Le gouvernement de la province chinoise du Yunnan (sud-ouest) a décidé de mettre en place une campagne, visant à lutter contre la gestation pour autrui (GPA) illégale.

Les responsables de la Commission provinciale de la santé et de la planification familiale ont déclaré ce vendredi 24 juillet que cette campagne de six mois allait impliquer dix départements. L’objectif principal sera de détecter et sanctionner les professionnels de santé et les agences intermédiaires, contribuant à la pratique de la GPA.

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Un couple sur huit en âge de procréer a des difficultés de procréation, soit quatre à cinq fois plus qu’il y a 20 ans

Certains médias et sites font la promotion de la GPA sur Internet, raison pour laquelle la télévision, la radio et la presse seront également visés par les autorités locales. Celles-ci vont renforcer le contrôle de la vente et de la circulation des médicaments et des équipements pour la procréation médicalement assistée.

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Cette décision face à l’ampleur du phénomène et notamment du marché noir grandissant dans le pays. Un scandale a éclaté fin 2011, avec le cas d’un couple de Canton, qui a utilisé la gestation pour autrui (GPA) pour donner naissance à leur huit enfants.

Ce couple est passé par le site Ymdaiyun.com, qui propose de louer des utérus à des couples souhaitant avoir un enfant.  Ce type de marché est interdit depuis la loi de 2001, mais les plus riches contournent l’interdiction.

Ne parvenant pas à avoir d’enfant, le couple de Canton s’est retourné vers la reproduction médicalement assistée. Huit embryons ont été cultivés artificiellement, répartis entre la femme et deux mères porteuses, le couple est parvenu à avoir ses huit d’un coup. « Cette affaire montre comment les techniques de reproduction assistée peuvent être détournées« , a estimé Dong Yuzheng, éthicien et secrétaire général du Planning familial de la province du Guangdong.

D’après le site Beijing Information, ce couple n’est pas le premier. D’autres sites existent, comme Aa69.com, de Lu Jinfeng, père autoproclamé des mères de substitution en Chine. Son agence a commencé à recruter des mères de substitution, volontaires, en janvier 2004. Ce dernier a expliqué à Beijing Informations qu’elles auraient depuis donné naissance à plus de 6.000 bébés.

La Chine compterait environ 500 agences de ce type, dont 50 à Canton, dans le Guangdong, selon le magazine shanghaïen, Xinmin Weekly. Depuis 2004, ces organismes utilisent le web pour trouver des mères porteuses et de futurs parents.

Le Quotidien du Sud a recensé plus de 180 groupes QQ dédiés à la maternité de substitution, avec environ 30.000 membres, en majorité à la recherche d’une mère porteuse.

Selon un rapport de 2010 de l’Association chinoise de la population, un couple sur huit en âge de procréer a des difficultés à avoir des enfants, soit quatre à cinq fois plus qu’il y a 20 ans. La GPA est à la fois une solution face à la stérilité, mais aussi un moyen pour les femmes de ne pas nuire à leur carrière professionnelle, d’autres l’utilisent simplement pour contourner la politique de l’enfant unique.

Une méthode destinée au plus riches

Sur Ymdaiyun.com, le coût s’élève de 280.000 à 550.000 yuans pour une grossesse. Les frais se répartissent entre la procédure médicale, les couples doivent alors débourser de 40 000 à 70.000 yuans, et les besoins de la mère porteuse, qui peuvent aller jusqu’à 2 millions de yuans. D’ailleurs, le salaire net d’une mère porteuse est compris entre 80.000 et 100.000 yuans.

Selon le journal cantonais Information Times, les mères porteuses sont dans le besoin, très souvent pauvres, elles louent leur ventre uniquement pour l’argent.

Même si le ministère de la Santé interdit aux institutions médicales et à leur personnel la Procréation Médicalement Assisté (PMA) et la GPA, Lu Jinfeng explique à Beijing Information que le ministère n’a pas le pouvoir d’empêcher la formation d’un marché privé de la maternité de substitution.

Dong Yuzheng, secrétaire général du Planning familial du Guangdong, indique que la réglementation est principalement administrative, raison pour laquelle, certaines agences sont parvenues à tirer profit de ce vide juridique. D’autant que les actes médicaux sont très souvent pratiqués en Inde ou en Thaïlande.

Après le scandale du couple de Canton, le Département de la Santé de la province du Guangdong a mis en place un groupe spécial pour enquêter sur l’affaire. Malgré le scandale, la sanction a été une simple amende de 30.000 yuans. Celle-ci a été jugée insuffisante par l’opinion publique, car elle ne décourage en rien ceux qui profitent de ce business lucratif.

Interrogé par Beijing Information, Zhang Lizhu, professeur à l’Université médicale de Beijing, et père du premier bébé-éprouvette de Chine en 1988, explique que « si une loi autorisant la maternité de substitution est mise en place, le ministère de la Santé sera en mesure d’autoriser un petit nombre d’hôpitaux qualifiés à effectuer ces actes, et de telles procédures devront être approuvées par les organismes désignés et un comité d’éthique. »