quo, tout en ayant un discours moins conciliant avec Pékin.
Pékin qui considère Taïwan comme une partie intégrante de son territoire, voit l’actuel président taïwanais, Lai Ching-te, comme un séparatiste. De son côté, Cheng Li-wun est régulièrement accusée par ses détracteurs, même au sein de son parti, d’être trop favorable à Pékin
« Des questions bien plus incisives »
Selon les analystes, aux Etats-Unis, il est probable que Cheng Li-wun soit interrogée par les parlementaires et responsables américains sur la position du KMT envers la Chine et sur le budget de défense de Taïwan.
Le Parlement taïwanais a récemment approuvé un budget de défense de 25 milliards de dollars, contre une proposition initiale de 40 milliards de dollars du gouvernement, qui s’est heurté au blocage de l’opposition, composée en grande partie par des membres du KMT. Ce dernier accuse le parti présidentiel de pousser Taïwan dans une course aux armements et un conflit perdant.
Cheng Li-wun peut aussi s’attendre à « beaucoup moins d’apparat et à des questions bien plus incisives » aux États-Unis, selon Ryan Hass, expert de la Chine et de Taïwan à la Brookings Institution, basée à Washington, et interrogé par l’Agence France Presse.
Ce dernier a indiqué dans un article d’opinion, publié dans le Taipei Times, que « son défi sera de convaincre Washington que l’engagement du KMT avec la Chine peut coexister avec une forte dissuasion ». De son côté, Jason Hsu, du think tank Hudson Institute et ancien député du KMT, a déclaré que Cheng Li-wun devra faire face « à de très sérieuses questions de la part de l’administration et du Congrès en raison de l’orientation pro-Pékin du KMT ».
Cheng Li-wun souhaite rencontrer Donald Trump
Les Etats-Unis ne reconnaissent pas officiellement Taïwan, mais maintiennent des relations officieuses avec le gouvernement de l’île, via le Taiwan Act, et sont légalement tenus de lui fournir les moyens de se défendre, à condition qu’elle ne déclare pas l’indépendance. De son côté, Taïwan détient bien sa propre industrie de défense, mais le territoire reste fortement dépendant des États-Unis pour obtenir des armes destinées à dissuader une éventuelle attaque de la Chine.
Cheng Li-wun s’estime « très encline » à rencontrer le président américain, Donald Trump, ce que les analystes estiment peu probable. En effet, selon le protocole américain, cité par l’AFP, les dirigeants de l’opposition taïwanaise ont principalement des rencontres avec des responsables américains, même de rang inférieur.
Toutefois, selon le communiqué du KMT, « la principale mission de sa présidente consistait à faire comprendre aux personnalités influentes américaines l’objectif pacifiste du parti dans les relations avec Pékin ».
« Seul le KMT est véritablement sérieux et responsable pour assumer le rôle primordial que représente le maintien de la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan », a-t-elle estimé le 1er juin. Toutefois, Donald Trump a suggéré que ces ventes d’armes pourraient servir de monnaie d’échange avec la Chine, suscitant des inquiétudes au sein du gouvernement taïwanais qui a rétorqué que Taiwan ne pouvait pas faire l’objet d’un « marchandage ».






