Le président chinois Xi Jinping a commencé le 7 décembre une visite de trois jours en Arabie saoudite, à l’invitation du roi Salmane ben Abdulaziz Al-Saoud, afin de rencontrer les dirigeants de la région dans un contexte de crise énergétique et de rivalités entre Washington et Pékin.

Le président Xi Jinping a atterri à Ryad, la capitale de la monarchie pétrolière du Golfe, où il a été accueilli par plusieurs responsables saoudiens, dont le ministre des Affaires étrangères Fayçal ben Farhane.

La Chine et l’Arabie saoudite, son principal fournisseur en pétrole, cherchent à renforcer leurs relations dans un contexte d’incertitudes économiques et géopolitiques. Ce voyage est le troisième de Xi Jinping à l’étranger depuis le début de la pandémie de Covid-19 en 2020 et le premier du président chinois en Arabie saoudite depuis 2016.

Le président chinois Xi Jinping assistera au premier Sommet Chine-États arabes et au Sommet Chine-Conseil de Coopération du Golfe (CCG) à Riyad, en Arabie saoudite. Il aura également plusieurs réunions bilatérales, notamment avec le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane.

Le premier sommet Chine-États arabes est le « du plus grand événement diplomatique du plus haut niveau entre la Chine et le monde arabe depuis la fondation de la République populaire de Chine. Il s’agira d’un événement marquant dans l’histoire des relations sino-arabes » a indiqué la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning.

Cette visite a fait réagir le partenaire stratégique privilégié des pays du Golfe, les Etats-Unis, dont la Chine est devenue la grande rivale. « Nous sommes conscients de l’influence que la Chine veut gagner dans le monde entier », dont le Moyen-Orient, a déclaré John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale rattaché au président Joe Biden.

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Ce dernier a assuré que l’administration américaine ne demandait « à aucun pays de choisir entre les Etats-Unis et la Chine », tout en jugeant les Américains « bien placés pour dominer cette compétition stratégique ».

La relation entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis reposait principalement sur un accord « pétrole contre sécurité ». Cependant, ces dernières années, Ryad a décidé d’élargir ses partenariats et s’est tourné vers la Chine et la Russie.

Signe des tensions entre les deux pays, la monarchie saoudienne a refusé d’augmenter la production de pétrole pour limiter la flambée des cours depuis la guerre en Ukraine, comme l’avait souhaité le président Joe Biden lors de sa visite dans la région en juillet 2022.

Ce refus avait été considéré par Washington comme un « alignement avec la Russie », autre adversaire des Américains. De son côté, l’Arabie saoudite a reproché à Washington de ne pas l’avoir suffisamment soutenue face aux attaques des rebelles Houthis au Yémen.

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Interrogé par l’Agence France Presse, Torbjorn Soltvedt, analyste à la société de conseil sur les risques, Verisk Maplecroft, a expliqué que Ryad montre sa volonté de « renforcer leurs liens » avec la Chine, afin de montrer aux Etats-nis qu’ils ne sont pas uniques et que la monarchie souhaite désormais diversifier son économie et ses alliés. De plus, même s’ils coopèrent avec la Chine sur les ventes et la production d’armes, ils pourraient chercher à « obtenir davantage de garanties de sécurité de la part des Etats-Unis », selon l’expert.

A Ryad, c’est l’énergie qui devrait dominer les discussions entre le pays hôte, plus important exportateur mondial de pétrole brut, et la Chine, le plus grand importateur d’or noir. D’ailleurs, comme l’a expliqué la porte-parole de la diplomatie chinoise, Mao Ning, « de la première Coupe du monde du stade Lusail du Qatar, dont la construction a été confiée à des entreprises chinoises, au lancement du transport direct de marchandises entre la Chine et le Soudan, en passant par la mise à l’essai du premier train léger électrifié d’Égypte et le modèle efficace ‘pétrole et gaz plus’ de la coopération sino-arabe, la Chine et les pays arabes ont réalisé conjointement plus de 200 projets de grande envergure dans les domaines tels que les infrastructures et l’énergie ».

La Chine et l’Arabie saoudite connaissent des « progrès importants » dans leurs relations, a affirmé le ministre saoudien de l’Energie, Abdelaziz ben Salmane, cité par l’agence de presse officielle du pays, SPA. Selon lui, l’Arabie saoudite restera un « partenaire crédible et fiable » de la Chine sur le marché du pétrole.

Au-delà de l’énergie, les discussions pourraient porter sur l’implication des entreprises chinoises dans les méga-projets en Arabie saoudite, notamment dans le domaine des technologies de surveillance, largement utilisées en Chine.

Selon l’agence de presse saoudienne SPA, le volume total des exportations saoudiennes vers la Chine s’est élevé à 192 milliards de riyals (51,2 milliards de dollars), dont les exportations non pétrolières se sont élevées à 41 milliards de riyals (11 milliards de dollars).

La valeur des investissements saoudiens en Chine s’élevait à 8,6 milliards de riyals (2,3 milliards de dollars) et le Royaume se classait 12ème sur la liste des pays investissant en Chine jusqu’à la fin de 2019.

Selon SPA, le Royaume a acquis plus de 20,3% des investissements chinois dans le monde arabe entre 2005 et 2020, pour un montant de 196,9 milliards de dollars. L’Arabie saoudite est devenue le plus grand pays arabe à recevoir des investissements chinois au cours de cette période, avec environ 39,9 milliards de dollars.