Le géant chinois du e-commerce Alibaba a relativisé les conséquences de son amende géante de 2,3 milliards d’euros pour abus de position dominante, tandis que ses actions flambaient à la Bourse de Hong Kong.

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Alibaba, symbole en Chine de la réussite dans l’économie numérique (e-commerce), est depuis décembre 2020 sous enquête des autorités pour «suspicion de pratiques monopolistiques». Les régulateurs ont jugé que le groupe fondé par le charismatique milliardaire Jack Ma était en infraction et ont condamné l’entreprise à payer une lourde amende.

Alibaba accepte la sanction

Alibaba a été accusé d’exiger l’exclusivité des commerçants souhaitant vendre leurs produits sur ses plateformes, au détriment des autres sites de commerce en ligne concurrents. «Nous acceptons sincèrement cette sanction et nous nous y conformerons fermement», a indiqué lors d’une conférence téléphonique le vice-président exécutif du groupe, Joe Tsai.

«Nous avons bénéficié de conseils avisés [des régulateurs] sur certaines questions spécifiques relevant de la loi anti-monopole […] Nous sommes heureux de pouvoir tourner la page», a précisé Joe Tsai. Le montant de l’amende représente 4% du chiffre d’affaires de 2019 d’Alibaba, qui était de 455,7 milliards de yuans (58,45 milliards d’euros), selon l’agence de presse, Xinhua.

De son côté, Daniel Zhang, président d’Alibaba a assuré devant les investisseurs que cette amende «n’aura pas de conséquences négatives» sur les affaires d’Alibaba.

Alibaba a promis de baisser ses coûts de fonctionnement pour les commerçants présents sur ses plateformes. La déclaration de Daniel Zhang a rassuré les investisseurs, car l’action d’Alibaba a pris jusqu’à près de 9% le 12 avril en matinée à la Bourse de Hong Kong, où le groupe est coté en plus de celle de New York.

Alibaba devra prendre des mesures rapidement pour se mettre en conformité avec les régulateurs, qui «limiteront probablement la croissance» de ses revenus et pèseront sur son bénéfice, estime dans une note l’agence de notation américaine Moody’s.

Jack Ma, fondateur d’Alibaba

Le milliardaire Jack Ma, qui a officiellement pris sa retraite d’Alibaba en 2019 mais en reste un gros actionnaire, est depuis quelques mois dans le collimateur des autorités.

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En novembre 2020, les régulateurs chinois ont stoppé in extremis une colossale introduction en Bourse à 34 milliards de dollars d’Ant Group, une filiale d’Alibaba dans les paiements en ligne.

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Inquiet de l’influence d’Alibaba, la Chine a aussi demandé au géant du commerce en ligne de céder des actifs dans le secteur des médias, a selon le Wall Street Journal (WSJ).

«L’amende d’Alibaba montre que la Chine met l’accent sur l’équité»

«Cette amende est un événement marquant qui indique le véritable renforcement de l’action du pays contre les comportements monopolistiques. Ce n’est pas la fin, mais plutôt un point de départ, car les sociétés Internet du pays se développeront dans le cadre d’une réglementation anti-monopole de plus en plus solide et claire», a affirmé Fang Chaoqiang, avocat au cabinet Beijing Yingke Law Firm, l’un des plus grands cabinets d’avocats du pays.

Interrogé par l’Agence de presse, Xinhua, ce dernier et Sun Nanxiang, chercheur à l’Institut de droit international de l’Académie chinoise des sciences sociales, s’accordent à dire que la mise en place de mesures anti-monopole était «une tendance mondiale et que le but ultime était de tirer parti des outils juridiques pour restaurer une concurrence juste et efficace sur le marché».

Cette tendance mondiale s’est traduite par exemple, par la décision des régulateurs de l’Union européenne d’infliger à Google une amende anti-monopole record de 4,34 milliards d’euros (5,16 milliards de dollars) en 2018 pour avoir utilisé son système d’exploitation mobile Android afin d’évincer ses rivaux.

«La supervision anti-monopole de ces géants de la technologie ne leur a pas fait perdre leurs compétences de base, mais les a aidés à stimuler l’innovation et l’esprit d’entreprise et, en même temps, à restaurer la confiance du marché», a expliqué Sun Nanxiang