Le président américain Joe Biden a signé une loi interdisant l’achat de produits qui seraient issus du travail forcé des Ouïghours en Chine. La Maison Blanche a de nouveau mis en garde les entreprises américaines souhaitant fléchir face à Pékin.

Le texte signé par Joe Biden prévoit le bannissement de produits fabriqués en totalité ou en partie dans la région autonome du Xinjiang, sauf si les entreprises sont en mesure de prouver que les produits n’ont pas été fabriqués avec du travail forcé.

La loi met en avant les importations de trois produits particuliers tels que

  • le coton, dont le Xinjiang est l’un des grands producteurs mondiaux;
  • les tomates, également produites en masse dans la région;
  • le polysilicium, un matériau utilisé dans la production de panneaux photovoltaïques.

Cette loi donne au gouvernement « de nouveaux outils pour empêcher l’entrée sur le territoire de produits fabriqués avec du travail forcé au Xinjiang et pour tenir responsables les personnes et entités derrière ces abus », a indiqué le secrétaire d’Etat Antony Blinken dans un communiqué.

Ce dernier a appelé le gouvernement chinois à mettre fin « au génocide et aux crimes contre l’humanité ». Pékin a dénoncé ce texte, accusant les Etats-Unis de « violer le droit international » et de « calomnier » la Chine.

Dans un communiqué, le ministère chinoise des Affaires étrangères a exhorté Washington à « réparer immédiatement ses erreurs », menaçant dans le cas contraire de représailles.

Le Sénat a voté à l’unanimité le 16 décembre ce texte porté à la fois par des démocrates et des républicains, partisans d’une politique agressive envers Pékin.

La loi a été voté, malgré une campagne de lobbying des entreprises américaines, dont les approvisionnements viennent de Chine. Elles ont aussi mit en avant les perturbations supplémentaires dans les échanges commerciaux mondiaux, déjà désorganisés par la pandémie.

Cette mesure est « la plus importante et efficace prise jusqu’à présent pour tenir le Parti communiste chinois responsable de son recours au travail forcé », a commenté le sénateur républicain de Floride Marco Rubio, l’un des auteurs du projet de loi.

La porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a été interrogée sur la discrétion de Joe Biden lors de la signature de ce texte, alors qu’il fait de la rivalité avec la Chine l’axe majeur de sa politique étrangère.

Ses services ont diffusé une photo de la signature sur Twitter alors que, le même jour, le président a signé en direct devant les caméras une autre loi. « Parfois il signe les lois sans les caméras, parfois devant les caméras. Nous soutenons ce texte et nous avons mené l’offensive dans le monde pour dénoncer les violations des droits humains », a-t-elle répondu.

Outre les tensions diplomatiques, cette loi a déjà provoqué une polémique autour du géant américain des semi-conducteurs, Intel. En effet après l’adoption du texte au Sénat, et des sanctions américaines contre des entreprises chinoises, Intel avait envoyé un courrier à ses fournisseurs leur demandant d’éviter de se fournir dans la région.

Ce courrier suscité un tollé en Chine, obligeant le fabricant de puces a tenté de calmer avec un communiqué publié sur Weibo, la plateforme de réseaux sociaux chinoise: « Notre intention initiale était de garantir le respect des lois américaines (…). Nous nous excusons pour les problèmes causés à nos respectés clients chinois, à nos partenaires et au public. »

« Nous pensons que le secteur privé et la communauté internationale devraient s’opposer à l’instrumentalisation, par la Chine, de leurs marchés pour étouffer le soutien aux droits humains », a commenté Jen Psaki, interrogée sur ce communiqué d’Intel.

« Nous pensons également que les entreprises américaines ne devraient jamais ressentir le besoin de s’excuser pour avoir défendu les droits humains fondamentaux ou s’être opposées à la répression », a ajouté cette dernière.