Les Etats-Unis et la Chine ont reprit ce 30 janvier les négociations commerciales dans un climat de tension extrême, suite à l’affaire Huawei, géant des télécoms chinois.

Les deux premières puissances économiques mondiales sont actuellement en discussion, alors que désormais tous les regards se tournent vers leur confrontation technologique.

En effet, la guerre commerciale lancée par Donald Trump serait un moyen pour les Etats-Unis de conserver sa position dominante dans les futures industries de hautes technologies

Les Etats-Unis veulent contrer la Chine

La Chine a lancé en 2015 un plan baptisé « Fabriqué en Chine 2025 » (Made in China 2025) afin de devenir un leader mondial des industries de demain, dans le domaines de l’aéronautique, de la robotique, des télécommunications ou encore de l’intelligence artificielle et des véhicules à énergie nouvelle.

Pour le président Donald Trump, l’économie chinoise peut prospérer mais pas au détriment des entreprises américaines et de leur savoir-faire.

L’administration américaine veut mettre fin à des pratiques commerciales qu’elle qualifie de « déloyales« , notamment dans le transfert « forcé » de technologies américaines dans le cadre de co-entreprises en Chine.

Les sujets sur la table sont également des questions de vol de la propriété intellectuelle américaine ainsi que les subventions massives accordées aux entreprises chinoises d’Etat pour en faire des champions nationaux.

Pour contraindre Beijing à réformer dans son sens, la Maison Blanche a déjà infligé des taxes douanières supplémentaires sur 250 milliards de dollars (220 mds €) d’importations chinoises.

Elle menace de porter de 10 à 25% le niveau de taxes sur 200 milliards de dollars (176 mds €) de biens importés si les négociations en cours n’aboutissent pas.

De son côté, la Chine a imposé des tarifs douaniers additifs sur 110 milliards de dollars (96,8 mds €) de biens américains.

Ces négociations sont donc cruciales, mais personne ne s’attend à la conclusion d’un accord complet à l’issue de ces deux jours de discussions.

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin a, lui-même, écarté ce dénourment en soulignant qu’il escomptait des « progrès significatifs ». Il a rappelé qu’à l’issue de ces deux jours de nouveaux pourparlers, les deux parties auront encore de 30 jours avant la fin de la trêve.

Négociations sur fond de l’affaire Huawei

Un accord exhaustif n’est pas non plus envisageable, car les négociations s’ouvrent alors que le ministère américain de la Justice a dévoilé treize chefs d’inculpation visant Huawei et sa directrice financière Meng Wanzhou, arrêtée au Canada le 1er décembre à la demande dela justice américaine.

Pour le moment, Washington assure que ce dossier est indépendant des tractations commerciales. « Ce sont des questions séparées avec un traitement séparé », a déclaré Steven Mnuchin et le ministre du Commerce Wilbur Ross.

« Il est évident que l’affaire Huawei complique considérablement les négociations commerciales. Il n’y a aucun doute là-dessus », a toutefois indiqué à l’Agence France Presse, Monica De Bolle, experte au Peterson Institute for International Economics.

« L’affaire Huawei peut, à un certain moment, provoquer un point de rupture » des discussions, a-t-elle souligné. D’ailleurs, les sanctions contre un autre groupe chinois, ZTE, en 2018, ont largement pollué ces mêmes négociations commerciales, qui se sont soldées par un échec.

Donald Trump avait alors consenti à trouver un compromis pour permettre à ZTE de reprendre ses activités.

Jusqu’à présent, le président américain était plutôt optimiste, estimant que les Etats-Unis était en position de force face à la Chine dont l’économie décline. En 2018, le géant asiatique a en effet enregistré la plus faible croissance (6,6%) de ces 28 dernières années, affecté notamment par la guerre commerciale.

Mais Donald Trump apparaît également en mauvaise position, depuis qu’il a cédé aux démocrates en mettant fin le 25 janvier à la fermeture partielle des administrations (shutdown).

« Le danger est que les autres pays en concluent que Donald Trump est un tigre de papier. Il prend des positions fortes en public, se place lui-même dans des situations dans lesquelles il ne peut pas gagner, puis fait marche arrière », a estimé Edward Alden, expert en commerce international au Council on Foreign Relations. Selon lui, « cela pourrait renforcer l’idée que la meilleure stratégie pour la Chine est d’attendre ».