L’épidémie de coronavirus 2019-nCoV risque de ralentir un peu plus l’économie du pays, déjà fragilisée. Soucieux d’endiguer le virus, qui a déjà contaminé plus de 2.700 personnes, le gouvernement chinois a adopté des mesures de confinement sans précédent, pouvant plomber l’activité.

La ville de Wuhan, épicentre du virus, est en quarantaine, tout comme la province du Hubei. Afin de réduire le flux de déplacement dans les transports en plein congé du Nouvel an lunaire, le gouvernement a suspendu les voyages organisés en Chine et à l’étranger, un coup dur pour le tourisme, secteur conséquent de l’économie avec 11% du PIB en 2018 selon les chiffres officiels.

Trip.com, géant chinois des réservations de voyages en ligne, a prononcé une «garantie d’annulation» gratuite. D’ailleurs, la suspension des transports pourraient se faire sentir en Asie, du Japon à la Thaïlande, où les dépenses des touristes chinois sont un moteur économique crucial.

La consommation intérieure du pays est en pleine chute libre car les chinois préfèrent rester enfermés chez eux, désertant centres commerciaux, restaurants et salles de cinéma. lieux habituel de distraction du Nouvel an.

Si les dépenses de consommation, notamment dans les transports et le divertissement, reculaient de 10%, la croissance du PIB chinois pourrait se voir entamée d’environ 1,2 point, d’après l’agence de notation Standard & Poor’s.

Selon l’agence, «les consommateurs vont probablement éviter les endroits publics» et «les secteurs exposés aux dépenses des ménages devraient être les plus touchés».

Ralentissant encore plus l’économie, alors que la croissance chinoise a signé l’an dernier sa plus faible performance en près de 30 ans (+6,1%), et le pouvoir central comptait justement sur la consommation (3,5 points de croissance en 2019) pour résister.

Une nouvelle épidémie meurtrière du type SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003, est dans tous les esprits. «Au pire moment, en mai 2003, le trafic passagers (tous transports confondus) s’était contracté de 50% sur un an et la croissance des ventes au détail avait été sabrée de moitié en quelques mois», a expliqué à l’Agence France Presse, Julian Evans-Pritchard, de Capital Economics.

Or, «l’ascension du commerce en ligne et des services de livraison de repas pourraient atténuer le choc», a souligné ce dernier. De son côté Standard and Poor’s, «les dépenses en capital des entreprises sont extrêmement sensibles à la demande, un repli prolongé de la consommation pénaliserait l’investissement».

Le coronavirus «pourrait avoir un fort impact économique, mais de courte durée», comme pour le RAS, a souligné Tommy Wu, du cabinet Oxford Economics, dans un commentaire transmis à l’AFP. Selon lui, «un impact moins sévère» que le SRAS, en raison d’une «réponse plus rapide des autorités cette fois-ci».

Au niveau industriel, Wuhan est à la fois un «hub logistique» et centre de production automobile ce qui «complique encore la situation», a noté l’agence de dotation S&P. En effet, Wuhan abrite la société Dongfeng, deuxième constructeur automobile du pays, qui est aussi associé aux français Renault et PSA, dont leurs usines sont dans le pays.

La ville a produit 1,7 million de véhicules en 2018, son secteur représente environ 400 milliards de yuans (52,3 milliards d’euros) annuels. De plus, d’importants équipementiers automobiles y sont installés : «des chaînes d’approvisionnement fragmentées et une production à flux tendus signifie que les arrêts d’usines à Wuhan auront de plus vastes répercussions» ailleurs, a insisté S&P.