En menaçant d’imposer des droits de douane supplémentaires à toutes les importations en provenance de Chine, le président américain Donald Trump espère faire plier le géant asiatique et le contraindre à un accord commercial.

« L’économie de la Chine s’effondre », assure très souvent Donald Trump, qui a menacé d’imposer des droits de douane supplémentaires le 1er septembre toutes les importations en provenance de Chine.

Le président américain espère ainsi faire plier le géant asiatique et le contraindre à un accord commercial. En pleine guerre commerciale, de nombreux défis sont à relever par la deuxième économie du monde comme le ralentissement de la croissance, le surendettement, l’inefficacité des entreprises publiques qui sont déficitaires…

Dans ce contexte, les nouvelles sanctions promises par Donald Trump pourraient impacter l’économie chinoise, observent des analystes. Avant les nouvelles menaces de Donald Trump, le président chinois Xi Jinping avait admis une situation « complexe » et appelé à « résister ».

« Chaque fois que le Parti communiste chinois admet quelque chose, la réalité est généralement bien pire », a estimé le cabinet d’expertise SinoInsider. Ce dernier fait référence aux récentes déclarations de Xi Jinping, qui a assuré que « le navire de l’économie chinoise (peut) affronter les vagues ».

Mais la croissance s’est essoufflée au second trimestre à 6,2%, soit le taux le plus bas depuis près de 27 années. D’après le cabinet, « il y a de fortes chances que l’économie chinoise se porte en fait beaucoup plus mal », croit savoir SinoInsider, doutant comme de nombreux experts de la fiabilité des statistiques nationales.

En juillet, l’activité manufacturière chinoise s’est contractée pour le troisième mois consécutif, en raison de la chute des commandes à l’exportation. En parallèle, le marché de l’emploi s’est dégradé ces cinq derniers mois, car les entreprises licencient pour réduire leurs coûts, selon le groupe de médias financiers Caixin.

Avec ses nouvelles menaces, le président américain a « réduit la probabilité d’un accord » avec la Chine, a estimé Louis Kuijs, du cabinet Oxford Economics. Au contraire, Beijing va se montrer « plus déterminé à se préparer à des tensions économiques à long terme ».

Face à la conjoncture actuelle, le Premier ministre Li Keqiang a appelé la à prendre davantage de mesures pour soutenir l’emploi et prévenir « les risques de licenciements massifs et de chômage ».

Or « contrairement aux affirmations de Trump, le ralentissement de l’économie chinoise est principalement dû à des facteurs intérieurs« , a souligné Max J. Zenglein, du Mercator Institute for China Studies (Allemagne) à l’Agence France Presse.

Cependant, les nouvelles taxes douanières, promises pour le 1er septembre, vont « être un électrochoc » pour le secteur manufacturier, déjà déstabilisé par la guerre commerciale, a indiqué Rajiv Biswas du cabinet IHS Markit. Ce dernier a rappelé que les Etats-Unis sont le premier débouché des exportations chinoises.

« Le domaine de l’électronique est particulièrement vulnérable, car de nombreux produits exportés vers les États-Unis, comme les smartphones, seront soumis à cette nouvelle série de surtaxes douanières« , prévient-il.

Même si l’économie souffre, les experts ne sont pas certains que le gouvernement chinois cédera aux exigences de Washington, comme celle visant la fin des subventions aux entreprises publiques.

Le gouvernement chinois pourrait chercher à gagner du temps, en espérant – comme l’a assuré Donald Trump – qu’un nouveau président plus accommodant soit élu l’an prochain.

Beijing pourrait aussi choisir de laisser filer sa monnaie afin de soutenir les exportations. Il s’agirait d’un « levier » supplémentaire dans les négociations avec Washington, a indiqué Ken Cheung, stratège à Mizuho Bank.
D’autres options sont possible pour la Chine comme la relance des investissements massifs.

Mais pour l’heure cette option n’est pas envisagée d’après les experts par Beijing. En effet, si le gouvernement chinois décide de lancer des mesures dans ce sens, cela pourrait « augmentes les risques financiers », selon Shi Yinhong, professeur de relations internationales à l’Université du peuple à Beijing.

Ce dernier a rappelé que la priorité du gouvernement chinois est de réduire le désendettement. « C’est un dilemme (…) il n’y a pas beaucoup de façons de maintenir la croissance ».

Pour moins dépendre des exportations, Beijing tente de changer son modèle de croissance, en mettant davantage l’accent sur la consommation intérieure. Mais cette stratégie « ne peut fonctionner qu’en augmentant les salaires » et elle ralentirait la compétitivité du pays, a souligné l’économiste Raymond Yeung, de la banque ANZ.