L’interdiction du port du masque fait polémique à Hong Kong

par | Oct 5, 2019 | Hong Kong, RÉGIONS SPÉCIALES

Alors que le gouvernement chinois a salué l’interdiction du port du masque par les manifestants, ces derniers se sont de nouveau rassemblés dans les rues pour dénoncer cette mesure.

Le gouvernement chinois a jugé «extrêmement nécessaire» l’interdiction du port du masque décidée par les autorités hongkongaises, affirmant que «le chaos» qui y règne ne peut «pas continuer indéfiniment», a assuré le porte-parole du Bureau chargé, au sein du gouvernement chinois, des affaires de Hong Kong et de Macao, Yang Guang.

«Il est grand temps de mettre fin aux violences en adoptant une attitude plus claire et des mesures plus efficaces», a déclaré Yang Guang. «Le chaos actuel à Hong Kong ne peut pas continuer indéfiniment», a-t-il réitéré, après quatre mois d’un mouvement de contestation sans précédent dans cette ex-colonie britannique.

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Ce samedi 5 octobre, tout le réseau du métro était à l’arrêt et des dizaines de commerces se sont fermés après une nuit de violences entre manifestants pro-démocratie et policiers à la suite de l’interdiction par les autorités du port du masque lors des rassemblements.

La cheffe de l’exécutif local, Carrie Lam, a invoqué des dispositions d’urgence datant de 1922, qui n’avaient jamais été utilisé ces 52 dernières années. De plus, elle n’a pas exclu la mise en place d’autres mesures si la situation continuait de s’envenimer.

A l’annonce de l’interdiction, des actions de protestation ont commencé dans l’ex-colonie britannique, tandis que fleurissaient sur les réseaux sociaux les appels à manifester les trois prochains jours.

De vastes foules, constituées pour l’essentiel d’employés de bureaux, ont bloqué des artères du quartier des affaires, certains déchirant des bannières à la gloire de la Chine, dans le cadre de son 70ème anniversaire.

Dans la soirée du 4 octobre, des heurts ont éclaté

La police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants qui ont envahi des rues, allumé des feux et vandalisé des stations de métro et des établissements commerciaux pro-chinois.

Dans l’arrondissement de Yuen Long, un policier a ouvert le feu lorsque sa voiture a été encerclée par la foule et qu’un cocktail Molotov a explosé à ses pieds, d’après des témoins de la scène, cités par l’Agence France Presse.

Dans le même quartier, un garçon de 14 ans a été blessé par balle, a rapporté le quotidien South China Morning Post citant une source médicale, sans pouvoir assuré qu’il s’agit d’une victime des manifestations.

Après la vandalisation de stations de métro, l’opérateur public MTR a annoncé le 5 octobre que le trafic était suspendu sur tout le réseau. L' »Airport Express« , le train à grande vitesse reliant l’aéroport au centre, était aussi à l’arrêt.

Certains centres commerciaux et supermarchés se sont fermés ainsi que de nombreuses banques chinoises, cibles de violences le 4 octobre dans la soirée. De nouvelles manifestations sont attendues les 5 et 6 octobre, et la police a appelé la population à rester vigilante.

Depuis quatre mois, Hong Kong fait face à sa pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des actions quasi quotidiennes et des confrontations de plus en plus violentes entre forces de l’ordre et protestataires masqués.

Pas d’état d’urgence installé

« Nous pensons que la nouvelle loi aura un effet dissuasif sur les manifestants violents et les émeutiers masqués et aidera la police dans sa mission de maintien de l’ordre », a déclaré Carrie Lam, lors d’une conférence de presse le 4 octobre.

Cette interdiction est entrée en vigueur à minuit le 4 octobre, et prévoit jusqu’à un an de prison pour les contrevenants. Cependant, cette dernière a assuré que cette interdiction ne signifiait pas que l’état d’urgence avait été décrété dans cette région administrative spéciale.

Pour ne pas être identifiés et éviter les poursuites judiciaires, les manifestants défilent depuis juin le visage masqué. Certains portent aussi des casques, des lunettes de protection ou des masques à gaz, pour se protéger du gaz lacrymogène et des projectiles tirés par la police.

Hong Kong a connu mardi 1er octobre sa journée la plus violente depuis juin. Tandis que la Chine célébrait son 70e anniversaire, le territoire a été le théâtre d’affrontements dans de nombreux quartiers mettant à mal les capacités de maintien de l’ordre de la police.

Et pour la première fois, un manifestant a été blessé par balle par un policier dont l’unité avait été attaquée.

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Depuis, des élus fidèles à Beijing et des syndicats de police ont appelé l’exécutif à recourir à la loi de 1922, qui autorise l’exécutif à prendre « n’importe quelle mesure », sans le feu vert du LegCo, dans l’éventualité d’une situation d’urgence ou d’un danger pour la population.

De son côté, l’opposition a estimé que cette loi permettra à Carrie Lam de court-circuiter le contrôle parlementaire ce qui engagerait le territoire sur une pente glissante. D’autant plus que Hong Kong a la réputation de centre financier mondial basé sur le respect de l’Etat de droit et l’indépendance de la justice.

Pour Joshua Wong, une figure de proue du combat pour la démocratie, cette loi « annonce le début de la fin de Hong Kong ». « Il est ironique qu’une arme de l’ère coloniale soit utilisée par le gouvernement chinois et le Parti communiste chinois », a-t-il déclaré à l’AFP.

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