Dans une première partie, Xavier Aurégan, docteur en géographie-géopolitique de l’Institut français de géopolitique a évoqué les relations diplomatiques et économiques entre la Chine et la Cote d’Ivoire, évoquant au passage les grandes lignes de son ouvrage « Géopolitique de la Chine en Côte d’Ivoire« . 

Ce dernier a également évoqué pour C-M.C la question de la colonisation « présumée » de la Chine en Afrique. En avril 2011, dans un article intitulé La Chine en Côte d’Ivoire : le double jeu (Diploweb), vous écriviez que « la politique extérieure chinoise, également pragmatique, ne souffre pas d’un passé colonial européen. Les représentations africaines ne dénoncent jamais – ou rarement – l’impérialisme chinois en Afrique, ce qui n’est pas le cas pour Paris et Washington, qui n’en sont plus à une aporie près ».

A l’instar d’autres universitaires et observateurs, pensez-vous que la Chine colonise l’Afrique ?

Il est vrai que la seconde phrase peut être interprétée comme tel. Néanmoins, loin de moi l’idée d’évaluer les hétérogènes présences chinoises en Afrique comme une forme concrète d’impérialisme et de colonisation. Concernant les migrants chinois en Afrique – la diaspora en quelque sorte –, ils ne forment que la portion congrue des ressortissants chinois installés à l’étranger.

Encore faut-il également différencier les migrants historiques d’Afrique Australe, dont certains sont des descendants de coolies et n’ont plus la nationalité chinoise, mais malgache ou sud-africaine. Le terme colonisation revêt une signification particulière, dans le monde francophone particulièrement. Partant de la définition, la Chine ne colonise en aucun cas l’Afrique.

La Chine colonise-t-elle l'Afrique ?

La Chine colonise-t-elle l’Afrique ?

La Chine défend ses intérêts partout dans le monde et ni plus ni moins que Paris ou Washington. Elle dispose en revanche de moyens financiers (réserve de devises) autrement plus importants que les Occidentaux pris individuellement. De ce fait, elle profite de son système politique pour impulser, depuis le Congrès national du peuple jusqu’aux ambassades, une politique extérieure qui est dans bien des cas spécifique et pour partie originale.

L’aide liée est au cœur de cette stratégie commerciale et diplomatique puisque les financements chinois sont « liés ». Ils sont facilement attribués mais la contrepartie, pour les bénéficiaires africains, réside dans l’obligation de voir telle entreprise à capitaux publics chinoise réaliser l’infrastructure, avec une partie des ouvriers « importés » de Chine, des matériaux et machines chinois, un architecte et un maître d’œuvre chinois… et donc une maintenance forcément chinoise.

En Côte d’Ivoire, 70% du montant des « aides » chinoises reviennent d’une manière ou d’une autre à la Chine. C’est pour cette raison qu’il est faux de parler de 60 milliards d’aides chinoises octroyées lors du Forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC) de 2015. Il s’agit en réalité de près de 60 milliards d’aides aux entreprises publiques chinoises, incitées depuis 1993 à s’internationaliser. Les sept séries de réforme qui ont marqué la Chine depuis les années 1980, et dans le cas précis des relations sino-africaines, les réformes intentionnelles du début des années 1990 avec la création de l’Exim Bank of China notamment puis le premier FOCAC de 2000, ont profondément fait évolué la politique extérieure chinoise.

La solidarité a laissé place à la rentabilité, le don étant dorénavant couplé aux prêts. Avant les années 1980, la Chine populaire a « utilisé » l’Afrique pour devenir une puissance diplomatique, la consécration intervenant en 1971 avec le siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Depuis, comme d’autres États, la Chine poursuit une politique essentiellement commerciale en Afrique.

Elle présente avantages et inconvénients, mais, vue d’Afrique, est devenue indispensable pour mettre en concurrence les principales puissances occidentales et du Sud. Sa politique culturelle (Instituts Confucius, médias, etc.) est également essentielle aux yeux des dirigeants chinois qui, en définitive, ne sont pas les seuls à s’appuyer sur la cinquantaine d’États africains pour redevenir une puissance mondiale.