Traduction du New York Times (en chinois) par notre stagiaire, Julie – Dans l’extrême Ouest, pendant plus de 2 millénaires, Kachgar a servi d’oasis le long de la Route de la Soie. Elle reliait les empires de l’Est à l’Asie centrale, jusqu’à la Perse et au-delà. Située dans un désert sec et rude, la cité a été alternativement régie par la Chine, la Mongolie, la Turquie et le Tibet.

Au 21ème siècle, la population Ouïghour, principalement musulmane, a souffert sous le contrôle chinois. Cela a donné lieu à des protestations, des attaques violentes et des mesures gouvernementales sévères contre l’expression religieuse et l’expression ethnique. Après le soulèvement des Ouïghours en 2009, le gouvernement chinois a essayé d’atténuer le mécontentement de la population à travers un plan de relance économique.

En 2015, Yuyang Liu, jeune photographe, est arrivé dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang. Il voulait voir si les efforts fournis par le gouvernement avaient été payants. Il a semblait à Monsieur Liu que la planification était peu rigoureuse : les dirigeants chinois avaient accéléré les investissements locaux et d’importants travaux et développements étaient en cours.

Jeunes femmes, habitantes du Xinjiang

Jeunes femmes, habitantes du Xinjiang

Le nouveau centre d’affaires, les centres commerciaux, les théâtres et le parc d’attraction qu’il a photographiés étaient quasiment vides. En outre, les emplois générés pour la population locale sont peu nombreux. Il a également pu observer un fossé grandissant entre les riches et les pauvres.

Le gouvernement a usé de politiques d’éducation et a durci les règles concernant la pratique religieuse, tout cela dans le but de renforcer l’assimilation. Cela n’a fait qu’augmenter les tensions.

« On ne peut pas contester le fait que les programmes ont considérablement augmenté le niveau de modernisation du Xinjiang, notamment par la construction d’infrastructures telles que des hôpitaux et des écoles. Cependant, les opportunités pour les Ouïghours restent peu nombreuses ».

À son arrivée, il a semblé à Yuyang Liu que Kachgar était un pays étranger. Tout y est différent : la langue, les coutumes, la religion et même le climat. Les slogans de propagande si familiers placardés sur les bâtiments et une statue géante de Mao Zedong au cœur de la cité lui ont toutefois fait penser au Sichuan, sa province natale. Les personnes qu’il a rencontrées étaient assez accueillantes, dans l’ensemble.

Yuyang Liu affirme que « les Ouïghours sont amicaux et ils sont moins sur la défensive que les Han. Au début, ils n’osent tout de même pas trop s’exprimer librement sur les sujets religieux et politiques ».

Il est finalement devenu ami avec des jeunes Ouïghours qui, selon lui, allait rarement à la mosquée. La grande majorité des personnes qu’il a rencontrées lui ont semblé avoir une forte identité ouïghour. Dans le cadre du plan de développement régional, les jeunes ouïghours ont été encouragés à aller travailler dans des usines de l’est chinois.

Selon le photographe, outre le fait de donner un coup de fouet à la production industrielle, le but était également de confronter ses jeunes à une société chinoise plus vaste. Cela représentait une opportunité économique précieuse pour les Ouïghours.

Travailleuse du Xinjiang.

Travailleuse du Xinjiang.

Yuyang Liu avait déjà fait des recherches sur les jeunes Ouïghour travaillant dans une usine du sud de la Chine, à Canton, dans le cadre de programmes gouvernementaux. Il a décidé de suivre un nouveau groupe dès leur départ de Kachgar vers Canton, un voyage d’environ 6’000 kilomètres.

Beaucoup de ces jeunes travailleurs souffraient du mal du pays et dans les dortoirs où leur compagnie les logeait, ils entonnaient des chants ouïghours. Certains d’entre eux ont considéré cette expérience d’un an comme une aventure.

Au cours de ses nombreuses visites, Yuyang Liu les a photographiés travaillant et s’amusant même s’ils préféraient rester entre eux une fois sortis de l’usine.

Bon nombre d’entre eux ont réussi à mettre de l’argent de côté avant de rentrer chez eux. Deux jeunes ont investi leurs pécules dans un magasin de fruits ambulant. Toutefois, malgré les efforts de développement du gouvernement, les opportunités économiques pour les Ouïghours semblent inexistantes. Ces programmes ont également échoué dans leur mission de satisfaire la population ouïghour.

Après avoir travaillé plus d’un an sur la vie des ouïghours, le photographe a réalisé qu’il ne voyait toujours pas de solution précise pour les sortir de cette situation difficile.

« Le gouvernement chinois tente de résoudre ce problème par le biais de programmes économiques. Le problème c’est que la population ouïghour accorde bien plus d’importance à sa culture, à son mode vie et à sa religion qu’à l’argent ».

Le projet de Yuyang Liu a été soutenu par Abigail Cohen, Fellowship in Documentary Photography, en collaboration avec Chinafile et la Fondation Magnum.

Écrit par James Estrin pour la version chinoise de The New York Times, traduit par Julie VALDRE, stagiaire