Avec l’afflux d’investissements du pouvoir central, Lhassa voit des immeubles pousser, mais  seuls les fonctionnaires ont les moyens de s’installer dans ces logements.

Le chef lieu du Tibet connaît un boom de construction, créant un marché immobilier à deux vitesses, celle des fonctionnaires et celle du reste de la population.

Afin de relier le Tibet au reste de la Chine, le pouvoir central a investi massivement dans les infrastructures (aéroports, routes, voies ferrées) depuis 2008, afin de faciliter la vie quotidienne sur le toit du monde, isolé, en le modernisant.

Place Potala au Tibet

«Au cours des 70 dernières années, le gouvernement central a investi 1 630 milliards de yuans (253,3 milliards de dollars) pour stimuler le développement de la région. Plus d’un tiers de l’investissement -plus de 590 milliards de yuans- a été alloué à de grands projets d’infrastructure, notamment l’autoroute Sichuan-Tibet, le chemin de fer Qinghai-Tibet et l’aéroport de Lhassa Gonggar, qui ont effectivement favorisé le développement économique et social de la région», a indiqué Wu Yingjie, secrétaire du PCC au Tibet, lors d’une conférence de presse organisée le 22 mai par le Bureau d’information du Conseil des Affaires d’Etat.

Cependant, certains chantiers modifient le tissu urbain du Tibet, qui voit s’accentuer un peu plus les écarts de richesse, dans une région où les habitants sont divisés face à la souveraineté chinoise.

Non loin du palais du Potala, occupé par le dalaï-lama jusqu’à son départ en exil en 1959, des ouvriers terminent la construction de tours d’immeubles élevées par le promoteur chinois Country Garden.

Ces appartements haut de gamme sont vendus à des prix similaires à ceux de logements de standing dans des villes chinoises moyennes — loin du revenu moyen au Tibet qui reste parmi les plus bas du pays.

Cette situation entraîne une frénésie immobilière au détriment de la population locale, qui voit arriver massivement des habitants d’autres provinces. De nombreux postes de fonctionnaires sont occupés par des tibétains, mais aussi par des personnes issues d’autres ethnies, notamment les hans – ethnie majoritaire de Chine.

De plus, il y a d’un côté les employés du secteur public qui ont les moyens de s’installer dans ces appartements flambant neufs, et de l’autre le reste de la population, dont les revenus restent encore faibles.

En parallèle, le pouvoir central a lancé des opérations immobilières, dont «Xiangxiongmeiduo», qui est un projet de logements à loyer modéré, situé dans la commune de Todlung Dechen à Lhassa. Ces logements sont chacun équipés d’un jardin et soigneusement alignés.

Selon l’agence de presse Xinhua, le projet baptisé «la famille Dekyi» vise à transformer les logements à loyer modéré en logements de particuliers, afin de développer l’économie du secteur touristique. Ces logements sont construits à côté de l’autoroute nationale 109 et du chemin de fer tibétain, des lieux incontournables pour aller à Nam Co et Yangpachen.