La grève générale et les manifestations du 5 août ont paralysé l’archipel, après deux mois de mobilisation pour réclamer la démocratie et dénoncer les violences policières.

La journée de grève générale à Hongkong avait commencé par le blocage des transports en commun à l’heure de pointe. Outre des retards importants et des frictions entre manifestatns et usagers, la tension s’est

Mais dans les rues, les forces de l’ordre ont arrêté plusieurs protestataires réunis devant un commissariat de police. Désormais, la police ne vise plus seulement à disperser la foule, elle procède à des vagues d’arrestation, afin de décourager les militants. Au total, les autorités ont arrêté 420 personnes depuis le début des événements, le 9 juin.

Agés de 14 à plus de 76 ans, elles reflètent la diversité des manifestants présente dans les rues de Hong Kong pour demander plus de démocratie et dénoncer les violences policières. Interrogée par l’Agence France Presse, une employée dans une boîte de télécommunications de 33 ans, est venue manifester : «même si je sais qu’il n’y aura pas de conséquences directes sur mon contrat, certains dans mon entreprise soutiennent le gouvernement et ils peuvent vous apporter des problèmes sur n’importe quel sujet, comme sur les promotions ou des revues de performance. Mais si on ne se mobilise pas maintenant, demain il sera trop tard».

A l’aéroport international de Hong Kong, l’appel à la grève a été relayé par des syndicats de personnels navigants et suivi par près d’un tiers des contrôleurs aériens. Les personnels aériens ont rejoint le mouvement de protestation, suivis par les fonctionnaires du gouvernement.

Malgré les menaces de sanctions de la part de la hiérarchie, 40 000 agents des services publics ont défilé dans la rue le 3 août. Cette mobilisation est exceptionnelle, car

«c’est la première fois que Hong Kong connaît une grève générale de travailleurs. C’est historique, pour beaucoup c’est leur première grève dans leur vie. Soudainement on voit des salariés, et même des fonctionnaires qui étaient considérés comme plutôt conservateurs, soutenir le mouvement et l’idée de la grève générale»

Pasha Wan, membre du parti d’extrême gauche Action socialiste.

«Je vois qu’il y a des changements rapides dans la culture hongkongaise, il peut y avoir de grands bouleversements à Hongkong», a ajouté ce dernier. D’autant que d’après la législation hongkongaise, les salariés faisant grève pour des raisons politiques ne sont pas protégés.

Beaucoup tentent de contourner cette loi en prenant un jour de congé pour rejoindre le mouvement, ou en prétextant l’impossibilité de se rendre au bureau. Comme ce travailleur dans le secteur des médias :

«à ma connaissance, c’est la première fois en quarante ou cinquante ans qu’il y a un tel mouvement. Les Hongkongais ont toujours besoin de travailler, de gagner de l’argent, mais désormais on veut faire le bon choix. Si tout le monde soutient ce mouvement, je pense que le gouvernement se rendra compte que c’est une situation sérieuse et on espère qu’il fera ce qu’il faut pour répondre à son peuple».

De son côté, les autorités restent muettes, très absentes. Depuis le début de la crise, provoquée par un projet de loi d’extradition vers la Chine continentale, le gouvernement local refuse le dialogue, transformant un vaste mouvement populaire et pacifique en face-à-face de plus en plus violent avec la police.

Suite aux slogan – «Carrie Lam est en grève depuis dix jours, alors pourquoi pas vous?» – lancé sur les réseaux sociaux, la cheffe de l’exécutif s’est exprimée lors d’une conférence de presse. Déclarant que les manifestations mettaient Hong Kong «dans une situation très dangereuse», elle a réaffirmé qu’elle ne démissionnera pas de son poste.

«Je pense que les gens qui mettent Hong Kong en danger ne sont pas les protestataires, mais plutôt la police. Depuis le début du mouvement, les manifestants sont pacifiques. Nous voulons juste que le gouvernement réponde à nos demandes», a considéré un salarié du secteur de la finance gréviste, interrogé par l’agence française.

Carrie Lam a également rappelé que son gouvernement était «résolu à rétablir l’ordre dans Hongkong». D’ailleurs, au cours de la journée du 5 août, les opérations policières se sont déployées sur cinq des dix-huit districts de la ville, au moment où des manifestants vêtus de noir ont installé plusieurs barricades afin de bloquer les principales artères de la ville.