Deux ex-agents secrets français sont soupçonnés de trahison après avoir été retournés par les services chinois. Ils sont jugés devant la cour d’assises spéciale de Paris, depuis le lundi 6 juillet.

Les anciens agents secrets Pierre-Marie H. et Henri M. comparaissent pour «livraison d’information à une puissance étrangère», «atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation», et «intelligence avec une puissance étrangère». Les deux hommes, qui travaillaient pour la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le service d’espionnage français, encourent 15 ans de prison.

Les anciens agents secrets ont été mis en examen et placés en détention provisoire en décembre 2017, alors qu’ils étaient déjà à la retraite. Pierre-Marie H. a été libéré sous contrôle judiciaire, et son épouse, Laurence, sera également jugée, notamment pour «recel de bien provenant d’intelligence avec une puissance étrangère de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation».

Le couple comparait devant une cour d’assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels. Ce dossier ultra-sensible devrait être probablement jugé à huis clos en raison du risque d’atteinte au secret-défense.

L’affaire avait été révélée en mai 2018, et était considérée par les autorités françaises comme «extrême gravité». Les deux suspects ex-agents secrets sont «soupçonnés d’avoir commis des actes susceptibles d’être qualifiés d’actes de trahison (…) et susceptibles de mettre en cause les secrets de la défense nationale», avait déclaré la ministre des Armées Florence Parly.

Le ministère français de la Défense avait alors assuré que la DGSE elle-même avait détecté la fuite et «porté à sa propre initiative ces faits à la connaissance du procureur de Paris». Les deux agents secrets accusés auraient, selon plusieurs médias, espionné le renseignement extérieur français pour le compte de la Chine. Ils se sont côtoyés au contre-espionnage à la DGSE.

De son côté, Henri M. a été nommé représentant officiel de la DGSE à Beijing, en 1997, où il a occupé le poste de deuxième secrétaire à l’ambassade. Il a ensuite été rappelé en France dès début 1998, après avoir entamé une liaison avec l’interprète chinoise de l’ambassadeur.

Henri M. a pris sa retraite quelques années plus tard et est retourné en Chine en 2003, où il a épousé l’ex-interprète, avec laquelle il s’est installé sur l’île de Hainan, dans le sud de la Chine.

Ils ont été interpellés tard, car une « faille au sein de la DGSE et Henri M. n’aurait pas été surveillé pendant des années après son départ à la retraite », a indiqué une source proche du dossier au quotidien LeFigaro.

Pierre-Marie H. s’est lui fait arrêter à l’aéroport de Zurich avec du liquide après avoir rencontré un contact chinois sur une île de l’Océan indien. «C’est une affaire qui a posé pas mal de problèmes à la DGSE, qui a dû rapatrier des yeux et des oreilles du dispositif qu’elle avait installé en Chine», a expliqué le journaliste et auteur du livre «Les Diplomates» (éditions Nouveau monde, 2010) Franck Renaud.