L’ambassadeur de Chine au Canada a demandé aux parlementaires canadiens de ne pas se mêler des affaires intérieures de la Chine, alors que le Parlement doit se prononcer sur une déclaration reconnaissant qu’un « génocide » contre les Ouïghours musulmans est en cours dans la province du Xinjiang.

Cong Peiwu, ambassadeur de Chine à Ottawa

Cong Peiwu, l’ambassadeur de Chine au Canada, a réitéré le point de vue de son gouvernement selon lequel les Ouïghours ne sont pas mal traités en Chine.

Les conservateurs canadiens ont déposé une motion au Parlement, demandant au Canada de déclarer officiellement que les crimes contre les musulmans ouïghours en Chine constituent un « génocide ». Cette motion pourrait faire l’objet d’un vote non contraignant cette semaine.

«Nous nous opposons fermement à cela parce que cela va à l’encontre des faits. Et c’est comme, vous savez, de s’immiscer dans nos affaires intérieures», a déclaré Cong Peiwu au quotidien La Presse Canadienne lors d’une interview.

«Il n’y a rien du tout comme un génocide au Xinjiang», a assuré le diplomate qui a proposé de manière proactive l’entrevue samedi avant le vote prévu lundi.

Le chef conservateur Erin O’Toole a déclaré que la motion et le vote ultérieur sont nécessaires pour envoyer un «signal clair et sans équivoque que nous défendrons les droits humains et la dignité des humains, même si cela signifie qu’il faut sacrifier une opportunité économique».

Contrairement à des responsables américains et des défenseurs des droits de la personne, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas utilisé le mot «génocide» pour qualifier les violations de la Chine, précisant que ce mot devait être utilisé avec prudence.

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«Il ne fait aucun doute qu’il y a eu d’énormes violations des droits humains dans le Xinjiang», a déclaré Justin Trudeau.

Cong Peiwu a également qualifié de «fiction» les accusations des Nations unies que des millions de personnes dans des camps de détention sont soumises au travail forcé et à la stérilisation dans son pays.

L’ambassadeur a déclaré que « nous respectons vos valeurs. Mais je pense que nos valeurs fondamentales devraient être : respecter les faits. Et arrêter de répandre de la désinformation ou même des rumeurs ».

Pour sa part, le ministre d’État britannique des Affaires étrangères, James Cleverly, a déclaré lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU en janvier 2021 que les «mesures sévères et disproportionnées» de la Chine contre les Ouïghours sont un exemple de mesures antiterroristes utilisées «pour justifier des violations flagrantes des droits humains et de l’oppression».

James Cleverly a affirmé que la Chine avait détenu 1,8 million de personnes au Xinjiang sans procès. Il a aussi assuré que la Chine ne respecte pas ses obligations en vertu du droit international des droits humains ou l’exigence du Conseil de sécurité selon laquelle les mesures antiterroristes respectent ces obligations.

Bob Rae, l’ambassadeur du Canada aux Nations Unies, a appelé l’ONU en novembre 2020 à enquêter pour déterminer si la persécution des Ouïghours par la Chine constitue un génocide.

Cette demande intervient un mois après la publication d’un rapport du sous-comité parlementaire canadien, qui atteste que le traitement des Ouïghours par la Chine constituait un génocide, une conclusion que la Chine a rejetée précisant qu’elle était sans fondement.

Justin Trudeau et ses collègues dirigeants du G7 ont discuté des accusations portées contre la Chine sur le traitement de sa minorité ouïghoure lors de leur sommet virtuel le 20 février.

Le premier ministre Trudeau a déclaré qu’ils avaient « pris soigneusement note des conclusions tirées par des experts du monde entier, y compris des conclusions de crimes contre l’humanité et de génocide ». Cong Peiwu dénonce le Canada pour avoir initié une déclaration signée par 58 pays contre les détentions arbitraires.