Phénomène sur l’Internet chinois durant une décennie, hǔpūzhínán 虎扑直男 représente l’archétype de l’homme hétérosexuel chinois fier de sa virilité.

Il peut être sexiste, misogyne, cet homme n’hésite pas à exposer sa vulnérabilité, et particulièrement sa vie de couple ou l’infidélité de ses compagnes sur Hupu, une plateforme en ligne de commentaires sportifs.

La plateforme Hupu (虎扑) est le paradis des zhínán (直男). Elle est définie par les internautes, cités par CHine-Info, comme des hommes hétérosexuels passionnés de sport, jugés austères, peu raffinés et machiste.

L’expression hǔpūzhínán désigne de manière général les utilisateurs de Hupu. Loin d’être des cas isolés, les hǔpūzhínán représentent dorénavant une culture et une identité collective. Celle-ci est d’ailleurs de plus en plus affirmée par les hommes, face à l’émergence de la prise de conscience féministe depuis quelques années en Chine.

Fondé en 2004 à Chicago par un étudiant chinois Cheng Hang, Hupu (虎扑), fort de ses 70 millions d’utilisateurs, est devenu le premier site d’informations sportives en Chine. En juin 2019, ByteDance, l’entreprise derrière le succès de TikTok, continue d’étendre son domaine d’activité en faisant l’acquisition de 30% de Hupu, une plateforme de commentaire sportif en ligne.

Pour y parvenir, le géant chinois a déboursé pas moins de 1,26 milliard de yuans, soit plus de 130 millions d’euros. Cette annonce permet à ByteDance de confirmer encore plus sa présence dans les médias chinois. Mais selon GMA Marketing Chine, l’application Sportive Hupu « a disparu de la sphère digitale » depuis fin 2019.

Toutefois, dans l’opinion publique, Hupu est surtout connu pour son forum d’échanges – «la zone piétonne» –, qui attire une communauté de très masculine, surnommés «JRs», une abréviation de Diǎorén (鸟人, connard ) ou Jiārén (家人, famille), célébrant ainsi l’esprit d’autodérision et de complicité entre les membres.

Face à la pression familiale et professionnelle, ces «JRs» échangent sur le sport, les femmes et la vie de couple parfois frustrante. Au moment de son apogée, plus de 100 000 postes étaient publiés chaque jour.

A partir de 2016, les employés de Hupu organisent des «élections» pour élire leur déesse de l’année. Un événement incontournable de la plateforme, qui lève également le voile sur les critères de beauté des hommes chinois sur les femmes, autrement dit le «goût des zhinan».

Au top du palmarès, des goûts des hommes vis-à-vis des femmes : le visage ingénu, car cela suscite plus de sympathie chez ces hommes désirant être protecteurs. Influencés par les séries télévisées hongkongaises des années 90, ces «électeurs», âgés entre 24 et 35 ans, préfèrent les stars de Hong Kong. «Les femmes douces et ingénues, et un brin sexy sont parmi les plus populaires», résume ainsi le site 163.com.

L’expression hupuzhinan a enflammé les réseaux sociaux chinois durant l’été 2018, suite à une célèbre bataille médiatique entre les utilisateurs de Hupu et les fans de la star k-pop d’origine chinoise Kris Wu.

Ce dernier a été critiqué pour son manque de professionnalisme, en tant que coach dans l’émission de téléréalité « The Rap of China ». Moqué, la plateforme Hupu a été envahie par les admiratrices du chanteur, qui ont voulu le défendre bec et ongle.

Piqués au vif, les hupuzhinan ont répliqué par une surenchère d’attaques contre Kris Wu. Beaucoup d’insultes échangées entre les fans de Kris Wu et les Hupu Sportsballers, qui sont les Hupuzhinan, des hommes avec des stéréotypes de genre. Les supporters de la Pop Star, par exemple, ont accusé les utilisateurs du forum Hupu d’avoir «un cancer de l’homme droit» (straight man cancer), un néologisme chinois communément appliqué aux chauvinistes masculins.

Les hommes de Hupu, quant à eux, se plaignaient de leurs partenaires étant Naocanfen, ou « Fangirls sans cervelle ». Comme un slogan partagé sur Hupu, rappelant aux fidèles du forum, « il y a beaucoup de filles là-bas, mais un seul hupu ».

Kris Wu a fini par porter plainte pour diffamation, après des accusations de remettant en cause ses capacités à chanter. Le même scénario s’est également répété l’année suivante avec Cai Xukun, lauréat d’Idol Producer de 2018.

Jugés trop «efféminés» par leurs détracteurs, Kris Wu et Cai Xukun font tous les deux partie de la catégorie «viande fraîche» (小鲜肉 Xiǎo xiān ròu) – jeunes, beaux, gentils et purs – qui plaisent surtout aux femmes. Ce phénomène culturel révèle l’importance du pouvoir d’achat des jeunes chinoises, un marché potentiel courtisé par les géants du divertissement.

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Cependant, les hǔpūzhínán ne sont pas uniquement des hommes austères et misogynes. La plupart des utilisateurs de la plateforme chercher surtout un espace pour parler et chercher du soutien face aux aléas de la vie.

Les histoires d’infidélité sont les plus partagées sur le forum. Elles constituent une autre marque de fabrique de Hupu. Au cours de l’année 2019, 566 internautes ont raconté comment ils ont vécu l’infidélité de leur partenaire, faisant appel aux «JRs» pour surmonter cette épreuve émotionnelle.

Un phénomène nouveau en Chine, car la culture chinoise basée sur le Confucianisme, prône toujours l’impassibilité et l’infaillibilité de l’idéal masculin. Le média en ligne DTcaijing a évoqué le sujet à travers le prisme de l’identité : « confortés par le sentiment d’appartenance à la communauté Hupu, ces victimes d’infidélité préfèrent baisser leur garde parmi les leurs, laissant libre cours à leur déchaînement, pour gagner de la sympathie en renforçant son identité sociale et genrée », a cité le site Chine-Info.