Dans une interview accordée au quotidien français, La Croix, Peter Frankopan, professeur à l’Université d’Oxford, a expliqué que «nous vivons déjà dans le siècle asiatique». Raison pour laquelle, l’Europe a un rôle à jouer dans ce nouvel ordre mondial, mais elle ne doit pas se laisser marginaliser, ni absorber par ses problèmes internes.

Auteur, en 2017, de l’ouvrage majeur, «Les Nouvelles Routes de la Soie. L’émergence d’un nouveau monde», il y explique que « les décisions qui comptent vraiment dans notre monde ne sont pas celles qui se prennent à Paris, Londres, Berlin, ou Rome, mais dans l’espace situé entre l’Est de la Méditerranée et le Pacifique« .

Pour Peter Frankopan, la Chine et d’autres pays asiatiques « ont pris conscience de cette métamorphose, et tenté de s’y préparer avec des initiatives comme celles de la Chine, ‘Une ceinture, une Route’. La Chine a compris que les investissements économiques engendrent des avantages politiques« .

A contrario, « les États-Unis ont tardivement pris la mesure des réalités d’un monde en transformation, mais leur politique se révèle chaotique, sinon contre-productive ».

Ainsi, « l’administration américaine a recours aux sanctions et aux droits de douane, y compris contre d’anciens amis et alliés, et se retire des accords ou instances multilatérales, – l’accord sur le nucléaire iranien, le conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’accord de Paris sur le climat –, au lieu de proposer une vision de l’avenir inclusive et coopérative et de souligner le rôle positif joué par les États-Unis dans la sécurité et le commerce mondiaux ».

Enfin, pour Peter Frankopan, « l’Europe traverse une période de crise existentielle. Là où l’Asie se soucie d’accroître les connexions, d’améliorer les collaborations et de les approfondir, l’Europe est totalement absorbée par ses problèmes internes ».

D’après ce dernier, « l’Europe doit décider si elle a une vision commune de ses intérêts dans le monde et un plan d’action pour les promouvoir. L’Europe ne revivra pas l’époque des empires coloniaux mais elle a un rôle à jouer. Ce qui nous menace n’est pas le déclin mais la marginalisation ».