Dans un communiqué, daté du 14 novembre, l’ONG Human Rights Watch a demandé à ce que Pékin promulgue et applique des mesures de protection des personnes LGBT pour lutter contre les abus.

Le gouvernement chinois devrait prendre des mesures immédiates pour empêcher les hôpitaux publics et les cliniques privées d’offrir des thérapies de conversion, a déclaré Human Rights Watch dans un nouveau rapport publié le 14 novembre 2017. Les « traitements » proposés par ces établissements, qui visent à changer l’orientation homosexuelle ou bisexuelle d’un individu en orientation hétérosexuelle, sont intrinsèquement discriminatoires et abusifs.

Des formes de tortures infligées

« Cela fait plus de 20 ans que la Chine a dépénalisé l’homosexualité, mais les LGBT sont toujours internés, traités avec des médicaments et même soumis à des chocs électriques pour changer leur orientation sexuelle », a expliqué Graeme Reid, Directeur de la division Droits des personnes LGBT à Human Rights Watch.

« Si les autorités chinoises veulent vraiment mettre fin à la discrimination et aux abus contre les personnes LGBT, il est temps de mettre fin à cette pratique dans les centres médicaux« , a ajouté ce dernier.

Le rapport de 52 pages, intitulé « Have You Considered Your Parents Happiness?: Conversion Therapy Against LGBT People in China » (« Avez-vous pensé à ce que vos parents vont dire ? Les thérapies de conversion des personnes LGBT en Chine »), s’appuie sur des entretiens avec 17 personnes ayant vécu une thérapie de conversion.

Le document décrit comment des parents ont menacé, contraint et parfois forcé physiquement leurs enfants (adultes ou adolescents), à se soumettre à une thérapie de conversion. Certains hôpitaux publics gérés et contrôlés par le gouvernement et des cliniques privées agréées et supervisées par la Commission nationale de la Santé et du Planning familial réalisent ces thérapies.

Ainsi les professionnels de santé les ont soumis à une « thérapie » entraînant dans certains cas des placements d’office en hôpital et l’administration forcée de médicaments et d’électrochocs, pouvant constituer des formes de torture.

L’homosexualité n’est plus une maladie mentale

Le terme « homosexualité » a été officiellement retiré de la Classification chinoise des troubles mentaux en 2001 par la Société nationale de Psychiatrie. De plus, la loi chinoise de 2013 sur la santé mentale exige que le diagnostic et le traitement des troubles mentaux soient conformes aux normes de diagnostic.

De fait, « l’attirance pour une personne du même sexe n’est pas une pathologie, la loi rend la thérapie de conversion illégale ». La législation exige en outre que le diagnostic et le traitement des troubles mentaux respectent les droits fondamentaux des individus et la dignité humaine.

Pourtant, les établissements de santé ou les praticiens continuent de pratiquer cette « thérapie de conversion », sans que le gouvernement n’interviennent pour les en empêcher. En effet, les autorités chinoises n’ont pas pris de mesures proactives, comme la publication de lignes directrices claires interdisant ce type de traitements ou la surveillance des établissements pour déterminer si ces thérapies sont pratiquées, et le cas échéant, pour faire en sorte que ces établissements soient tenus responsables.

De plus,  « si la Société chinoise de Psychiatrie a publié des règles professionnelles interdisant la discrimination en raison de l’orientation sexuelle pendant les consultations des psychologues, les associations professionnelles n’ont pas empêché les praticiens de mettre en place des thérapies de conversion« .

Thérapies forcées, entre électrochoc et insultes

Les 17 personnes interrogées par Human Rights Watch ont expliqué avoir subi de fortes pressions familiale et sociale, et aucune n’a consenti au traitement de manière libre et éclairée. Cinq personnes ont raconté à Human Rights Watch la « thérapie » par électrochocs qu’ils avaient subie dans le cadre de leur « traitement » de conversion.

Ils étaient stimulés avec des images, des vidéos ou des descriptions verbales d’actes homosexuels, et recevaient simultanément des électrochocs leur faisant ressentir une vive douleur ou de l’inconfort. Les patients étaient ainsi censés associer leur homosexualité à des sensations désagréables ou douloureuses, en vue de réprimer leurs pulsions sexuelles envers les personnes du même sexe.

Onze personnes ont également été forcées de prendre des médicaments par voie orale ou par injection dans le cadre de leur « traitement », sans être informée du rôle des médicaments ou des risques potentiels liés à leur usage.

Presque toutes les personnes interrogées par Human Rights Watch ont affirmé avoir été victimes de harcèlement verbal, et avoir été la cible d’insultes de la part de médecins et de psychiatres, notamment des termes tels que « malade », « pervers », « maladie », « anormal » et « sale ».

Des avancées, mais pas d’application de la loi

Taïwan est le pays asiatique le plus avancé sur l’égalité des droits des LGBT

Selon les directives de la Commission nationale de la Santé et de la Planification familiale, toutes les provinces, municipalités et régions autonomes doivent enquêter sur les activités menées dans les hôpitaux et cliniques en violation de la loi de 2013 sur la santé mentale. Mais lorsque Human Rights Watch a contacté le bureau chargé de surveiller la mise en œuvre de cette loi, un agent a déclaré ne pas être au courant d’abus liés à la thérapie de conversion.

La Chine ne dispose pas de lois pour protéger les individus contre la discrimination fondée sur l’orientation ou l’identité sexuelle, ce qui explique pourquoi ils ne portent pas plainte.

La Chine est partie à la Convention contre la Torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et à la Convention relative aux Droits de l’enfant. Elle a aussi signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Tous ces instruments contiennent des dispositions qui interdisent plusieurs aspects de la thérapie de conversion.

« Il est temps pour la Chine de rejoindre le consensus mondial, de reconnaître que la thérapie de conversion forcée ou médicalisée est une pratique abusive et discriminatoire et de l’interdire », a déclaré Graeme Reid. « Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que la dépénalisation prendra tout son sens sur les plans juridique et social, et qu’elle permettra aux personnes LGBT d’être protégées dans toute la Chine contre cette sinistre pratique. »