Taipei affirme avoir prévenu l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) d’une transmission du virus entre humains dès fin 2019. Une version contestée par l’agence onusienne basée à Genève

Taïwan est exclue depuis 1971 des Nations Unies au profit de la République populaire de Chine. Toutefois, la République de Chine veut offrir une assistance médicale et technique. Mais l’OMS lui oppose une fin de non-recevoir.

Taipei 101 – Taïwan

Pour cela, le gouvernement a déployé une vaste communication, avec un slogan : «Taïwan peut aider». Celui-ci est visible à Taipei sur la Taipei 101, ainsi que les caisses de masques données aux pays occidentaux, dont les Etats-Unis, la Suisse et ses rares alliés, comme Haïti.

L’organisation onusienne est accusée de prendre le partie de la Chine. Pour le ministère taïwanais des affaires étrangères, l’OMS «s’est montrée incapable de résister à la pression politique inappropriée du gouvernement chinois. Elle a échoué à défendre les principes de professionnalisme et de neutralité, et à faire en sorte que Taïwan puisse participer complètement et sans entrave. De façon plus notable encore, dans ses rapports sur la pandémie de Covid-19, l’OMS a continué à lister de manière erronée Taïwan comme une partie de la Chine. L’OMS a donc encore un chemin significatif à faire avant que Taïwan puisse participer complètement à ses réunions, mécanismes et activités».

La tension est montée d’un cran entre Taipei et l’OMS, le 31 décembre. Taïwan fait alors remonter par e-mail ses préoccupations à l’OMS et s’inquiète de sept malades touchés par une «pneumonie atypique» et «mis à l’isolement» à Wuhan en Chine.

Par la suite, Taïwan accuse l’OMS de ne pas avoir réagi à son alerte sur une possible transmission du virus d’homme à homme. L’organisation basée à Genève dément avoir reçue une quelconque mise en garde de ce type.

La polémique enfle lors que Taipei rend public l’e-mail envoyé à la direction de l’ OMS. Le risque de transmission interhumaine n’y figure pas explicitement. «Pour être prudents, dans l’e-mail, nous avons pris soin de faire référence à une pneumonie atypique», a justifié le Centre pour le contrôle des maladies taïwanais.

«En Chine, le terme ‘pneumonie atypique’ est couramment utilisé pour désigner le SRAS, une maladie transmise entre humains et causée par un coronavirus», a souligné le centre. La Chine reconnaîtra la transmission d’homme à homme le 20 janvier, et l’OMS le 22 janvier.

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Le 31 décembre, Taïwan active une surveillance renforcée des frontières et un contrôle, avant les débarquements des passagers en provenance de Wuhan, «en partant du principe que la transmission interhumaine se produisait effectivement».

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Ces mesures sont nées de l’expérience engrangée lors de la crise du SRAS en 2003, le territoire ne déplore que 395 cas, dont six décès. Alors que Taïwan n’a pas accès aux informations de l’OMS, pourtant indispensable aux gouvernements pour engager des décisions rapides afin de lutter contre la propagation du nouveau coronavirus.

En effet, l’île n’a plus le statut d’observateur à l’OMS depuis qu’il lui a été retiré après l’élection en 2016 de la dirigeante Tsai Ing-wen. Taipei critique la position de l’OMS, qui est accusée d’être à la botte de la Chine.

Les autorités taïwanaises ont d’ailleurs prit – comme preuve – l’interview fin mars du directeur adjoint de l’organisation, Bruce Aylward. Interrogé par le média hongkongais RTHK sur la possibilité que l’OMS reconsidère une adhésion de Taïwan, il a feint de ne pas entendre la question. L’entretien déclenche la colère de Beijing, et nourrit de vives critiques à l’encontre de l’organisation.

Dans un tel contexte, Taïwan espère gagner en visibilité et légitimité, en envoyant des millions de masques chez ses alliés et certains pays occidentaux. Cependant, pour Stéphane Corcuff, maître de conférences en politique du monde chinois contemporain en France, «la partie est mal engagée pour Taïwan tant les gouvernants européens sont à la merci des reproches de Pékin, qu’ils craignent comme des enfants en bas âge».

«Par contre l’image de la Chine a bien été écornée et celle de Taïwan bien améliorée», a assuré ce dernier. D’ailleurs, Taipei ne rechigne par contre les les soutiens d’élus, notamment français, qui ont assuré dans leur appel que « Taïwan mérite d’avoir sa place dans toutes les activités de l’OMS. Elle a un rôle spécifique à jouer dans le renforcement des systèmes de santé dans le monde, une des cibles principales des Objectifs de développement durable (ODD), et dorénavant, dans la lutte contre le coronavirus ».