Des représentants de la communauté ouïghoure et des académiciens ont interpellé le 18 mai le parlement belge sur le sort de la minorité musulmane dans la région autonome de Chine, le Xinjiang.

Mosquée Id Kah au Xinjiang.

Qelbinur Sidiq, d’origine ouïghoure, est sortie d’un centre de rééducation en Chine, et a livré son témoignage sur les mauvais traitements qu’elle aurait observé, qu’on lui a rapportés ou qu’elle a elle-même subis.

Qelbinur Sidiq a enseigné le mandarin entre 2017 et 2019 dans deux centres de rééducation en Chine (l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes avant d’être elle-même victime – selon elle – d’une stérilisation forcée.

Mauvais traitements, viols, travail forcé, humiliations, stérilisations, disparitions, irruption de fonctionnaires chinois dans les familles ouïghoures pour les conformer au moule chinois, etc. Ce sont des faits mit en avant par les Ouïghours qui sont victimes de la répression dans cette région autonome du Xinjiang, selon Qelbinur Sidiq, réfugiée aujourd’hui aux Pays Bas.

Cette dernière atteste qu’elle subit les intimidations de la Chine et assure dénoncer «aujourd’hui les crimes de la Chine au prix de la vie de ma famille». D’origine ouzbèke, Qelbinur Sidiq a pu bénéficier d’un passeport pour quitter la Chine, au contraire de son mari, Ouïghour.

Selon le coordinateur du « World Uyghur Congress » pour l’Europe, Koen Stoop, a dénoncé un génocide dans la région autonome de Chine, le Xinjiang. Le Néerlandais a appelé la Chambre belge à suivre les parlements canadien, néerlandais et britannique en qualifiant le sort subi par les Ouïghours de génocide.

Lire aussiLe «génocide» contre les ouïghours en Chine reconnu par le Parlement canadien

La sinologue Vanessa Frangville (ULB) a avertit les parlementaires contre la disparition en Chine des Ouïghours d’ici une génération ou deux. «Les sources établissant ces mauvais traitements sont nombreuses», a-t-elle assuré, «à commencer par ce qui provient des autorités chinoises».

Pour elle, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une «destruction planifiée» d’une ethnie en Chine.  Selon elle, prés de 3 millions de personnes seraient déjà passées ces dernières années dans les centres de rééducation organisés par la Chine.

Intervenu à la Chambre lebge, Ng Sauw Tjho, un orateur invité à la demande du PTB et ex-candidat du parti marxiste aux élections en Flandre, a été correspondant de la Vlaamse Radio- en Televisieomroeporganisatie en Chine et a enseigné à la Vrije Universiteit Brussel.

L’homme a mis en cause la véracité des rapports qui concluent à un génocide. Selon lui, ces témoignages sont une étape de plus dans « une escalade d’accusations à l’égard de la Chine » et le sort que subiraient les Ouïghours le résultat d’une lutte contre le terrorisme islamiste comme en mènent d’autres États.

Ng Sauw Tjho appelle à une enquête internationale, que la Chine serait prête serait selon lui prête à accueillir. Une affirmation contestée par d’autres intervenants dont la Haute-commissaire aux droits de l’homme des Nations-Unies, Michelle Bachelet, qui attend depuis trois ans de s’y rendre, ont-ils indiqué certains parlementaires.

Des propositions de résolutions relatives au sort des Ouïghours ont été déposées, dont celle d’Ecolo-Groen qui demande la reconnaissance d’un génocide en Chine. « Ce que nous faisons ici, c’est répondre à une situation sans précédent depuis la deuxième Guerre mondiale », a souligné Samuel Cogolati.

Des auditions se poursuivront ce 19 mai sur la question. Le Mouvement Réformateur, parti de la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès, est resté prudent concernant les implications de la reconnaissance de génocide.

«J’appelle à ce que l’on puisse avoir un débat serein. Nos travaux doivent être bétonnés juridiquement. Il faut que l’on y voie clair car les mots ont leur importance, on ne peut galvauder le mot de génocide», a expliqué Michel De Maegd, député de la Chambre des Représentants de Belgique.