Par Nankouman KEITA – La République de Guinée est située au sud-ouest de l’Afrique Occidentale couvre une superficie de 245.857 km². C’est un pays côtier avec 300 km de littoral atlantique, à mi-chemin de l’équateur et du tropique du cancer entre 7°05 et 12°51 de latitude Nord et 7°30 et 15°10 de longitude Ouest.

Elle est limitée à l’Ouest par l’Océan Atlantique, au Sud par la Sierra Leone et le Liberia ; à l’Est par la Côte d’Ivoire et le Mali ; et au Nord par la Guinée Bissau, le Sénégal et le Mali. Elle est caractérisée par un climat à deux saisons dont la durée varie selon les régions de 3 mois (au Nord), à 9 mois (au sud-est).

La pluviométrie varie de 4 000 mm (Région côtière) à 1 300 mm (Haute Guinée); les précipitations culminent partout en juillet et août. La Guinée est caractérisée par une hétérogénéité des sols et un réseau hydrographique abondant. Les nombreux fleuves et cours d’eau qui y naissent arrosent tous les pays voisins et font de la Guinée le château d’eau de la sous-région. Aujourd’hui malheureusement ce château d’eau est menacé par l’ampleur de la sécheresse qui est la conséquence néfaste des actions anthropiques de diverses origines et des changements climatiques.

Nous avons bel et bien souligné dans notre article précédent intitulé « 60 ans coopération Sino-guinéenne quels sont les acquis ? ». Le déficit énergétique fut une des causes de l’échec du tissu d’industries légères construites avec le soutien de la Chine et d’autres partenaires au développement. Au début de l’indépendance, de projets énergétiques étaient identifiés parmi lesquels le barrage  hydroélectrique de souapiti sur le fleuve Konkouré et de nombreux barrages de dimension  moyenne. Aujourd’hui encore, les perspectives de la fourniture d’électricité en Guinée s’appuient principalement sur la coopération avec la RPC.

Un diagnostic du secteur énergétique de janvier 2010 révèle une dégradation chronique des capacités de production, de transport et de distribution énergétiques du pays. Au total, la capacité de production installée théorique est estimée par l’EDG à 287.56MW, dont 157.06MW pour le thermique et 130.5 pour l’hydraulique. Des générateurs sont utilisés dans certaines préfectures.

Ces dernières années, le déficit de la production a été aggravé par le recours à du mazout inadapté. Le réseau souffre du vandalisme de pylônes de haute tension, de la fraude, des branchements clandestins, des surcharges des postes sources, du manque de pièces de rechange et de difficultés financière. Dans la capitale, beaucoup des ménages et de prestataires de services utilisent des groupes électrogènes.

Le plan de réhabilitation et d’accroissement des capacités de production, thermique et hydraulique, repose sur l’amélioration du gouvernement du secteur, notamment de la distribution et de la commercialisation de l’énergie électrique. Pour y parvenir, la Guinée bénéficie du soutien de certains partenaires extérieurs, tels que la Chine.

Le ministère guinéen de l’Economie et des finances et la China International Water and Electricity corporation (CIWE) représentée par son vice- président M. LI ont signé le 13 aout 2011 un contrat pour la construction d’un barrage hydroélectrique de 240.5 MW à kaléta, dans la préfecture de Dubréka. Le coût du projet estimé à 526 millions USD devrait être financé à hauteur de 25% par le gouvernement et de 75% par la société Chinoise.

Dans la même zone le chef d’Etat a lancé, le 22 décembre 2015, la construction du barrage de souapiti, de 515 MW ,qui doit durer 58 mois et coût 1,500 .000 milliards UDS. Le financement sera assuré par Eximbank de Chine et d’autres bailleurs de fonds, sous forme de partenariat public-privé. La CIWE reste le maitre d’œuvre et les travailleurs les mêmes que pour le barrage kaléta.

Le fleuve Konkouré : Il a un bassin versant sur 17.046 km2 et une longueur de 139 km. Il reçoit la Kakrima formée par la réunion de nombreux cours d’eau descendant du plateau du Foutah Djallon. De nombreuses chutes marquent le cours du Konkouré et de ses affluents. De fait, quelques mois après l’inauguration de Kaléta, Conakry avait renoué avec les coupures d’électricité, et les manifestations anti-délestages ont fortement secoué la capitale guinéenne, surtout en janvier 2018.

L’un des chantiers les plus emblématiques de cette relance est celui du complexe hydroélectrique de Souapiti (550 MW). Sa mise en service partielle dès 2019 permettra de réduire le déficit en électricité en saison sèche, estimé à 400 MW. Le barrage et sa centrale sont construits, pour 1,2 milliard d’euros, par China International Water and Electric Corporation, déjà maître d’œuvre du complexe hydroélectrique de Kaléta, entré en service en 2015 (240 MW, 380 millions d’euros).

De loin, on peut déjà apercevoir l’activité intense rythmant le gigantesque chantier. Des camions-bennes déversent leurs chargements dans les centrales à béton. Des travailleurs guinéens et chinois s’affairent autour des pièces d’une gigantesque grue jaune en montage.

Exécuté pour un montant de 1,4 milliard de dollars (1,2 million d’euros) par China International Water and Electric Corporation (CWE) – également maître d’œuvre du barrage de Kaléta (240 MW) –, l’ouvrage hydroélectrique de Souapiti (550 MW), qui sortira des eaux du fleuve Konkouré, à 135 km au nord de Conakry, sera mis en service entre la fin de 2019 et le début de 2020 (ses travaux ont débuté en 2015).

Il est censé alimenter essentiellement les très énergivores mines de bauxite, dont le pays est l’un des principaux réservoirs mondiaux, et son exploitation démarrera en deux temps. « Avant la mise en marche des groupes électrogènes de Souapiti en 2020, cela permettra d’améliorer la desserte en électricité durant l’étiage 2019-2020 [période où le débit du fleuve est au plus bas]. Et ce grâce aux groupes de Kaléta, qui fonctionneront pendant cette période à plein régime, avec l’eau qui sera partiellement stockée derrière le barrage de Souapiti, en construction », a souligné DIALLO Oury Dadhi, chef du département génie civil du projet, réalisé sous la forme d’un partenariat public-privé avec le gouvernement guinéen.

Puissance garantie de 100 MW

Les caractéristiques techniques du barrage de Souapiti, implanté à 6 km en amont de celui de Kaléta, sont impressionnantes : 1 148 m de longueur, 120 m de hauteur, 6 milliards de mètres cubes de retenue d’eau. Elle est la troisième infrastructure de ce type, érigée en cascade sur le Konkouré, après Garafiri (75 MW) et Kaléta.

Complémentaire de celle de Kaléta (opérationnelle depuis septembre 2015), Souapiti devra, à terme, permettre à cette dernière de disposer d’une puissance garantie de 100 MW pendant toute l’année, même en période d’étiage. Comment ? « Les centrales de Kaléta et de Souapiti auront toutes les deux pour seul réservoir celui qui sera créé par le barrage de Souapiti ».

Pour Conakry, il s’agit de réduire la dépendance aux sources d’énergie polluantes, comme le pétrole ou le charbon, et de résorber le déficit énergétique chronique dont souffre le pays

Mais, pour le moment, avant l’arrivée du réservoir de Souapiti, 275 fois plus grand, Kaléta fonctionnera en tant que centrale « au fil de l’eau ». « Pendant la saison des pluies, elle produira à sa puissance maximale (240 MW). Mais, en saison sèche, elle ne fonctionnera qu’à environ 15 % de ses capacités, car son réservoir est très réduit (23 millions de m3) », détaille l’ingénieur.

Potentiel hydroélectrique de 7 000 MW

Surnommée le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest du fait de ses énormes ressources hydrauliques, avec un réseau fluvial de 6 250 km, la Guinée fait aujourd’hui le pari d’exploiter son potentiel de production hydroélectrique, estimé à 7 000 MW.

« Même lorsque Souapiti fonctionnera, on sera à moins de 10% de notre capacité de production », a souligné ancien, directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements privés (Apip-Guinée) Gabriel Curtis. Désormais, les objectifs de Conakry, à travers la promotion d’une énergie propre, abondante et bon marché, sont clairs.

Il s’agit de réduire la dépendance aux sources d’énergie polluantes, comme le pétrole ou le charbon, et de résorber le déficit énergétique chronique dont souffre le pays. Selon l’expert guinéen Mansour Kaba, ancien ministre, « avec le démarrage de Souapiti, la Guinée diminuera ses émissions de CO2 de 623 370 tonnes par an ».

Réseau interconnecté

La production devrait couvrir les besoins en électricité du pays et même permettre d’approvisionner la Guinée-Bissau, la Gambie et le Sénégal, via le réseau interconnecté de lignes à haute tension de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG). Et Souapiti fait partie des barrages hydroélectriques à vocation continentale.

« L’interconnexion électrique va nous permettre de couvrir tout le pays. Les autres nous donnent, et nous aussi nous donnons. Le courant que nous donnons aux pays voisins ne compromet donc nullement les efforts du gouvernement d’électrifier le pays », qui cite entre autres le projet « multinational d’interconnexion électrique en 225 kV Guinée-Mali », lancé en 2018.

En décembre 2018, le ministre guinéen en charge de l’Investissement et des partenariats public-privé, Gabriel Curtis, avait annoncé que la BEI (Banque européenne d’investissement) a offert 130 millions d’euros pour soutenir ce projet d’interconnexion entre la Guinée et le Mali. Enfin, « la Guinée entend approfondir sa politique de mix énergétique grâce à des projets de construction de fermes solaires, dont le développement est assez avancé en Haute-Guinée, plus ensoleillée que les autres régions ».

Des enjeux politiques

À côté de Souapiti, les travaux du barrage hydroélectrique d’Amaria (300 mégawatts) ont été lancés en janvier 2018. Entièrement pris en charge par la société chinoise TBEA, pour un chantier de quatre ans, Amaria augmentera la puissance énergétique de la Guinée pour faire face à la pressante demande d’électricité à Conakry et favoriser l’industrialisation entamée dans la zone bauxitique de la Basse-Guinée.

Au-delà de la satisfaction des foyers et des industries, l’enjeu de Souapiti est aussi politique. À moins de deux ans de l’élection présidentielle, Souapiti, tout comme Kaléta, fait partie des acquis du pouvoir mis en avant par les promoteurs d’un troisième mandat pour Alpha Condé. Ses partisans soulignent que ce Président « a installé plus de puissance électrique que tous les autres ». Au-delà de la Guinée, Alpha Condé marquera aussi un grand coup avec la réalisation de Souapiti, lui qui a été choisi en 2017 par ses pairs de l’Union africaine, comme le coordinateur des énergies renouvelables du continent.

La Guinée est ainsi, en Afrique, au cœur de la révolution énergétique. Laquelle vise à démocratiser l’accès de l’énergie aux populations africaines en mettant en route des projets concrets, sobres en carbone et à forte valeur environnementale, sociale et éthique. La Guinée, qui dispose d’immenses ressources énergétiques, surtout des ressources hydrauliques, peut jouer un grand rôle dans cette révolution. L’Afrique de l’Ouest, qui abrite un quart des cours d’eau du continent, dispose d’un potentiel de 25 000 MW dont environ le quart se trouve en Guinée.

Une vocation continentale

Pourtant, le pays du coordinateur des énergies renouvelables du continent est, en 2019, l’un des moins électrifiés de la sous-région ouest-africaine ! Kaléta couplé aux réalisations prochaines de Souapiti et Amaria, et aussi de Koukoutamba (280 MW), est de nature à changer la donne. Le Coordinateur des énergies renouvelables d’Afrique, Alpha Condé a pour mission de mettre sur pied une organisation d’ensemble des projets africains relatifs aux énergies, notamment aux énergies renouvelables.

Un appui financier qui permettra à 200 000 personnes en Guinée d’être raccordées à l’électricité pour la première fois et d’accroître l’utilisation des énergies propres en Guinée, au Mali, au Liberia et Côte d’Ivoire. Les quatre pays étant dans une coopération sous-régionale en matière d’énergie. Alpha Condé est très confiant sur la fin très proche des travaux de construction du barrage hydroélectrique de Souapiti. « En 2019, la construction du barrage hydroélectrique de Souapiti d’une capacité de 450 mégawatts prendra fin », a déclaré le numéro 1 Guinéen.

Des progrès énergétiques pour le développement industriel

Dans son intervention, le président Alpha Condé a également partagé avec le public, ses ambitions énergétiques pour la Guinée. « D’ici 5 ans, la Guinée sera le pays le plus électrifié de toute l’Afrique. Je vous donne ma parole. Il n’y a pas de développement sans énergie. C’est l’énergie qui peut nous permettre d’industrialiser notre pays. Nous allons industrialiser et vendre nos produits finis dans les autres pays. Et rien n’empêchera cela », a déclaré le chef de l’Etat guinéen aux populations de la localité de Labé venues à sa rencontre.

Cette déclaration du premier responsable guinéen n’a pas cessé de faire parler en Guinée. Non pas pour la question énergétique mais pour ce qui concerne la durée donnée par l’intéressé. En effet, en 2020, le chef de l’Etat aura terminé son second mandat présidentiel. Et pour le moment, la constitution ne l’autorise pas à rempiler pour un troisième. Une partie de l’opposition le soupçonne de vouloir modifier les textes pour tenter de poursuivre à la tête du pays.

Nankouman KEITA, étudiant inscrit en Master à Zhejiang Normal University  (CHINE) au département de Droit public


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