Durant plus de quarante ans, la Chine et le Japon se disputent les îles Diaoyu, en chinois ou Senkaku, en japonais, depuis notamment la restitution des îlots aux japonais par les américains, en 1972. Ces îles – dont l’enjeu reste limité – sont la représentation des tensions persistantes entre les deux frères ennemis.

senkaku-diaoyuLes alentours des îles regorgent de poissons et pourraient être une importante source d’hydrocarbure. Toutefois, selon les observateurs il ne s’agit pas d’un conflit économique, ni territorial mais d’un conflit d’état à état sur la base d’un passé douloureux.

Du côté chinois, de nombreuses années de guerre au 20ème siècle avec le Japon auront marqué le pays, tandis que du côté japonais, la concurrence de la Chine et sa montée en puissance fait passer le Japon à la seconde place.

Montée des tensions

Le conflit a de nouveau été éclaté en 2010, lorsqu’un chalutier chinois entre en collision avec des garde-côtes japonais. Cet incident a remit en cause le consensus entre les deux pays, stipulant qu’il était interdit de créer une zone économique exclusive autour des îles.

Cette année, la décision du gouverneur de Tokyo, le nationaliste Shintaro Ishihara, de lancer une campagne d’affichage destinée à lever des fonds pour racheter les îles Senkaku/Diaoyu, a relancé la polémique.

La décision de Shintaro Ishibara a soulevé une vague de protestations de la part des chinois nationalistes. Une première dans le pays depuis la normalisation des relations avec le Japon, dans les années 1970.

Depuis le 15 septembre, des rassemblements anti-japonais sont organisés dans plusieurs villes de Chine, dont Shanghai et Pékin. La manifestation du 18 septembre, autorisé par le gouvernement, avait une symbolique particulière. En effet, le 18 septembre 1931 célèbre l’anniversaire de « l’incident de Moukden« , qui avait donné le prétexte à l’invasion de la Mandchourie par le Japon.

Des centaines d’entreprises et de restaurants japonais avaient devancé de possibles dérives en envoyant leurs employés en congés par précaution. D’autant plus qu’à Pékin, plus d’un millier de manifestants se sont approchés de l’ambassade du Japon, jetant des bouteilles d’eau en plastique et des œufs.

Face à la montée de la violence, le Premier ministre japonais, Toshihiro Noda, avait alors averti sur la chaîne Fuji TV, que la Chine devait « être totalement mobilisée pour empêcher tout acte malveillant contre les ressortissants et les entreprises japonais ».

Cependant, des manifestants s’en sont pris à des voitures japonaises et ont pénétré dans plusieurs usines dirigées par des japonais dans certaines grandes villes. En réponse, le gouvernement chinois a dépêché des centaines de militaires pour épauler la police chinoise.

Celle-ci était intervenue à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour disperser des milliers de mécontents installés sur une grande avenue de Shenzhen, près de Hong Kong. A Shanghai, environ 1.500 personnes munies de drapeaux chinois et de portraits de Mao ont marché jusqu’au consulat du Japon, avant d’être stoppés par la police.

Manifestation anti-Japon en septembre 2012

Manifestation anti-Japon en septembre 2012

Cette situation inquiète la communauté internationale, notamment les États-Unis, en lien avec la Chine et très présente au Japon. Le secrétaire américain à la défense, Leon Panetta, a déclaré à la presse que le conflit entre la Chine et plusieurs pays de la région, pourraient déclencher une guerre si les gouvernements concernés continuent « leurs provocations ».

Des conséquences économiques

En réponse aux protestations, le gouvernement japonais a « pressé la Chine d’assurer la sécurité des Japonais », a indiqué le porte-parole du gouvernement japonais, Osamu Fujimura, à l’Agence France Presse. Ce dernier a également évoqué le poids conséquent des entreprises japonaises dans l’économie chinoise.

De leurs côtés, les autorités chinoises ont menacé le Japon de représailles commerciales, le 17 septembre, assurant que « l’économie du Japon n’est pas immunisée contre des mesures économiques chinoises », a indiqué le Quotidien du Peuple.

« Le Japon serait-il prêt à de nouveau perdre 10 ans, voire même de reculer de 20 ans ? », a posé le quotidien. Beijing mise sur une guerre économique plutôt qu’un affrontement armé, car la Chine est le premier partenaire commercial du Japon, tandis que la Chine est le troisième partenaire du Japon, après l’Union européenne et les États-Unis. Les échanges commerciaux sino-japonais ont représenté en 2011, près de 343 milliards de dollars, d’après l’AFP.

Les  marques japonaises, comme Honda ou Toyota, ont été bannies des spots publicitaires de la télévision nationale chinoise, par le gouvernement, qui devrait lancer une série de  mesures destinées à menacer encore plus les relations commerciales.

Mais cette tactique pourrait avoir des conséquences sur l’économie chinoise, car Toyota, actuel n°1 mondial du secteur automobile, a stoppé une partie de ses neuf usines, dont trois d’assemblage, qui emploient plus de 31.000 personnes et montent quelque 800.000 véhicules par an. Ce conflit risque d’avoir des conséquences économiques et financière sur les deux pays, dont les échanges commerciaux restent primordiaux.