Dans une lettre, la société américaine Intel a demandé à ses fournisseurs de ne plus se fournir dans la province chinoise du Xinjiang, suscitant un tollé en Chine. 

Le géant américain des semi-conducteurs Intel s’est ainsi retrouvé au coeur d’une polémique entre Washington et Pékin, après l’envoie de sa lettre demandant à ses fournisseurs de ne plus se fournir dans la province chinoise du Xinjiang, et pour laquelle il s’est excusé.

Cette lettre a été envoyé quelques heures après l’adoption aux Etats-Unis d’une loi interdisant l’importation de produits fabriqués au Xinjiang (nord-ouest de la Chine), afin de dénoncé le «travail forcé» des Ouïghours.

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Washington a mit en place une série de sanctions contre des entreprises chinoises, pour limiter ou interdire leurs exportations vers les Etats-Unis.

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Intel avait donc envoyé un courrier à ses fournisseurs leur demandant d’éviter de se fournir dans la région autonome du Xinjiang, afin de respecter les nouvelles règles.

Mais cette lettre a suscité une levée de boucliers en Chine, et le fabricant de puces a dû s’excuser. Dans un communiqué publié sur Weibo, Intel a indiqué que «notre intention initiale était de garantir le respect des lois américaines (…) Nous nous excusons pour les problèmes causés à nos respectés clients chinois, à nos partenaires et au public».

Toutefois dans une déclaration transmise à l’Agence France Presse, Intel a assuré qu’il respecterait les lois américaines : «nous continuerons de veiller à ce que notre approvisionnement mondial soit conforme aux lois et réglementations applicables aux États-Unis et dans les autres juridictions où nous avons des activités».

Selon la loi ratifiée par Joe Biden, interdisant l’importation de produits fabriqués en tout ou en partie au Xinjiang., les entreprises américaines doivent apporter la preuve aux douaniers qu’ils n’ont pas été fabriqués avec du «travail forcé».

«Nous pensons que le secteur privé et la communauté internationale devraient s’opposer à la militarisation, par la Chine, de leurs marchés, pour étouffer le soutien aux droits humains», a déclaré la porte-parole de la maison Blanche, Jen Psaki.

«Nous pensons également que les entreprises américaines ne devraient jamais ressentir le besoin de s’excuser pour avoir défendu les droits humains fondamentaux ou s’être opposé à la répression», a-t-elle ajouté.

Or en Chine, certains internautes et experts chinois ont estimé que ces excuses n’étaient pas sincères et que d’autres conséquences commerciales pourraient avoir lieu.

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Pour le CIIE, « cette lettre a suscité la colère de l’opinion publique et des partenaires chinois d’Intel, car elle citait des allégations faites par des politiciens américains et plusieurs fois démenties sur du travail forcé au Xinjiang ».

Face au tollé, Intel Chine a désactivé le 24 décembre la section des commentaires sur son compte officiel Weibo. Pour Ma Jihua, expert de l’industrie des semi-conducteurs, «ils ont de toute évidence sous-estimé notre détermination à traiter les questions territoriales nationales et ont franchi notre ligne rouge en faisant des remarques irresponsables sur la question du Xinjiang en cédant à la pression du gouvernement américain».

Ce dernier a indiqué au Global Times qu’Intel « n’était pas obligé de faire cette démarche très médiatisée pour plaire aux politiciens américains et que ses excuses en réponse à la colère de l’opinion ne sauraient être sincères, car cela revient à s’infliger une gifle ».

Ma Jihua a indiqué que les produits Intel pourraient être boycotté car «la Chine va certainement accélérer la substitution des produits Intel». La Chine accélère déjà le développement de ses propres puces, serveurs et autres produits connexes dans un contexte de concurrence technologique avec les États-Unis.

« Par ailleurs, les fabricants et les utilisateurs chinois s’inquiètent de savoir si la provocation faite par Intel est susceptible de soulever des problèmes en matière de sécurité des réseaux, et notamment si l’acceptation des produits Intel par le marché en subira l’impact », a déclaré l’expert au journal Global Times.