Ces dernières années, la scène des arts traditionnels en Chine s’est ouverte et diversifiée, devenant de plus en plus «branchée».

Liu Dake, acteur spécialisé dans les rôles masculins hualian, a expliqué sur le site CIIE que la mission de sa génération de professionnels de l’opéra de Pékin est d’adhérer au principe de «marcher sur ses deux jambes» et d’innover tout en préservant le patrimoine.

UN OPÉRA ANCESTRAL

Inscrit en 2010 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, l’opéra de Pékin est un art du spectacle intégrant le chant, le récit, le mouvement, les arts martiaux. Sa pratique est largement répandue dans toute la Chine, ses centres de représentation sont Beijing, Tianjin et Shanghai.

L’opéra de Pékin est chanté et récité principalement dans le dialecte de Beijing . Il attache une grande importance à la rime, selon le communiqué de l’Unesco. Ses livrets sont composés d’un ensemble de règles strictes mettant en avant la rime et le rythme.

Les opéras de Pékin évoquent l’histoire, la politique, la société et la vie quotidienne, et se sont aussi instructifs que divertissants.

D’ailleurs, la musique de l’opéra de Pékin essentiel car cela rythme le spectacle, en créant une ambiance particulière, en façonnant les personnages et en guidant le fil du récit. La dite «musique civile» privilégie les instruments à cordes et à vent comme le jinghu, à la forme délicate et au son aigu, et la flûte dizi. Tandis que la «musique militaire» est représentée par le jeu des percussions, tels que le bangu ou le daluo.

L’interprétation de la scène se caractérise par son style symbolique et ritualisé, avec des acteurs et des actrices qui suivent une chorégraphie établie pour les mouvements des mains, des yeux, des torses et des pieds.

Traditionnellement, les décors scéniques et les accessoires sont peu nombreux. Tout est centré sur les costumes flamboyants, le maquillage outrancier du visage qui utilise des symboles, des couleurs et des motifs, destinés à révéler la personnalité et l’identité sociale des personnages.

L’opéra de Pékin se transmet essentiellement par l’apprentissage de maître à élève où l’élève acquiert les compétences élémentaires au moyen de l’instruction orale, de l’observation et de l’imitation.

« L’opéra de Pékin est considéré comme l’expression de l’idéal esthétique de l’opéra dans la société chinoise traditionnelle et demeure un élément largement reconnu du patrimoine culturel du pays », a souligné l’Unesco.

D’ailleurs, la forme d’art traditionnelle chinoise de 200 années, a quatre rôles de base : sheng (homme), dan (femme), jing (visage peint) et chou (clown masculin). Chacun a un certain nombre de sous-types. Par conséquent, nan dan est une branche des rôles dan.

Selon le China Daily, l’apogée du genre nan dan a eu lieu dans la première moitié du XXème siècle, lorsque quatre acteurs masculins Mei Lanfang, Shang Xiaoyun, Cheng Yanqiu et Xun Huisheng ont été salués comme les «Quatre Grands Dan» dans l’histoire de l’opéra de Pékin. Ils ont établi les quatre styles de dan qui portent leur nom : les écoles de Mei, Shang, Cheng et Xun.

«Si vous voulez réussir en tant qu’acteur nan dan, vous devez maîtriser plus de compétences que les actrices, d’un simple contact visuel à un pas », a expliqué Mou Yuandi, qui enseigne à la Chinese Opera School affiliée à la Shanghai Theatre Academy depuis 2009.

«Les acteurs de nan dan doivent maîtriser des compétences qui brouillent les frontières entre les sexes, comme utiliser une voix aiguë comme celle d’une femme. Mais je suis bon pour pratiquer arts martiaux, ce qui est un avantage pour moi», a indiqué ce dernier.

LIU DAKE, TÉMOIN DE L’ÉVOLUTION DE L’OPÉRA DE PEKIN

De son côté, Liu Dake incarne le personnage de Zhong Kui dans l’opéra classique de Pékin «Zhong Kui marie sa sœur» et Faust dans l’opéra expérimental du même nom. Liu Dake fait partie de la deuxième génération familiale de professionnels de l’opéra. Son père étant maître de cithare et sa mère actrice. Ses parents ont fondé en 1989 à Jilin, la troupe d’opéra pour enfants «Petits flocons». Intégrant la troupe à l’âge de huit ans, Liu Dake a été l’un des premiers élèves.

Témoin de l’importance que la Chine donne à sa culture traditionnelle, Liu Dake a expliqué qu »au cours de la dernière décennie, le pays a mis l’accent sur la confiance culturelle et un effort considérable pour présenter la culture chinoise à l’étranger. « Nous profitons de ce retour en vogue qui renforce notre confiance, nous les passionnés de l’opéra! ».

Ces dernières années, il s’est rendu au Danemark, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Espagne, aux États-Unis, à Singapour, ainsi qu’à Hong Kong et à Taïwan pour des représentations et des échanges, devenant ainsi un ambassadeur de l’appréciation mutuelle entre les civilisations.

Depuis que Mei Lanfang s’est produit au Japon avec sa troupe en 1919, l’opéra de Pékin a gagné en notoriété à l’étranger pendant plus d’un siècle. A tel point que de nombreux acteurs chinois jouent au Danemark, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Espagne, aux États-Unis, à Singapour, ainsi qu’à Hong Kong et à Taïwan, comme Liu Dake.

Méi Lánfāng, né le 22 octobre 1894 et mort le 8 août 1961, est un chanteur chinois.

Pour Liu Dake, Mei Lanfang est une icône culturelle ayant été la première personne à contribuer à la diffusion de l’opéra de Pékin à l’international. Ce chanteur de l’Opéra de Pékin faisait frémir d’émotion ses diverses audiences lors de ses interprétations de rôles féminins, dès 1904 lorsqu’il commença sa carrière à l’âge de dix ans.

La richesse de la présentation scénique, avec les visages et les costumes multicolores, ainsi que les scènes de combat ont rendu très populaires les opéras d’arts martiaux tels que «Le Roi singe» à l’étranger.

Afin de rendre cet art plus populaire à l’étranger, la Compagnie nationale de Chine d’opéra de Pékin recherche de nouvelles façons de raconter la Chine à travers l’opéra. Dans les années 1980, afin de surmonter la barrière de la langue, les acteurs ont essayé de chanter dans d’autres langues, notamment en anglais, avec des résultats mitigés.

Par la suite, l’interprétation de thèmes occidentaux dans l’opéra de Pékin est devenue une nouvelle possibilité, selon Liu Dake. Ce dernier a ainsi participé à la création de plusieurs opéras expérimentaux, dont Faust, Turandot et L’Anneau du Nibelung, qui ont reçus de bonnes critiques. Pour l’acteur « ce n’est pas un essai hasardeux, mais de la création avec une nouvelle pensée! ».

Ainsi la création de l’opéra croisé Faust, en 2015, par la Compagnie nationale, avec un metteur en scène allemand et un compositeur italien, est un exemple de ces innovations artistiques en Chine.

L’équipe de trois pays a travaillé pendant trois mois afin de réécrire le scénario de la pièce pour qu’il colle à différents aspects culturels. Cet opéra avant-gardiste s’est produit dans les grandes universités de Chine, dont l’Université Tsinghua, et a également été présenté en quatre tournées en Allemagne et en Italie.

Sa renommé est telle, qu’en 2016, le président chinois Xi Jinping a invité le président allemand Joachim Gauck, en visite en Chine, à découvrir cet opéra au Grand Palais du Peuple. « Je n’aurais jamais pensé que notre petite pièce de théâtre avec seulement quatre acteurs arriverait sur la scène du Grand Palais du Peuple et deviendrait une carte de visite de la diplomatie nationale ! », a expliqué Liu Dake.