La directrice financière du géant chinois des télécoms, Huawei, a comparu le 29 janvier devant un tribunal canadien pour modifier les termes de sa liberté conditionnelle. Cette comparution a eu lieu le lendemain de la publication par la justice américaine des chefs d’inculpation motivant sa demande d’extradition.

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L’annonce par l’administration de Donald Trump de 13 chefs d’inculpation contre Meng Wanzhou et la compagnie de son père a fait enrager le gouvernement chinois, qui a accusé les Etats-Unis de « visées politiques » dans cette affaire et pressé Ottawa de libérer Meng Wanzhou.

Meng Wanzhou a comparu à Vancouver devant le juge William Ehrcke, de la Cour suprême de Colombie-Britannique, afin d’obtenir des aménagements aux termes fixés pour sa liberté conditionnelle.

L’audience d’extradition prévue le 6 mars

D’après les médias présents dans la salle d’audience, le juge est d’abord revenu sur la demande d’extradition de Washington, transmise officiellement le 28 janvier au gouvernement canadien.

Le juge William Ehrcke a fixé au 6 mars, et non plus au 6 février, l’audience au cours de laquelle la justice canadienne acceptera ou non de donner suite à la procédure américaine. D’après le ministre canadien de la Justice, David Lametti, son ministère a jusqu’au 1er mars pour décider ou non d’autoriser cette procédure, ont relevé les avocats de la Couronne (accusation).

Arrêtée le 1er décembre à la demande des Etats-Unis, alors qu’elle était en transit à Vancouver, Meng Wanzhou a obtenu dix jours plus tard une libération sous conditions : la remise de ses documents de voyage, le dépôt d’une caution de 10 millions de dollars canadiens (6,6 millions d’euros), le port d’un bracelet électronique et l’obligation de demeurer dans une résidence surveillée et d’observer un couvre-feu.

Or, cinq parties s’étaient initialement portées garantes de la caution de 10 millions de dollars (8,8 M€), dont un agent immobilier ayant mis sa maison en garantie, dont la valeur était estimé à 1,8 million de dollars. Mais selon la défense de Meng Wanzhou, la valeur de cette demeure a été réévaluée à la baisse. Il a donc été proposé au juge de déposer de l’argent comptant pour combler cette différence, selon les médias présents.

Le juge a décidé d’ajourner la séance pour y réfléchir. S’il devait la rejeter, la directrice financière de Huawei retournerait derrière les barreaux jusqu’à sa prochaine comparution, le 6 mars.

Conflir diplomatique sans précédent

L’arrestation de Meng Wanzhou par le Canada a créé une crise diplomatique sans précédent entre Ottawa et Beijing, alors que les deux pays avaient lancé des « discussions exploratoires » en vue d’un traité de libre-échange. Une première pour un pays occidental.

Les autorités chinoises ont depuis arrêté deux Canadiens, tandis qu’un tribunal chinois a condamné à mort un troisième. Le gouvernement chinois assure que ces mesures sont sans lien avec l’affaire Huawei. « Nous faisons face à une situation difficile avec la Chine », a reconnu la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Le Premier ministre Justin Trudeau a pour sa part répété que le Canada était « un Etat de droit ». « Nous obéissons à notre système de justice, (qui est) un système de justice indépendant et rigoureux. Et on va s’assurer (…) de respecter nos engagements internationaux », a-t-il souligné en arrivant au Parlement d’Ottawa.

Cela signifie que la justice canadienne doit seulement juger si la demande des Etats-Unis respecte les conditions du traité d’extradition liant les deux alliés nord-américains. Selon le dossier d’accusation, le ministère américain de la Justice a retenu 13 chefs d’inculpation, liés à des violations des sanctions américaines contre l’Iran, à l’encontre de Huawei et de sa directrice financière. Il a également inculpé deux filiales de Huawei pour vol de secrets industriels du groupe de télécoms américain T-Mobile.

Dans un communiqué transmis à l’AFP, Huawei s’est déclaré « déçu » et a démenti avoir commis le moindre méfait. Le numéro 2 mondial des smartphones dit n’avoir « pas connaissance d’actes répréhensibles de la part de Meng Wanzhou et est persuadé que les tribunaux américains aboutiront à la même conclusion ».

De son côté, le ministère chinois des Affaires étrangères a fermement dénoncé les « visées politiques et les manipulations politiques » derrière les accusations américaines.