De notre stagiaire Marie-Lou Cazillac – Face à la méfiance de la population envers les vaccins, le gouvernement de Hong Kong pourrait bientôt être contraint de jeter des millions de doses périmées, alors même que d’autres pays n’y ont toujours pas accès.

Hong Kong est l’une des rares régions du monde à s’être procurée suffisamment de doses de vaccins contre le coronavirus pour ses 7,5 millions d’habitants. Cependant, pour plusieurs raisons, la campagne de vaccination est loin d’avoir eu les résultats escomptés.

Deux ans après les manifestations de 2019, le peuple hongkongais est particulièrement méfiant vis-à-vis de leur gouvernement, perçu comme le bras de la répression chinoise, a indiqué l’Agence France Presse.

L’hésitation vis-à-vis des vaccins est aussi la conséquence de la désinformation. En raison du faible taux de circulation du virus à Hong Kong, il existe un sentiment relativement répandu qu’il n’y a aucune urgence à se faire vacciner. Cela s’explique, d’une part, en raison du risque sanitaire réduit, et de l’autre, à cause du manque de mesures incitatives.

Un grand nombre de citoyen de Hong Kong ne voit, d’ailleurs, aucun intérêt à se faire vacciner, notamment car les mesures de quarantaine leur coupe toute envie de voyager. Le 25 mai, un haut fonctionnaire a averti que les Hongkongais n’avaient que « trois mois » avant l’expiration du premier lot de vaccins Pfizer-BioNTech.

«Les vaccins ont tous une date de péremption et ne peuvent être utilisés après le dépassement de celle-ci. Selon le calendrier actuel, les centres de vaccination de quartier administrant le Pfizer-BioNTech cesseront de fonctionner après septembre » a déclaré M. Zeng, un ancien contrôleur du Centre pour la protection sanitaire, à la radio publique Radio Television Hong Kong.

« Le monde entier travaille dur pour trouver des vaccins », a-t-il rappelé en estimant « injuste » que Hong Kong n’utilise pas ses doses disponibles.

Cette situation intervient alors que, lundi 24 mai, six dirigeants de pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont réclamé à la communauté internationale un accès équitable aux vaccins, demandant à ce que les pays qui ont des doses en plus les partagent.

« Nous appelons les pays qui ont un surplus de doses, ou qui ont déjà vacciné leur population à risque, à mettre en œuvre des mesures afin que ces excédents soient distribués équitablement et de manière immédiate », ont déclaré les dirigeants de l’Argentine, du Mexique, de la Jamaïque, de la Bolivie, de l’Équateur et de l’Uruguay dans un communiqué publié par le président costaricain, Carlos Alvarado.

Hong Kong avait commandé 7,5 millions de doses de vaccins Pfizer-BioNTech et autant de Sinovac. Bien que ce dernier n’est pas été approuvé par l’OMS, il était disponible pour la région.

7,5 millions de doses du vaccin AstraZeneca avaient également été commandées avant que le gouvernement de Hong Kong ne se ravise, expliquant qu’il projetait plutôt d’utiliser ce budget pour les vaccins de seconde génération.

Jusqu’à présent, 14% de la population a reçu les deux doses de vaccin et 19% n’en a reçu qu’une seule.

De plus, des hésitations vis-à-vis des vaccins ont également été constatées parmi le personnel des services de santé de Hong Kong. Il y a quelques semaines, les autorités hospitalières ont révélé que seulement un tiers du personnel médical avait été vacciné.

Au total, Hong Kong a reçu près de 3,3 millions de doses de vaccin Pfizer-BioNTech. Mais seulement 1,2 millions d’entres elles ont été administrées. « Les vaccins dont nous disposons ne seront disponibles que cette année » a répété M.Zeng.

Ces dernières semaines, les autorités de Hong Kong ont suggéré que, si les Hongkongais ne demandaient pas à être vaccinés, alors il faudrait envisager d’expédier le surplus de doses à l’étranger.

De manière générale, le gouvernement de Hong Kong compte sur les entreprises privées pour persuader leurs salariés de se faire vacciner.

Plus tôt cette année, le gouvernement de Hong Kong avait annoncé qu’il offrirait des coupons à la consommation de 5 000 dollars de Hong Kong (560 euros) aux particuliers pour stimuler l’économie.

Ainsi, certaines personnes ont suggéré de faire de la vaccination une condition pour recevoir ces coupons, ou que d’autres subventions en espèces soient accordées aux citoyens pour les encourager à se faire vacciner.

Une idée que Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de Hong Kong, trouve absurde. « Le gouvernement ne devrait pas offrir de l’argent ou de choses réelles pour inciter les citoyens à se faire vacciner. Cela n’aura certainement pas l’effet escompté », a-t-elle déclaré.