Taïwan va rallonger le service militaire obligatoire de quatre mois à un an, a annoncé la dirigeante Tsai Ing-wen. La réforme s’appliquera à tous les hommes nés après le 1er janvier 2005, a-t-elle précisé.

«Le service militaire actuel de quatre mois n’est pas suffisant pour répondre à la situation en constante et rapide évolution», a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. «Nous avons décidé de rétablir le service militaire d’un an à partir de 2024», a-t-elle ajouté.

Une décision «incroyablement difficile» mais nécessaire pour garantir la sécurité et les intérêts du territoire, a déclaré cette dernière.

En première ligne face à l’expansion autoritaire et confronté à un paysage sécuritaire changeant, Taiwan prend des mesures concrètes pour renforcer ses capacités d’autodéfense et ainsi assurer la paix et la stabilité régionales, a déclaré Tsai Ing-wen.

«C’est seulement en se préparant à la guerre que nous pourrons l’éviter et seulement en étant capables de mener le combat que nous serons en mesure d’en prévenir un», a-t-elle poursuivi, ajoutant que mieux Taiwan sera préparé, plus faible sera le risque que l’autre rive du Détroit cède à l’aventurisme.

Composée de militaires de carrière et d’engagés sous contrat, l’armée de métier restera l’épine dorsale de la défense du pays, avec pour mission d’assurer l’intégrité du territoire national ainsi que de l’espace aérien national et des eaux territoriales, selon elle.

Une deuxième force composée des conscrits et des réservistes assurera pour sa part des missions de défense du territoire et de protection des bases militaires et des infrastructures critiques, tout en venant en appui à l’armée de métier et à la protection civile. Étant donné la rapidité de la guerre moderne, cette force de défense du territoire doit pouvoir compter sur des appelés mieux formés qu’actuellement et immédiatement mobilisables, a expliqué Tsai Ing-wen.

Ainsi, à partir du 1er janvier 2024, les jeunes hommes nés après le 1er janvier 2005 devront accomplir un service national non plus de quatre mois comme c’est le cas depuis 2013 mais d’un an. Leur solde mensuelle passera à 26 307 dollars taïwanais contre 6 500 TWD actuellement, a annoncé la cheffe de l’Etat.

Les soldats taiwanais recevront de nouvelles techniques de combat venus de pays tels que les Etats-Unis et comportera davantage d’exercices de tir et de manoeuvres à balles réelles. En fonction des missions de leur unité de rattachement, certains appelés pourront être amenés à se familiariser avec les techniques de combat rapproché, le maniement de lance-missiles Stinger ou l’opération de drones, selon le communiqué de la présidence.

La nouvelle architecture des forces armées annoncée par Tsai Ing-wen inclut aussi le développement d’unités de défense civile et une mobilisation plus efficace des réservistes.

L’île de Taïwan de 24 millions d’habitants fait face aux pressions de la Chine, qui la considère comme la 23ème province de son territoire à reconquérir un jour, et si nécessaire par la force.

L’annonce intervient deux jours après des exercices militaires chinois près de Taïwan que la Chine dit avoir organisés en réponse aux «provocations» et à une «collusion» entre Washington et Taïpei. «Personne ne veut la guerre… mais, mes compatriotes, la paix ne tombera pas du ciel», a encore déclaré la dirigeante taiwanaise.

La perspective d’une invasion chinoise inquiète de plus en plus les Occidentaux et de nombreux voisins de la Chine. Réélu en octobre pour un troisième mandat à la tête de la Chine, Xi Jinping a clairement indiqué que «la réunification» de Taïwan ne pouvait pas attendre les générations futures.

En cas de conflit, Taïwan est largement dépassée en termes d’effectifs, avec 88.000 soldats dans l’armée de Terre, contre un million pour Pékin, selon les estimations du Pentagone. Pékin a également un avantage considérable en matière d’équipement militaire.