L’accord commercial préliminaire entre la Chine et les États-Unis pourrait avoir un impact sur l’économie brésilienne qui a bénéficié de la guerre des tarifs douaniers.

Ainsi, selon les calculs de l’école de commerce brésilienne Insper et du cabinet de consultants Oxford Economics, les exportations brésiliennes pourraient baisser de 10 milliards de dollars (9 mds €), soit 5% du total de 2019.

«Les pertes américaines liées à la guerre commerciale ont été de près de 13 milliards de dollars et le Brésil a gagné 11 milliards grâce à ses exportations vers la Chine», a expliqué à l’Agence France Presse, Marcelo Suano, professeur de Relations internationales à l’Ibmec.

Le Brésil et les Etats-Unis sont de féroces concurrents, notamment pour l’agronégoce. Or dans l’accord signé le 15 janvier à Washington, la Chine, principal partenaire commercial du Brésil, s’est engagée à acheter 32 milliards de dollars de produits agricoles supplémentaires au cours de deux prochaines années, notamment du soja et de la viande, exportés massivement par le Brésil.

L’accord pourrait également affecter les exportations brésiliennes de pétrole et de coton. D’ailleurs, le commerce extérieur représente une part non négligeable du PIB du pays, à hauteur de 20%.

«Si cette guerre se termine vraiment, la tendance naturelle est que des pays comme le Brésil, qui dépendent beaucoup du secteur primaire dans leur balance commerciale, soient perdants», a souligné Marcelo Suano.

Pour Flavio Campestrin, secrétaire au Commerce International du Ministère de l’Agriculture du Brésil, l’impact réel de cet accord est «encore en cours d’analyse». «Le fait est que le Brésil aura plus de concurrence, c’était attendu.

«Cela dit, l’impact sur les exportations brésiliennes ne dépend pas seulement du volume d’importations chinoises, mais aussi de la capacité des Etats-Unis à répondre à cette demande», a précisé ce dernier.

Le secrétaire à la Politique agricole, Wilson Vaz Araújo, a admis que l’accord entre Chine et Etat-Unis pourrait avoir des effets sur l’économie du Brésil, notamment sur les exportations de soja.

Cependant, il reste optimiste: «la guerre commerciale nous a été profitable. Nous avons bénéficié de plus d’espace dans le marché. Est-ce qu’on va céder du terrain? Peut-être. Mais je crois que le Brésil a les moyens de réagir et d’exporter vers d’autres pays».

Les exportations brésiliennes de soja vers la Chine, destinées à l’alimentation des animaux d’élevage, ont augmenté de 34% en 2018, mais elles ont rapidement chuté de 24,7% en 2019 en raison de la peste porcine. Les exportations de viande bovine ont toutefois augmenté de 80%, la volaille de 53% et la viande porcine de 101,4%, selon les chiffres du ministre brésilien de économie.

Malgré les craintes, beaucoup estime que l’accord sino-américain sera bénéfique sur le long terme, car le pays souhaite ouvrir son marché à l’international. «Plus le marché international est équilibré, mieux c’est pour tout le monde. S’il y a de la croissance, nous devons montrer notre capacité à faire face à la concurrence internationale», a expliqué Marcelo Suano.

Pour ce dernier, le soutien américain au projet d’adhésion du Brésil à l’OCDE peut rendre le pays plus compétitif. De plus, la Chine s’est engagée dans l’accord à acheter 78 milliards de dollars supplémentaires de produits manufacturés, y compris des avions. Ce qui pourrait être bénéfique pour l’avionneur brésilien Embraer, dont la fusion avec l’américain Boeing devrait se concrétiser en 2020.