Colère et frustration de la part des étudiants chinois bloqués par la décision du gouvernement australien d’interdire les voyages venant et vers la Chine, en raison de l’épidémie du nouveau coronavirus.

Abbey Shi, secrétaire général du Conseil des représentants des étudiants de l’Université de Sydney, est en contact avec plus de 2 000 étudiants chinois qui sont rentrés chez eux pour les vacances du Nouvel An lunaire et ne peuvent plus retourner Australie à quelques semaines de la nouvelle année académique.

« Il y a beaucoup de confusion et de la colère » vis-à-vis du gouvernement australien, suite à sa décision d’interdire les voyages venant et vers la Chine. Actuellement en Australie, elle partage des informations avec les étudiants bloqués via WeChat.

Abbey Shi a expliqué que « le secteur de l’éducation en Australie est commercialisé et les étudiants chinois sont traités comme des vaches à lait », ajoutant que « les universités ne se soucient pas de notre cheminement de carrière, de notre vie, des problèmes de location, de nos animaux de compagnie à la maison ».

Le Premier ministre australien Scott Morrison a annoncé que les non-citoyens – à l’exception des résidents permanents et des membres de leur famille immédiate – qui sont arrivés de Chine continentale où qui sont passés par celle-ci au cours des 14 derniers jours se verront refuser l’entrée en Australie.

Canberra souhaite ainsi endiguer la propagation du nouveau coronavirus. D’autres pays, dont le États Unis, Singapour, l’île Maurice et le Philippines ont introduit des restrictions de voyage similaires en réponse à l’épidémie.

L’interdiction de voyager, qui doit être réexaminée le 15 février par le gouvernement australien, a bouleversé les plans de nombreux étudiants chinois qui devaient commencer ou reprendre leurs études à partir de fin février, après les vacances d’été.

Près de 150 000 ressortissants chinois sont inscrits dans des universités australiennes, ce qui représente environ 11% de la population estudiantine, une proportion beaucoup plus élevée qu’en Grande-Bretagne (6%) et aux États-Unis (2%), d’après le rapport d’un think tank australien, daté de 2017, cité par le SCMP.

Pour le vice-chancelier de l’Université nationale australienne, Brian Schmidt, a qualifié cette interdiction de voyager de « décevante », promettant que l’université serait « généreuse et flexible pour soutenir nos étudiants » au cours des prochaines semaines.

De son côté, la direction de l’Université Monash de Melbourne a retardé le début de son année universitaire, tandis que d’autres universités explorent des options telles que les cours en ligne et les cours d’été intensifs.

A l’instar des universités américaines, certaines universités australiennes dépendent des étudiants chinois pour près du quart de leurs revenus. La situation actuelle risque de leur faire subir un coup dur financier conséquent.

Phil Honeywood, chef d’un groupe de travail gouvernemental créé pour gérer la réputation du secteur de l’éducation international en Australie à la suite de la crise des feux de brousse du pays, a averti que l’interdiction pourrait coûter aux universités. Cela représenterait près de 8 milliards de dollars australiens (4,8 milliards d’euros) si les étudiants chinois ne peuvent pas s’inscrire pour le premier semestre de l’année.

Face à la polémique, le ministre de l’Éducation, Dan Tehan, a participé à une réunion en présence des directeurs d’université, afin de discuter des moyens de réduire les retombées pour le secteur.

« L’Australie restera une destination d’étude attrayante pour les étudiants chinois, mais il faudra peut-être plusieurs années pour que le nombre d’étudiants chinois se rétablisse », a déclaré Salvatore Babones, professeur agrégé à l’Université de Sydney et chercheur adjoint au Center for Independent Studies, cité par le quotidien South China Morning Post.

« Les étudiants qui sont déjà au milieu d’un diplôme sont susceptibles de revenir à la première occasion possible, même au prix de manquer un semestre, mais les étudiants qui n’ont pas encore commencé peuvent faire d’autres plans ».

Mais pour l’expert de l’enseignement supérieur de l’Université Nationale d’Australie, Andrew Norton, il y a trop d’inconnues, y compris le nombre d’étudiants chinois bloqués à l’étranger, pour évaluer l’impact de l’interdiction.

« Cette interdiction de voyager est une politique à court terme visant à minimiser le risque de propagation de maladies, ce qui serait un problème plus grave qu’une interruption des horaires universitaires », a-t-il déclaré.

De son côté, Erin Chew, responsable nationale de l’Asian Australian Alliance, a expliqué que cette interdiction est « une réaction exagérée du gouvernement australien, et à bien des égards, il semble que ce soit une forme de ciblage racial ».

« Lorsque des virus antérieurs se sont produits tels que la maladie de la vache folle ou la grippe porcine, l’Australie n’a pas interdit les non-citoyens de Grande-Bretagne et des États-Unis. Le blâme n’a pas non plus été attribué à la population de [ces pays]. Depuis l’épidémie de coronavirus, il a été inventé que ce virus est la faute du peuple chinois, pas seulement en Chine continentale, mais vraiment partout dans le monde », a déploré ce dernier.