De notre partenaire Chinafrique.Com – L’idée d’avoir un deuxième enfant a saisi Liu Lili à son retour de l’hôpital où sa collègue venait de mettre au monde.

Debout devant la salle d’accouchement, elle a pu observer les membres de la famille ballottés entre anxiété et enthousiasme alors que les bonnes nouvelles affluaient. Cela lui a rappelé le bonheur éprouvé cinq ans plus tôt, lorsque son premier enfant est né.

Âgée de 38 ans, Liu est fonctionnaire à Beijing et mère d’un garçon de 5 ans. Depuis des années, elle envisage d’en avoir un second.

Elle y a pensé la première fois en 2016, lorsque la Chine a officiellement mis fin à la politique de l’enfant unique instaurée depuis plus de 30 ans. Beaucoup de ses amis ont eu un deuxième enfant. Au départ, elle voulait faire de même, mais au regard des difficultés qu’elle a rencontrées pour élever le premier, elle y a renoncé.

Elle n’est pas la seule à avoir hésité. Selon les statistiques, suite à la nouvelle politique, la population chinoise n’a pas augmenté comme prévu. Bien que l’année 2016 ait connu le nombre le plus élevé de naissances depuis 2000, ce chiffre a chuté l’année suivante et l’on attend encore moins de naissances en 2018.

Au début de cette année, les rumeurs d’une croissance négative de la population ont balayé les réseaux sociaux. Bien qu’aucune donnée officielle ne soit disponible pour l’appuyer, il ne fait aucun doute que la Chine, le pays le plus peuplé au monde, sera mise au défi par une faible croissance démographique.

Le public est préoccupé par ses conséquences, la disparition du dividende démographique qui a rendu possible le miracle économique chinois, une population âgée mais pas encore riche ainsi que la non-viabilité du système de pension de vieillesse.

Les frais d’éducation

Liu n’est pas enfant unique, elle a un frère plus jeune. Elle souhaite que son fils puisse profiter de moments de partage comme elle a pu en vivre avec son frère. Pour elle, l’accouchement n’est pas le problème bien qu’elle arrive à un âge généralement considéré comme dangereux pour donner naissance en Chine. Le problème est d’élever et de scolariser un enfant de plus.

Les parents chinois sont connus pour insister sur l’éducation. Selon un rapport récent de Sina, l’un des principaux portails Web de Chine, une famille moyenne avec un enfant en classe préparatoire consacre plus du quart de son revenu annuel à l’éducation. Environ 90% de ces enfants suivent des classes supplémentaires dispensées en dehors des jardins d’enfants.

Le fils de Liu est dans une maternelle internationale qui enseigne l’anglais via des locuteurs natifs, et ceci à un coût bien supérieur à celui d’un jardin d’enfants normal. Selon elle, en comparaison avec d’autres parents qui envoient leurs enfants dans diverses classes, elle n’investit pas trop d’argent dans l’éducation de son enfant. Cela reste abordable pour sa famille.

Pour elle, la pression a commencé à se faire sentir lorsqu’elle a dû aménager son temps pour l’éducation de sa future progéniture. «Les enfants d’aujourd’hui sont instruits et talentueux dans différents domaines. Je ne peux me défaire de l’angoisse de la comparaison entre d’autres enfants et le mien», a-t-elle confié, ajoutant que pour protéger l’estime de soi de son fils, il était nécessaire de l’aider à maintenir des notes scolaires élevées afin qu’il soit au niveau de ses camarades de classe. Bien entendu, cela nécessite beaucoup de pratique de la part de son enfant et une supervision constante en tant que parent.

«Un enfant de cinq ans aujourd’hui peut être aussi polyvalent et capable que nous l’étions à l’adolescence, grâce au dévouement des parents d’aujourd’hui», a-t-elle intimé.

Liu admet qu’elle souhaite disposer de suffisamment de temps pour des sujets qui l’intéressent également, mis à part ceux qui n’intéressent que son fils, afin que les deux progressent ensemble. Elle refuse de devenir l’auxiliaire d’une autre personne. «Je ne pense pas qu’un enfant apprécie que sa mère se comporte comme sa nourrice. Je veux être une mère respectée par son enfant.»

Il est évident pour elle que l’âge la rattrape. «Peut-être que lorsque mon premier fils sera assez âgé et moins dépendant de moi, je pourrai commencer une nouvelle vie.»

Trouver sa moitié

Une population croissante de personnes non mariées est également responsable de la faible augmentation démographique. En 1990, il y avait en Chine 460 000 de femmes et 10 millions d’hommes célibataires de plus de 30 ans. Les chiffres en 2015 étaient respectivement de 5,9 millions et 20 millions. En Chine, ils sont étiquetés comme «laissés-pour-compte».

Feng Lingxiao est employée de banque à Shenzhen, dans la province du Guangdong, dans le sud de la Chine. À 31 ans, elle ne s’est pas rendu compte qu’elle était devenue une «laissée-pour-compte» avant de s’apercevoir que les hommes qui avaient autrefois de l’affection pour elle étaient tous mariés. Il lui est devenu difficile de trouver un rendez-vous convenable.

Son amie lui a suggéré que les années qu’elle avait passées dans l’enseignement supérieur aient probablement quelque chose à voir avec cela. C’était peut-être vrai, car deux de ses anciennes camarades de chambre à l’université sont également célibataires.

Un récent rapport de l’Académie des sciences sociales de Chine indique que les femmes sont devenues les principales bénéficiaires de l’enseignement supérieur depuis 1999.

De 1998 à 2017, les femmes ayant reçu une éducation de premier et second cycle d’enseignement supérieur sont passées de 38,3% à 52,2%. Cela signifie qu’elles commencent à envisager sérieusement le mariage qu’à un âge plus avancé, avec un risque accru de rester célibataire.

Pour la plupart des femmes, l’enseignement supérieur signifie moins de disponibilité pour les compagnons potentiels. En Chine, les femmes préfèrent les hommes avec un statut social supérieur à celui qu’elles ont, et ainsi, les hommes sont plus à l’aise avec l’inverse.

En d’autres termes, même s’il y a un nombre égal d’hommes et de femmes, il est probable que les femmes instruites et les hommes qui le sont moins sont «laissés pour compte». Parmi les 20 millions d’hommes susmentionnés, 90% n’ont pas dépassé le collège. Il n’y a donc pas assez d’hommes au niveau des femmes ayant un diplôme universitaire.

C’est également le cas pour Feng, mais elle ne veut pas prendre de décision hâtive. Elle pense que le mariage exige beaucoup de responsabilités et de sacrifices. «Je dois trouver quelqu’un que j’aime vraiment avant de pouvoir me jeter à l’eau.»

Bien qu’elle se sente seule de temps en temps, elle aime la liberté qu’offre le célibat. Elle n’a pas à s’occuper du calendrier, des loisirs et du style de vie d’une autre personne. Pendant le week-end, elle se réveille quand elle le veut, cuisine les plats qu’elle aime le plus, sort et boit avec ses amis. Elle se fait souvent plaisir lors de ses nombreux voyages.

Il y a deux ans, Feng s’est acheté un petit appartement et elle n’a plus trop de soucis. Les pressions ne proviennent que de ses parents. «Ils espèrent que quelqu’un pourra prendre soin de moi, même si j’ai la sensation que tout va bien.»

Cela est représentatif des divergences entre points de vue traditionnels et réalités modernes. Pour des femmes chinoises de plus en plus indépendantes, comme Feng, il est peut-être grand temps que la société tout entière adopte une approche plus ouverte et plus tolérante quant aux choix de vie de chacun. «Après tout, la vie est courte. Pourquoi devons-nous nous forcer à faire des choses qui ne nous plaisent pas ?» questionne Feng.