Le président américain Joe Biden a dévoilé un nouveau partenariat économique en Asie-Pacifique, avec objectif principal de contrer l’influence de la Chine en Asie.

UN PACTE PLUS DIPLOMATIQUE QU’ÉCONOMIQUE

En déplacement au Japon, Joe Biden a dévoilé, le 23 mai, un nouveau partenariat économique en Asie-Pacifique, regroupant dans un premier temps treize pays, à l’exception notable de la Chine.

Baptisé « Cadre économique pour l’Indo-Pacifique » (« Ipef » en anglais), il ne s’agit pas d’un accord de libre-échange, tel que le Partenariat Trans Pacifique (TPP), dont Washington s’est retiré en 2017 sous l’impulsion de Donald Trump.

Joe Biden ne souhaite pas pour le moment relancer certains grands accords commerciaux en raison de l’inquiétude des américains vis-à-vis de l’emploi.

L’Ipef devrait faciliter l’intégration en adoptant des normes communes dans quatre domaines prioritaires : l’économie numérique, les chaînes d’approvisionnement, les énergies vertes et la lutte contre la corruption.

«C’est un engagement pour travailler avec nos amis proches et partenaires dans la région, sur des défis qui importent le plus pour assurer la compétitivité économique au XXIe siècle», a déclaré le président américain.

FREINER L’INFLUENCE DE LA CHINE

Les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie s’opposent à tout «changement du statu quo par la force», en particulier en Asie-Pacifique, a déclaré le premier ministre japonais, Fumio Kishida à l’issue d’une réunion à Tokyo de l’alliance «Quad», le 24 mai.

Les membres du Quad s’inquiètent de l’influence grandissante et des manœuvres militaires de la Chine dans la région. Ils ont également annoncé un plan visant à consacrer au moins 50 milliards de dollars (environ 47 milliards d’euros) à des projets d’infrastructures et à des investissements en Asie-Pacifique ces cinq prochaines années.

«Alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie ébranle les principes fondamentaux de l’ordre international», les dirigeants américain, indien, australien et moi-même sommes d’accord sur le fait que les tentatives unilatérales de changer le statu quo par la force ne seront jamais tolérées nulle part, particulièrement dans la région indo-pacifique», a déclaré Fumio Kishida.

D’ailleurs, le 23 mai, le président américain Joe Biden avait affirmé que son pays défendrait Taïwan en cas d’invasion de l’île autonome par les forces de Pékin. Il a cependant précisé le lendemain que «l’ambiguïté stratégique» de Washington, consistant à ne reconnaître diplomatiquement que la Chine continentale tout en s’engageant à donner à l’île autonome les moyens militaires pour se défendre en cas d’invasion, restait inchangée.

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Les quatre membres du Quad s’inquiètent régulièrement des manœuvres militaires et des tentatives chinoises de «grignotage» autour d’îles du Pacifique.

Dans leur déclaration du 24 mai, les quatre chefs d’État ont fait spécifiquement référence à «la militarisation» de secteurs contestés, à «l’utilisation dangereuse de navires de garde-côtes et de milices maritimes et aux efforts visant à perturber les activités d’exploitation des ressources offshore d’autres pays», autant d’activités que la Chine est accusée de mener dans la région.

La déclaration a toutefois évité de condamner explicitement la Chine ou la Russie. D’autant que l’Inde est le seul membre du Quad ayant refusé de critiquer publiquement Moscou pour son invasion de l’Ukraine.

À l’issue de leurs discussions à Tokyo, les pays du Quad se sont également mis d’accord pour lancer un dispositif commun de surveillance maritime destiné à renforcer la surveillance des activités de la Chine dans la région.

L’ensemble de ces décisions font également suite aux récents efforts déployés par la Chine pour nouer des liens avec les nations du Pacifique, notamment les îles Salomon qui ont conclu un pacte de sécurité avec Pékin le mois dernier.

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«Nous nous engageons à travailler en étroite collaboration avec nos partenaires et la région pour stimuler les investissements publics et privés», ont déclaré les dirigeants américain, indien, japonais et australien dans leur déclaration commune.

PÉKIN DÉNONCE

« La Chine estime que le nouveau Cadre économique indo-pacifique (IPEF) doit faciliter la prospérité, le développement et la coopération économique au lieu de saper et diviser les mécanismes existants dans la région Asie-Pacifique », a déclaré le ministère du Commerce.

Selon le ministère chinois, le succès de l’économie de l’Asie-Pacifique repose sur l’ouverture, la coopération et le bénéfice mutuel. « Les initiatives concernées doivent contribuer à la prospérité et au développement de la région, être ouvertes et inclusives au lieu d’être discriminatoires et exclusives », a souligné le ministère.

« Elles doivent promouvoir la coopération économique et la solidarité au lieu de saper et diviser les mécanismes existants, a indiqué le ministère en réponse à l’annonce par les Etats-Unis du lancement du cadre » économique le 23 mai.

« La Chine reste ouverte à toute initiative économique régionale qui se conforme aux principes susmentionnés », a déclaré un porte-parole du ministère, attestant que « la Chine adhérera au régionalisme ouvert et partagera le bonheur et le malheur avec ses partenaires commerciaux de la région Asie-Pacifique ».

La Chine est prête à faire avancer la coopération pragmatique avec toutes les parties pour stimuler l’intégration économique régionale, promouvoir la reprise économique dans la région, et maintenir la paix régionale et un développement stable, a assuré ce dernier.