Le géant de l’immobilier Evergrande est de nouveau menacé de défaut de paiement et ses déclarations pessimistes ont chuter son cours de Bourse à un nouveau plus bas historique. Des rumeurs laissent entendre que les pouvoirs publics pourraient intervenir, entretenant l’espoir d’une restructuration ordonnée de sa dette.

Après avoir honoré in extremis les paiements de coupons obligataires ces deux derniers mois, Evergrande devait débourser ce 6 décembre 2021 près de 82,5 millions de dollars (73 millions d’euros) à l’échéance d’une période de grâce de 30 jours.

Cependant un communiqué publié le 3 décembre atteste que des créanciers ont exigé 260 millions de dollars, poussant Pékin a convoqué le président du groupe. Cette situation a fait chuter l’action Evergrande de 19,6% le 6 décembre en Bourse, à un nouveau plus bas de clôture de 1,81 dollar à Hong Kong.

Evergrande a été le premier promoteur de Chine durant plusieurs décennies. Or désormais le groupe est plombé par une dette de plus de 300 milliards de dollars et une éventuelle cessation de paiement pourrait déstabiliser l’ensemble du secteur immobilier, voire le système financier.

Après le communiqué du 3 décembre, les autorités de la province du Guangdong, dont le groupe est originaire, ont annoncé l’envoi d’une équipe chargée de superviser la gestion des risques. Cette équipe, envoyée à la demande d’Evergrande, va également renforcer les contrôles internes et d’assurer la poursuite de l’activité, la première initiative concrète du pouvoir politique dans ce dossier.

La Banque populaire de Chine et les autorités de supervision du secteur bancaire, et celles de l’assurance ont elles aussi publié des communiqués assurant que les risques sur le secteur immobilier du pays restaient sous contrôle.

Pour certains analystes, ces communiqués venant des autorités financières suggèrent qu’elles ont engagé un processus de restructuration de la dette d’Evergrande. D’ailleurs, Morgan Stanley a estimé que ce processus devrait inclure des négociations avec les créanciers chinois d’Evergrande, afin d’assurer le financement des projets de construction en cours.

Suivre l’affaire Evergrande : cliquez ici

Les autorités pourraient aussi faciliter des discussions avec les créanciers internationaux, a indiqué la banque américaine dans une étude. D’autant plus qu’Evergrande s’efforce depuis plusieurs mois de vendre des actifs pour lever des capitaux frais. D’ailleurs, Pékin a demandé à son président, Hui Ka Yan, de puiser dans sa fortune personnelle pour rembourser des dettes du groupe.

Dans le même temps, Pékin s’efforce d’éviter une contagion à l’ensemble du secteur immobilier et de favoriser le crédit bancaire, comme l’a annoncé la banque centrale avec une nouvelle réduction du ratio de réserves obligatoires des banques.

Cependant, la situation reste tendue. Evergrande n’est pas un cas isolé, le promoteur Sunshine 100 China Holdings a annoncé avoir fait défaut sur une obligation de 170 millions de dollars arrivée à échéance le 5 décembre « en raison de problème de liquidités liées à l’impact défavorable d’un certain nombre de facteurs incluant l’environnement macroéconomique et celui du secteur de l’immobilier ».

Kaisa Group Holdings a annoncé que ses créanciers obligataires avaient refusé une offre d’échange d’obligations offshore arrivant à échéance le 7 décembre, laissant craindre un défaut. Il a entamé de nouvelles discussions dans le but de repousser des échéances portant au total sur 400 millions de dollars.