vendredi, juin 14

Guerre à Gaza: Xi Jinping appelle à une conférence internationale de paix « élargie »

Le président chinois Xi Jinping a appelé le 30 mai à l’organisation d’une conférence de paix « élargie » pour résoudre le conflit à Gaza, lors d’un forum réunissant dirigeants et diplomates arabes à Pékin.

Évoquant la nécessité d’une « solution à deux États », Xi Jinping a souligné que la Chine soutenait « fermement la création d’un État palestinien indépendant » et « l’adhésion pleine et entière de la Palestine à l’ONU ».

Le président chinois Xi Jinping a appelé le 30 mai à l’organisation d’une conférence de paix « élargie » pour résoudre le conflit à Gaza, lors d’un forum réunissant dirigeants et diplomates arabes à Pékin.

Xi Jinping a par ailleurs loué « l’amitié qui unit la Chine et le peuple chinois aux pays et aux peuples arabes », et appelé à créer « un cadre plus multidimensionnel pour la coopération énergétique », en vue de renforcer la coopération en matière d’énergie, alors que Pékin est déjà un client majeur pour les pays exportateurs de pétrole de la région.

La cause palestinienne au centre du forum

Ce Forum Chine-pays arabes vise à raffermir les liens diplomatiques et économiques entre le géant asiatique et le Moyen-Orient, le conflit dans la bande de Gaza est au cœur des discussions.

« Depuis octobre dernier, le conflit palestino-israélien a connu une escalade brutale, causant des souffrances profondes aux populations locales. La guerre ne doit pas durer à l’infini, la justice ne doit pas s’absenter éternellement, et surtout la solution à deux États ne doit pas être arbitrairement remise en cause », a déclaré Xi Jinping.

Ce dernier a indiqué que « la Chine soutient fermement la création d’un Etat palestinien indépendant et pleinement souverain sur la base des frontières de 1967 et ayant Jérusalem-Est comme capitale. Elle appuie l’adhésion de la Palestine à l’ONU comme membre de plein droit » et soutient « l’organisation d’une conférence internationale de paix plus large, faisant davantage autorité et plus efficace ».

La Chine prévoit en plus d’une aide humanitaire d’urgence de 100 millions de yuans RMB. Elle fournira une aide supplémentaire de 500 millions de yuans RMB, afin « d’atténuer la crise humanitaire et la reconstruction post-conflit à Gaza », a précisé le président chinois. Il a également annoncé le don de 3 millions de dollars américains à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) pour le soutenir dans la fourniture d’aide humanitaire d’urgence à Gaza.

De son côté, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à empêcher « toute tentative de contraindre les Palestiniens à quitter leur terre par la force ».

La guerre a déplacé la majorité des quelque 2,4 millions d’habitants de Gaza et provoqué une catastrophe humanitaire majeure. Il n’y a « pas de chemin vers la paix et la stabilité dans la région » sans une « approche globale de la cause palestinienne », a-t-il affirmé.

L’Égypte attend beaucoup de la Chine

La Chine entretient de bonnes relations avec Israël mais soutient depuis des décennies la cause palestinienne. Interrogé par ArabNews, Ahmed Aboudouh, membre associé du cercle de réflexion londonien Chatham House, a expliqué que Abdel Fattah al-« Sissi est intéressé par le soutien politique de la Chine à un moment où les tensions avec Israël sont fortes ».

De plus, le président égyptien « a le sentiment que l’Égypte est de plus en plus acculée au pied du mur et souhaite obtenir le plus de soutien possible de pays importants ».

Le 29 mai, Xi Jinping a confié à Abdel Fattah al-Sissi lors de leur rencontre que la Chine était « profondément attristée » par la situation humanitaire « extrêmement grave » à Gaza. L’Égypte, le Qatar et les Etats-Unis sont engagés depuis des mois dans des pourparlers visant à obtenir une trêve durable à Gaza, assortie à une libération des otages enlevés par le Hamas.

« La Chine apprécie le rôle important joué par l’Egypte dans l’apaisement de la situation et l’acheminement de l’aide humanitaire », a affirmé Xi Jinping, se disant prêt à « soutenir un règlement rapide, global, juste et durable de la question palestinienne ».

La Chine a renforcé ces dernières années ses relations commerciales et diplomatiques avec le Moyen-Orient, dont une grande partie est traditionnellement sous influence américaine. D’ailleurs, Xi Jinping a lancé en 2013 un vaste projet d’infrastructures dans le monde, baptisé La Ceinture et la Route (One Belt, One Road), similiaires aux nouvelles routes de la soie, auquel 21 pays arabes ont déjà souscrit, selon les médias chinois.

La Chine a ainsi supervisé et facilité le spectaculaire rapprochement diplomatique l’an passé entre deux grandes puissances régionales, l’Iran et l’Arabie saoudite. Fin avril, elle avait annoncé avoir accueilli des représentants du Hamas et du Fatah, deux groupes palestiniens en totale opposition, afin de promouvoir « la réconciliation intra-palestinienne ».

« Faire entendre une voix commune sino-arabe »

La diplomatie chinoise a dit espérer que cette conférence « fasse entendre une voix commune sino-arabe » sur la question palestinienne.

Le bilan le 29 mai fait état dans la bande de Gaza de 36.171 morts, en majorité des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas. La guerre a éclaté après une attaque sans précédent menée le 7 octobre 2023 sur le sol israélien à partir de la bande de Gaza par des commandos du mouvement islamiste palestinien Hamas, qui a entraîné la mort de plus de 1.189 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte réalisé par l’AFP à partir des derniers chiffres officiels disponibles.

Pour les analystes, la Chine peut utiliser son engagement dans ce dossier pour renforcer un peu plus sa position dans la région, en mettant notamment en avant ses efforts par rapport à ce qu’elle perçoit comme de l’inaction de la part des Etats-Unis.

« Pékin considère le conflit actuel comme une occasion en or de critiquer la politique de deux poids deux mesures de l’Occident sur la scène internationale et d’appeler à un ordre mondial alternatif », a explique à l’Agence France Presse, Camille Lons, experte du Conseil européen des relations étrangères.

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