Alors que Washington consolide sa stratégie pour ne plus dépendre de la Chine en matière de terre rare, certains producteurs africains espèrent prendre la relève de leur allié historique.

Suite au tournant prit par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. D’un côté, l’interdiction de l’administration Trump faite aux entreprises américaines de fournir leurs technologies au géant chinois des télécomes Huawei. De l’autre, la Chine pourrait priver les Etats-Unis de ses terres rares, matières premières indispensables aux nouvelles industries technologiques.

Principal prducteur et transformateur de terre rare, Beijing possède là un moyen de pression sur son rival américain. Sauf que l’Afrique dispose également de grandes réserves de terres rares, encore peu exploitées. Le Gabon, le Burundi, Madagascar, l’Afrique du Sud, la Namibie, la Tanzanie ou encore le Malawi pourraient récupérer le marché chinois.

Selon le Bureau de recherches géologiques et minières, la Chine détient environ 47% des réserves mondiales de terres rares. La Russie, le Groenland, le Canada, le Vietnam, les Etats-Unis et plusieurs pays d’Afrique sont également riches en terres rares. Seuls le Brésil et la Russie n’exploitent pas leurs réserves à cause des risques environnementaux.

La Chine est aussi le premier producteur mondial de terre rare. D’après les données de l’US Geological Survey, l’empire du Milieu aurait produit en 2018, 120 000 tonnes, soit 71% de la production mondiale, loin devant des pays comme l’Australie (20 000 t) ou les États-Unis (15 000 t).

Depuis la décision de Washington de placer Huawei sur une liste noire, Beijing n’a pas réagit et contré durement les américains dans ce domaine. En effet, d’après Ryan Castilloux, directeur d’Adamas Intelligence, firme spécialisée dans les terres rares, la récente visite du président chinois Xi Jinping à l’industrie des terres rares est calculée.

«Cette visite indique que les Chinois savent non seulement que les terres rares sont importantes pour les industries américaines de haute technologie, mais aussi pour le secteur de la défense», a-t-il expliqué au Financial Times.

Depuis cette visite, les spéculations vont bon train. D’une part, certaines estiment que Beijing pourrait couper l’approvisionnement des terres rares aux États-Unis, comme cela a été fait pour le Jpaon en 2010.

«On ne peut exclure que la Chine mette le même type de pression sur les États-Unis en invoquant des problèmes environnementaux», déclare Kokichiro Mio, un spécialiste de la Chine à l’institut de recherche NLI au Japon.

D’autre part, des experts estiment que la Chine pourrait pour «protéger ses ressources menacées d’épuisement», instaurer des quotas d’exportation. Pour plusieurs analystes, limiter ou couper complètement les exportations chinoises de terres rares aux États-Unis aurait un effet mitigé pour la Chine.

Le pays pourrait perdre un secteur porteur et surtout lucratif, et favoriser de nouvelles productions de terres rares dans d’autres pays, brisant ainsi son monopole sur le marché mondial.

«Si la Chine augmente les prix pour les États-Unis ou l’exclut complètement, elle ne fera qu’accélérer le développement rapide de sources alternatives», a déclaré RBC dans une note reprise par Reuters.

«Si la Chine augmente les prix pour les États-Unis ou l’exclut complètement, elle ne fera qu’accélérer le développement rapide de sources alternatives», a assuré RBC. Interviewé par le journal The Verge, Tim Worstall, ancien négociant en terres rares, a expliqué que «si Pékin interrompt vraiment l’approvisionnement, il y aura des problèmes à court terme, mais résolubles».

En cas d’interruption des approvisionnements chinois, l’autre alternative «non négligeable» pour les géants de la technologie américains et de l’Occident pourrait être l’Afrique. Le continent possède de grandes réserves de terres rares. Toutefois, il a fallu attendre fin 2017 pour voir la première mine de terres rares d’Afrique entrer en production.

La mine Gakara, opérée au Burundi par la compagnie minière Rainbow Rare Eath (RRE), possède un statut unique de producteur de terres rares d’Afrique, RRE, qui ambitionne de devenir «un fournisseur stratégique clé pour le marché mondial des terres rares». Cette mine est également l’un des rares producteurs en dehors de la Chine.

Hors le Burundi, d’autres pays africains pourraient commencer la production de terres rares d’ici quelques années. Au Malawi, la société canadienne Mkango Resources prévoit de démarrer l’exploitation de son projet Songwe Hill en 2020.

D’ailleurs, le Gabon, l’Afrique du Sud, ou encore la Tanzanie et Madagascar possèdent de grandes ressources de terres rares actuellement en cours d’exploration par des compagnies étrangères.

Cotée à la bourse TSX-V, Namibia Critical Metals développe son projet de terres rares Lofdal, et la construction d’un important portefeuille de métaux en Namibie. Il y a aussi la mine sud-africaine Steenkampskraal, qui contiendrait d’importantes réserves de terres rares. Fermée depuis 1963, elle devrait prochainement rouvrir.

Ecrit avec l’Agence Ecofin