De son pseudonyme, Papi Jiang, cette jeune femme de 29 ans, est devenue une star sur le net, grâce à ces vidéos relatant la vie de tous les jours, avec un humour mordant.

Diplômée de l’Ecole centrale d’art dramatique de Pékin, cette jeune Shanghaienne réalise un one-woman show décapant, sur le monde paysan traditionnel, les homophonies de la langue chinoise, plus généralement, elle parle du monde d’aujourd’hui, de la Chine, des villes transformée par le développement économique, des jeunes de la classe moyenne, du mariage en grande pompe, de l’enrichissement, de la pression de parents stressés … Des aléas vécus par la génération post-1980.

Mais pas de politique, pour éviter les ennuis. D’ailleurs, le sketch qui l’a lancée, fin décembre 2015, mettait au pilori ces jeunes bourgeois, adeptes de l’argent, qui mélangent le dialecte shanghaïen et l’anglais.  Cette jeunesse dorée de plus en plus décriée, en raison des extravagances de cette dernière et du manque de respect vis-à-vis de ceux qui ont mois.

En raison de son ton cru, l’administration d’Etat pour la radio, le cinéma et la télévision (SARFT), lui a demandé d’enlever « le contenu obscène et vulgaire » de son programme.  Après un arrêt, suscitant l’émoi, Papi Jiang a obtempéré, s’engageant à ne plus franchir la ligne jaune, et est revenue avec ses vidéos déjantés, qui séduisent des millions de fans, dont les 10 millions de followers sur Weibo (à voir aussi sur Suko et Youtube).

D’ailleurs, l’une de ses vidéos, longues de 90 minutes, a été visionné par plus de 74 millions de personnes. Une aubaine pour la jeune femme, qui décortique les clichés sur les femmes et dénoncent celles férues d’argent et de pouvoir.

Son succès lui a valut d’être repéré par des investisseurs, qui ont misé 12 millions de yuans (1,6 million d’euros environ) dans la société qu’elle a fondée pour lancer son programme de vidéo.

Une première pour une célébrité du Web, appelée wanghong, signifiant « toile » et « rouge », la couleur du succès en mandarin. Aujourd’hui, « beaucoup de jeunes chinois la voient comme leur idole », a indiqué Kunkun Yu, directrice de la communauté d’applications en ligne, Linglong.

Cette dernière a expliqué, au New York Times, que « le succès de Papi, elle le doit surtout aux travailleurs à col blanc qui aimeraient parler du fait qu’ils ont 39 ans, qu’ils ne sont pas mariés, mais devraient déjà l’être aux yeux de la société ».