Sun Dawu, critique du pouvoir, a été condamné à 18 ans de prison

par | Juil 30, 2021 | Police et Justice, POLITIQUE

De notre stagiaire Manon KBidi – Le 28 juillet, dans le tribunal populaire de Gaobeidian, situé dans la province du Hebi (nord), s’est déroulé le procès du milliardaire chinois Sun Dawu, dirigeant du Dawu Group, spécialisé dans l’agriculture.

Il a été condamné à dix-huit ans d’emprisonnement et à une amende de 3,11 millions de yuans (405 000 euros) pour une série d’infractions et de malversations.

Sun Dawu âgé de 67 ans, est surnommé «le Canon». Il est non seulement connu en tant que milliardaire, mais il est aussi connu comme un virulent critique du pouvoir. Son entreprise est très connue dans le secteur agricole dans le nord de la Chine.

Ancien employé de la Banque chinoise pour l’agriculture du district de Xushui, dans la province du Hebei, il décide en 1984, de fonder sa propre entreprise d’élevage et d’agriculture. A l’origine, il s’agissait d’une entreprise familiale d’élevage de poulets et de cochons.

Mais celle-ci s’est transformée en un immense empire couvrant également les domaines de la santé, du tourisme et il a aussi ouvert des écoles et des hôpitaux.

En juillet 2003, l’affaire Sun Dawu éclate, il est condamné à quatre ans de prison avec sursis pour «collecte illégale de fonds» après avoir été reconnu coupable d’avoir récolté treize millions de yuans (1,7  millions d’euros) pour son entreprise, sans l’autorisation de la Banque centrale.

Selon un article de Thierry Pairault dans le Mondes en développent 2004, il a enfreint les articles 174 et 176 du Code pénal  : «le premier stipule qu’il est prohibé d’implanter toute structure financière sans avoir préalablement obtenu l’aval de la Banque populaire de Chine; le second interdit de recevoir des dépôts de particuliers hors d’un cadre légal.»

Selon l’article du sinologue, au cours de conférences publiques en 2003, Sun Dawu s’en est pris à la politique du gouvernement central. Lors d’un discours prononcé le 13 mai à l’Université de Pékin, il a proclamé  : «Les campagnes chinoises ne manquent ni de talents, ni de capitaux, ni de débouchés mais que leurs fonds sont détournés, à travers le système bancaire, pour le plus grand bénéfice de villes-vitrines et autres villes-potiches».

En 2019, Sun Dawu avec son franc-parler, a critiqué sur le réseau social Weibo, la mauvaise gestion de l’épidémie de peste porcine et l’abattage de millions de bêtes. Il a publié sur son compte des photos de cochons morts et a accusé les responsables locaux de laxisme.

Sun Dawu connu en tant que critique des politiques rurales, demande que les agriculteurs soient davantage libres de s’organiser pour protéger leurs intérêts économiques.

En 2020, il a également critiqué l’intervention de la police dans un différend sur l’exploitation de certaines terres agricoles.

A la fin de 2020, Sun Dawu, des membres de sa famille dont sa femme et ses enfants, et des employés ont été interpellés à la suite d’un conflit foncier avec une ferme étatique du Hebei. Ses biens ont été saisis et  les 9000 employés du groupe Dawu licenciés.

En 2003, il n’avait écopé que de sursis, grâce entre autres à un de ses avocats, le militant Xu Zhiyong. En revanche, cette fois-ci Xu Zhiyong n’a pu le défendre, car il est lui-même en prison depuis plus d’un an.

Selon le journal le Monde, cette lourde peine est justifiée, par une longue liste de condamnations, telles que «exploitation minière illégale», «occupation illégale de terres agricoles», «entraves à la fonction publique», «rassemblement d’une foule en vue d’attaquer des organes de l’État» ou encore «provocation aux troubles».

Selon une vidéo partagée par son avocat, une forte présence policière était visible aux abords du tribunal. Pour lui, le procès «a violé les normes judiciaires et les droits de l’accusé n’ont pas été garantis», a-t-il estimé.

D’après le sinologue Thierry Pairault : «L’affaire Sun Dawu montre, du moins de manière indirecte, que le gouvernement chinois est parfaitement conscient que le système juridique en place protège mal le droit des individus à négocier leurs droits patrimoniaux, à commencer par lui-même quand il s’agit des actifs d’État».

En effet, la sentence contre Sun Dawu est l’une des peines les plus lourdes prononcées ces dernières années par la justice chinoise envers une personne critique du pouvoir. Elle est similaire à la condamnation à dix-huit ans de prison de Ren Zhiqiang, magnat de l’immobilier de 69  ans.

Selon le journal le Monde, même si Ren Zhiqiang est le fils d’un dirigeant communiste, ni les relations, ni le statut, ni la fortune ne protègent quiconque qui ose franchir les lignes rouges et s’attaquer publiquement aux dirigeants chinois ou au système communiste.

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En 2021, Lai Xiaomin, ancien patron de la China Huarong, a lui été condamné à la peine de mort pour «corruption et bigamie» et Hu Huaibang, ancien président de la Banque chinoise de développement, a été condamné à la prison à vie pour corruption.

Lire aussi : Condamnation à la prison à vie pour corruption pour Hu Huaibang

Ces événements ont lieu dans la suite logique de la campagne lancée par le Parti communiste chinois pour amplifier son contrôle sur le secteur privé et lutter contre la corruption.

En septembre 2020, après que le comité central du parti a décidé de renforcer la présence du PCC dans les entreprises, Xi Jinping a déclaré : «Unifiez les membres du secteur privé autour du parti, et améliorez la promotion du développement sain de l’économie de marché».

Voici la liste établie par Tencent News des 20 personnes condamnées :

  • Sun Dawu : 18 ans de prison et une amende de 3,11 millions de yuans
  • Sun Meng : 12 ans de prison et une amende de 1,9 million de yuans
  • Sun Dehua : 12 ans de prison et une amende de 510 000 yuans
  • Sun Zhihua : 9 ans de prison et une amende de 550 000 yuans
  • Zhang Ping : 4 ans et 6 mois de prison, et une amende de 100 000 yuans
  • Liu Ping : 3 ans et 6 mois de prison et une amende de 950 000 yuans
  • Xu Laifu : 2 ans et 3 mois d’emprisonnement
  • Lu Zhiying : 4 ans et 5 mois de prison, et une amende de 300 000 yuans
  • Yan Fengyu : 1 an et 7 mois d’emprisonnement, avec sursis pendant 2 ans
  • Li Dahong : 2 ans d’emprisonnement
  • Zhang Yan sera: 1 an et 9 mois de prison, et une amende de 40 000 yuans
  • Li Fengxiang : 1 an et 6 mois d’emprisonnement
  • Wang Zhongchen : 1 an et 2 mois de prison, et une amende de 42 000 yuans
  • Sun Fushuo : 1 an et 6 mois d’emprisonnement
  • Yao Wang : 1 an et 5 mois de prison
  • Ma Fuchang : 1 an d’emprisonnement avec sursis pendant 2 ans
  • Zhao Jianhua : 1 an d’emprisonnement avec sursis pendant 2 ans
  • Zhang Tingsen : 1 an de prison avec sursis de 2 ans
  • Ji Yulian : 1 an et 5 mois d’emprisonnement
  • Bai xuesong : 1 an de prison, avec sursis 2 ans

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