De notre stagiaire Marie-Loi Cazillac – La flambée du prix du bœuf en Argentine peut s’expliquer par le fait que, après avoir modifié ses habitudes alimentaires, la demande en viande de la Chine ait largement dépassé les estimations de l’ensemble de l’industrie.

Afin de réguler les prix du marché intérieur, les autorités de Buenos Aires ont décidé de suspendre les exportations de viande bovine pendant 30 jours. Sur le marché international, les prix du bœuf ont donc tendance à augmenter.

Tout le peuple argentin a souffert de la hausse rapide des prix du bœuf. Considérée comme une grande puissance agricole d’Amérique du Sud, l’Argentine est également le pays qui consomme le plus de viande par habitant au monde. Cependant, en termes de consommation totale, ce sont les Chinois qui dominent le marché mondial de la viande bovine.

Le mercredi 19 mai, dans la « Chronique des matières premières » de RFI, la journaliste Marie-Pierre Olphand a fait part de la suspension des exportations de viande bovine de l’Argentine pendant 30 jours afin de réguler les prix du marché intérieur.

Le gouvernement argentin a précisé qu’il s’agissait d’une mesure temporaire. Mais même ainsi, le mécontentement des producteurs de viande qui profitaient des prix d’exportations élevés ne s’est pas fait attendre. L’organisation « Confédérations rurales argentines » a, d’ailleurs, immédiatement fait remarquer qu’il s’agissait d’un pas en arrière pour le développement et la croissance de l’élevage.

En un an, les prix de la viande de bœuf vendue localement ont bondi. Or, c’est l’aliment de base en Argentine : entre 40 et 50 kg de consommation par personne et par an, alors que la moyenne européenne est de 14 kg. Le contexte économique local est assez difficile, car le coût de la vie a augmenté de 46% au cours des 12 derniers mois.

De fait, l’augmentation du prix de la viande rendra le quotidien bien plus problématique, et risquerait même d’en faire une source potentielle de contestation. La décision des autorités ne surprend donc pas les bons connaisseurs du pays. L’un d’eux a expliqué que l’Argentine appliquait un système de droits d’exportation alternant entre ouverture et fermeture.

La Chine domine le marché de la viande

Mais cette flambée des prix n’est pas « inexplicable » selon le président argentin Alberto Fernandez. L’appétit chinois en est la principale raison. La Chine consomme désormais un quart de la viande bovine mondiale. Jean-Paul Simier, économiste et spécialiste du marché de la viande, a expliqué que les Chinois sont arrivés dans le marché international de la viande depuis une dizaine d’années, et que personne n’avait imaginé que la Chine l’épuiserait à ce point.

Les Chinois achètent de tout, que ce soit du porc, du bœuf, de l’agneau ou de la volaille. Ce n’est pas seulement une conséquence des changements d’habitudes alimentaires, mais aussi des accidents sanitaires à répétition, comme la grippe aviaire et la fièvre porcine.

Ces dernières années, les troupeaux chinois ont été décimés. Par conséquent, la plupart des viandes d’Amérique du Sud qui étaient, à l’origine, vendues en Europe partent maintenant en destination de l’Asie.

Hausse probable des prix à l’international

Face à l’incroyable demande chinoise, les exportations de viande de l’Argentine ont augmenté ces dernières années, et 80% d’entre elles sont destinées à la Chine.

Cependant, la production locale est restée quasiment stable, notamment en raison de l’augmentation des surfaces de culture de soja, qui réduit les terres disponibles pour le pâturage. Avec moins de produits disponibles, l’offre du marché local est également plus tendu.

La mesure prise par les autorités visent à rééquilibrer l’offre et la demande sur le marché intérieur, et à faire du bien au porte-monnaie du peuple argentin, même s’il est difficile de dire dans quelle proportion. Jean-Paul Simier a ajouté qu’il devrait également y avoir un effet inflationniste sur les prix internationaux, car un fournisseur majeur de la Chine va être absent pendant un mois.