Imprimer est un procédé visant à faire ou à laisser une trace sur un support. Cette trace peut être une empreinte, des traits, une figure, des mots, des images, etc.

Les supports peuvent être divers et variés, comme l’ère précédent la fabrication du papier. Des gravures ont été retrouvées sur des os, des carapaces de tortue, du bronze, des pierres, du bambou, du bois, et même de la soie. Par la suite, l’apparition du papier a entraîné l’évolution de l’écriture.

L’imprimerie désigne toutes les techniques d’impression permettant la reproduction. La première méthode de reproduction consiste à copier les livres à la main. Cette pratique devint courante à partir de la dynastie des Han de l’Est (25 – 220).

Cela demandait beaucoup de temps, mais cela laissait aussi la place à des erreurs éventuelles lors de la reproduction. Ces erreurs se multipliaient à chaque nouvelle copie et causait de graves préjudices. Face à ces inconvénients, les livres étaient rarement reproduits et entraînant la disparition de nombreuses œuvres.

L’imprimerie a permis de reproduire plus rapidement et en grande quantité un ouvrage, résolvant les problèmes d’erreurs de transcription. Le grand nombre d’exemplaire produit facilite alors sa diffusion et sa popularisation, le préservant ainsi de l’oubli et de sa disparition complète.

L’encre et le papier sont deux éléments essentiels pour la reproduction d’un livre. Leur fabrication a fourni les bases matérielles nécessaires à l’invention de l’imprimerie.

Les premières formes d’impression : estampage et sceaux

Les plus anciennes méthodes de reproduction de l’écriture et de la peinture sont l’estampage et l’usage des sceaux.

La première technique de l’estampage permet de reproduire les inscriptions gravées sur les stèles. En 175, Cai Yong, lettré et calligraphe, et d’autres fonctionnaires, ont demandé l’autorisation à la cour impériale de la dynastie Han de faire graver des classiques confucéens sur des stèles afin d’élargir l’influence du confucianisme.

Cai Yong a réécrit les ouvrages confucéens sur des stèles et ordonna aux graveurs de tailler en creux les caractères inscrits. Au IVème siècle, le recours à l’estampage des stèles gravées en creux se généralisa.

La technique était d’humidifier une feuille de papier souple et résistante en l’aspergeant d’eau, ensuite d’appliquer la feuille sur la stèle et de frapper légèrement le papier pour lui faire épouser les creux. Par la suite, la feuille de papier était encrer avec un frotton encré. Enfin, il fallait laisser sécher, et les motifs apparaissaient en blanc sur fond noir.

Cette technique se généralise à partir du IVème siècle, et est considérée comme la principale méthode pour la reproduction d’inscriptions et de gravures avant l’invention de l’imprimerie.

Sceau impérial datant de Quianlong

La seconde technique de l’usage de sceaux, ou le cachet, rappelle les procédés d’impression actuels. Il existait des sceaux en bois, en pierre ou en os, et l’encrier du sceau contenait en général une pâte rouge.

Il existe deux sortes de sceaux : gravés en relief et gravés en creux. Les sceaux en relief permettent d’obtenir des caractères rouges sur fond blanc, rendant la lecture claire. Avec les sceaux en creux, les caractères sont blancs sur fond rouge.

Dans les Mémoires historiques, l’historien Sima Qian mentionne que le Premier ministre des Royaumes combattants (475 – 221 avant J.-C.) transportait toujours avec lui les sceaux de 6 états.

Des sceaux datant de l’époque des Zhou (1046 – 221 avant J.-C.) et dès Qin (221 – 206 avant J.-C.) ont été découvert, confirmant l’ancienneté de leur histoire. Le sceau était et est utilisé encore aujourd’hui pour des signatures, sous forme de cachet officiel. Sa petite surface porte généralement le nom et le titre de son propriétaire.

À l’époque des Jin de l’Est (317 – 420), des moines ont eu l’idée de reproduire des charmes taoïstes à l’aide de sceaux plus grands, notamment des sceaux en bois de jujubier de 13 cm sur 13 cm sur lesquels étaient gravé un charme de 120 caractères.

Un autre sceau en bois datant des Dynasties du Sud et du Nord a été retrouvé, comprenant d’une plaque gravée de 39cm sur 8 cm. L’estampage et le sceau peuvent être considérés comme les formes primitives de l’imprimerie.

Invention de la xylographie

Sous la dynastie Tang, période prospère de la culture féodale, le besoin de livres a prit une ampleur considérable. De fait, l’usage de l’estampage et des sceaux ne pouvaient répondre à cette exigence des progrès de la culture et de l’économie, et à l’augmentation du nombre de lecteurs.

Planche xylographique prête à l’impression

La technique de la xylographie est née du besoin de reproduire rapidement des textes pour les diffuser au mieux. Les étapes d’impressions passent par l’écriture d’une texte à imprimer sur une feuille de papier transparente, après avoir collé cette feuille à l’envers sur une planche polie, et graver les caractères en épargne, la planche gravée est encrée avec un pinceau mouillé. Ensuite, il faut étaler une feuille de papier vierge sur la planche gravée, presser la feuille contre la planche avec un frotton, et une fois décollées et séchées, les feuilles sont rassemblées et brochées.

La datation de l’invention de l’impression par xylographie n’est pas clairement définie. Quelques historiens affirment qu’elle remontre à la dynastie des Sui (581 – 618), mais la plupart tentent de prouver qu’elle est apparue sous la dynastie des Tang (618 – 907).

Le premier texte gravé avec cette technique est le Nüze (Devoirs féminin). Il s’agit d’un recueil d’histoires sur les devoirs de la femme féodale écrit par l’impératrice Changsun de la dynastie des Tang. Aux alentours de 636, après décès de cette dernière, l’empereur Tàizōng ordonne la reproduction par xylographie du recueil car il le considérait comme un modèle d’éthique féodale.

L’analyse des documents historiques laisse penser que les chinois maîtrisaient depuis plusieurs décennies cette technique de reproduction de livres, ce qui explique l’idée de l’empereur de faire imprimer les livres par ce moyen. L’invention de la xylographie remonterait donc à quelques années avant la parution du Nüze.

Un des premiers documents importants reproduits par xylographie, et la plus ancienne xylographie conservée dans le monde entier, est un texte du Sûtra du diamant (Jjīngāng jīng). Le texte mentionne la date d’impression « le 10 avril, 9ème année du Xiántōng », c’est-à-dire en l’an 868.

L’invention des caractères mobiles

La xylographie révolutionne les pratiques de reproduction des livres, car chaque planche gravée permettait d’imprimer une page d’un livre, accélérant les délais d’impression.

L’inconvénient de cette méthode est qu’elle exigeait de nombreuses personnes pour graver un grand nombre de planche, qui ne servaient que pour une seule page d’un seul livre.

À l’époque de Qìnglì (1041 – 1048), sous le règne de l’empereur Rénzōng de la dynastie Song, un inventeur nommé Bì Shēng (990 – 1051) a développé la technique d’impression utilisant des caractères mobiles.

Imprimerie à caractères mobiles de Bi Sheng

Après avoir appris et maîtrisé la technique de xylographie, Bi Sheng s’est rendu compte qu’à la moindre erreur, toute la planche était inutilisable pour corriger son erreur, il évida un caractère et inséra un caractère correct à sa place. C’est ainsi qu’est née l’imprimerie à caractères mobiles.

Au départ, les caractères était gravés sur du bois de sapin. Mais après plusieurs utilisations, le caractère se déformait sous l’action de l’eau. En essayant de récupérer le caractère, la résine et la cire, qui maintenaient les caractères ensemble, collaient tellement qu’il était impossible de retirer les caractères. Raison pour laquelle, les caractères mobiles ont été fabriqués en argile.

La technique de reproduction de livres de Bi Sheng comprend trois phases :

1/ la fabrication des caractères : il s’agit de graver l’image inversée des caractères sur des cubes en argile ; et de passer au feu les cubes afin de les durcir et d’obtenir des caractères en terre cuite ;

2/ la composition de la plaque comprenant les caractères du texte à reproduire : ils sont dans un cadre, sur une plaque en fer couverte d’un mélange de poudre de colophane, de cire et de cendre de papier. Il s’agissait d’assembler les différents caractères selon leur ordre dans le manuscrit, afin de former le texte à imprimer et niveler les caractères à l’aide d’une autre plaque. Il faut ensuite passer la plaque à imprimer au four afin de faire fondre les poudres  et après refroidissement, les caractères mobiles étaient solidement fixés et la planche était prête pour l’impression ;

3/ l’impression : encrage et impression se faisaient de la même manière que pour la xylographie.

Pour récupérer les caractères, il suffisait de faire fondre la colle en les chauffant. Cette technique avait plusieurs avantages. Les caractères en argiles étaient faciles à graver, solides et pratiques à récupérer. Ceux qui étaient défectueux pouvaient être remplacés à tout moment. De plus, les caractères et la plaque étaient réutilisables.

Développement et diffusion de la technique d’impression

Imprimerie à caractères mobiles

Durant la dynastie Yuan (1271 – 1368), les imprimeurs utilisaient des caractères mobiles en étain. Mais ils fixaient mal l’encre et les caractères imprimés étaient flous. Raison pour laquelle, les caractères mobiles en étain ont été abandonnés.

Vers 1297, un agronome nommé Wang Zhen a mit au point les caractères mobiles en bois solides. Il conçut également la casse tournante et construit deux casses circulaires divisées en compartiments contenant les caractères classées par rimes.

La première casse contenait les caractères courants et la deuxième contenait les plus rares. Lors de l’étape de composition, une personne lisait le manuscrit pendant que l’autre, assise entre les deux casses, retirait un à un les caractères. Cette méthode est rapide et demande moins d’effort. En 1488, des caractères mobiles en bronze ont été inventés sous la dynastie des Ming.

La technique d’impression en caractères mobiles a d’abord été transmise dans les pays voisins de la Chine comme la Corée (XIIIème siècle), le Japon (XVIème siècle), le Vietnam (XVIIIème siècle) avant de se propager en Perse et en Égypte.

Retrouvez les trois autres inventions : papier, boussole, poudre