De notre partenaire Chinafrique.com – L’histoire des relations entre la Chine et le Zimbabwe remonte au début des années 1960, bien que les relations diplomatiques officielles entre les deux pays n’aient été établies qu’il y a 39 ans, après que le Zimbabwe ait obtenu son indépendance.

Au fil du temps, l’amitié sino-zimbabwéenne a grandi à pas de géant, comme en témoigne le renforcement des relations en un partenariat stratégique global en avril 2018. Pour discuter de l’évolution de cette relation spéciale, CHINAFRIQUE a rencontré le vice-président du Zimbabwe, M. Kembo Mohadi, à Beijing en juin dernier. Voici des extraits révisés de cette interview exclusive.

CHINAFRIQUE : Quels sont les projets de votre gouvernement pour faire progresser les relations sino-zimbabwéennes dans le domaine du commerce à l’avenir ?

Kembo Mohadi : Nous souhaitons que la relation se concentre sur l’industrialisation du Zimbabwe [de façon à favoriser notre] développement économique dans tous les domaines. Nous voulons améliorer les échanges commerciaux entre les deux pays.

Nous avons beaucoup de produits agricoles et nous espérons commercer avec la Chine, car le marché chinois est immense. La Chine possède également l’expertise industrielle nécessaire pour changer la donne [au Zimbabwe]. Nous voulons apprendre de la Chine à cet égard, en invitant leurs entreprises à s’installer au Zimbabwe afin que nous puissions nous industrialiser dans des régions [où] nous avons besoin de l’industrialisation. [Cela concerne les] secteurs [de la fabrication] et des mines, ainsi que la valorisation des minéraux.

Comment le Zimbabwe peut-il tirer parti de l’initiative « la Ceinture et la Route » ?

L’initiative « la Ceinture et la Route » a été lancée en Afrique par le gouvernement chinois. Il s’agit d’une initiative très prolifique qui met l’accent sur la construction d’infrastructures, comme le développement de nos réseaux routier et ferroviaire et de nos ports. [Elle peut nous fournir un réseau] afin que nous puissions exporter [nos produits] de l’intérieur du pays vers l’étranger, y compris la Chine. Un pays ne peut se développer sans l’accessibilité, et l’accessibilité passe par les réseaux routier et ferroviaire. Le Zimbabwe a de très bons réseaux ferroviaires et routiers, mais ils doivent être réhabilités, car nous prévoyons transporter beaucoup de marchandises en vrac à l’avenir, et je ne pense pas que les rails à écartement étroit dont nous disposons actuellement conviendront à cet égard.

[Ce projet aidera non seulement] le Zimbabwe, mais il nous reliera également à l’Afrique centrale et orientale et à de nombreuses autres régions. L’initiative « la Ceinture et la Route » est donc très importante pour le développement du Zimbabwe.

Que peut offrir le Zimbabwe en matière d’exportations à valeur ajoutée ?

Au Zimbabwe, nous sommes spécialisés dans la production de nombreux produits agricoles, tels que le tabac, le soja et le coton, qui doivent être transformés pour pouvoir être exportés en tant que produits finis en Chine. De cette façon, nous pouvons nous industrialiser et ajouter de la valeur à nos produits. Cela signifie aussi gagner plus de revenus, ce qui n’est pas le cas lorsque nous exportons des matières premières. L’industrialisation est donc très importante.

Nous devons industrialiser notre secteur agricole et transformer nos minéraux. Par exemple, nous pouvons tirer profit de notre charbon et exporter les sous-produits afin de gagner des devises indispensables. Aucun pays ne peut vivre sans devise étrangère. De cette manière, notre produit intérieur brut pourrait croître.

Quels sont vos plans pour augmenter le nombre de visiteurs chinois qui souhaitent découvrir les attractions touristiques du Zimbabwe ?

Nous devons faire en sorte que le Zimbabwe soit mieux connu auprès du public chinois. Nous pensons que, compte tenu du nombre de Chinois, nous pouvons être en mesure d’attirer [beaucoup plus] de visiteurs au Zimbabwe. Par exemple, depuis l’année dernière, les visiteurs chinois sont classés dans la catégorie B, ce qui signifie que les Chinois peuvent désormais obtenir un visa au point d’entrée au Zimbabwe. Ils n’ont donc pas à faire la demande avant de quitter leur pays. Récemment, nous avons également reçu une délégation de plus de 300 Chinois qui sont venus au Zimbabwe [pour y mener une mission d’enquête]. Ils étaient très heureux de faire l’expérience de la vie au Zimbabwe, en particulier d’y découvrir la faune. Nous espérons donc augmenter le nombre de visiteurs chinois et gagner en retour des devises indispensables. Un grand nombre de pays dans le monde sont soutenus par le tourisme.

Nous avons désigné les chutes Victoria comme une zone économique spéciale. L’ensemble du secteur riverain du lieu touristique d’A’Zambezi a été désigné zone économique et le plan directeur est déjà en place. Nous prévoyons de construire des hôtels sept étoiles et un parcours de golf de classe mondiale. Nous espérons donc que les Chinois pourront venir investir dans ces projets.

[L’augmentation du tourisme au Zimbabwe] signifie que nos citoyens auront des emplois. Alors que de plus en plus de personnes obtiendront des emplois, leur revenu disponible augmentera, ce qui signifie que notre base d’imposition s’élargira, ce qui contribuera à la croissance de notre produit intérieur brut. Si tout se passe comme prévu, d’ici 2030, le Zimbabwe devrait être une économie à revenu intermédiaire. C’est notre objectif et nous sommes ouverts aux affaires.

La mise à niveau de l’aéroport international de Victoria Falls, au Zimbabwe, a été effectuée par une société chinoise. (CHEN YAQIN)

Que pensez-vous des allégations de certains médias occidentaux selon lesquels les investissements chinois en Afrique constituent un « piège de la dette » ?

Si le peuple et le gouvernement chinois avaient ce genre d’intention, ils nous auraient demandé de rembourser tout ce que nous leur devons il y a longtemps.

Le « piège de la dette » se trouve à l’Ouest, avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, car une fois qu’un pays est endetté auprès de [ces organisations], il ne peut plus s’en sortir. Ces médias tentent d’empêcher le peuple chinois d’avoir une influence positive en Afrique. Donc, [cette critique] est un épouvantail, qui cherche à faire fuir [les Chinois] du Zimbabwe en particulier, et de l’Afrique en général.

Lors du Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine qui s’est tenu l’année dernière, le gouvernement chinois a annoncé huit initiatives majeures pour promouvoir la coopération sino-africaine. Parmi celles-ci, quelles sont les initiatives les plus importantes pour le Zimbabwe ?

Elles sont toutes importantes, mais permettez-moi de me concentrer sur une en particulier. Nous devons nous industrialiser, car l’industrialisation est la clé [du développement]. La ville de Bulawayo était autrefois la plaque tournante de notre industrie. Nous devons revenir à cette [situation]. Nous devons nous industrialiser pour nous assurer que nous tirons réellement profit de tout ce que nous extrayons ou produisons.

Nous avons parlé de l’initiative «la Ceinture et la Route», qui met l’accent sur la construction d’infrastructures, ce qui facilite nos exportations. Nous ne pouvons réaliser tout cela qu’avec l’aide de nos amis [chinois]. L’industrialisation est donc la première chose à mettre en place pour redresser notre économie.

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